Introduction

Ceci n'est pas un site où vous trouverez des informations pratiques ou militantes sur le processus de transformation dans le cadre d'un trouble d'identité de genre. Ce genre de sites sont assez nombreux sur le net et pour certains très riches en infos.
Ce blog est plutôt le support d'un journal intime qui raconte au jour le jour la description et l'évolution de ma transition d'un point de vue psychologique.
Ce journal sera anonyme car je n'ai aucune intention de me mettre en avant en publiant ma vie intime. Si je le fais c'est que j'ai conscience qu'un récit peut aider à d'autres à trouver des repères et à comprendre. Bien entendu chaque personne transgenre est unique, elle a sa propre histoire, sa propre personnalité et chaque transition est un récit personnel. J'écris aussi ce blog pour les proches à qui je me suis confiée, ainsi ils pourront mieux comprendre ma problématique.
Avant de consulter mon journal vous pouvez prendre connaissance de ma biographie sur ce blog : http://nane.over-blog.fr/

Nane
Jeudi 17 septembre 2009 4 17 /09 /Sep /2009 15:25

 

 

Lundi 26 janvier 2009


Bilan des 4 derniers mois depuis que j’ai accepté que je suis transsexuelle

- amélioration globale du point de vue du psychisme. L‘acceptation s‘est concrétisée à travers quelques actions : Coming out auprès d’amis, expérience de vie réelle (sorties), transformation corporelle (épilation et greffe de cheveux), expérience de vie virtuelle (expérimentation d’une nouvelle vie sociale sur des sites internet - réseaux sociaux).

- perception d’être une femme à part entière et identification de plus en plus forte aux autres femmes (je suis comme elle, je voudrais être comme elle, j’aimerais m’habiller comme elle, etc.),  

- recherche d'un modèle féminin

- travail sur l’amélioration de l’aspect vocale.

- travail sur ma  future nouvelle image corporelle.

Épilation faciale 

Demain cela fera 2 semaines que j’ai fait ma première séance. Beaucoup de poils sont tombés mais il faut maintenir une action mécanique pour que le reste des poils sortent définitivement. Même s’ils sont morts, ils sont maintenus dans la peau. Mon état d’esprit est plutôt de l’impatience et un grand plaisir de voir la fin de ce premier processus, celle-ci est tout de même mêlée avec une sorte de mélancolie que j’expliquerais par les répercussions de la fin d’un repère corporel. J’ai entamé un processus de toute façon destructif et anxiogène pour faire place à ma véritable identité. Les effets positifs de ma transformation ont, pour l'instant, le dessus sur les aspects négatifs. Un processus de deuil va certainement se mettre en place au fur et à mesure que ma transition va avancer.

 

 

 

Mardi 27 janvier 2009


Épilation faciale

Les poils continus à tomber doucement mais sûrement. La surface de la peau nue grandit. Mon visage paraît de plus en plus androgyne. Ceci fait ressortir davantage l'état de mes cheveux, l'alopécie me semble encore plus difficile à supporter. Ce matin je ne ressemblais à rien d'identifiable. Ce soir mes poils sur le visage sont tombés en grand nombre, c'est une véritable libération pour moi. Je sens que des choses se passe en profondeur dans mon ventre. Un obstacle est en train de s'évanouir pour toujours, quel soulagement !!! Je sens que depuis que j'ai choisi d'accepter que je suis une femme emprisonnée dans un corps d'homme, petit à petit les liens de la souffrance se dénouent. 


De temps en temps je me dis "ce n'est pas possible ce qui m'arrive, c'est totalement surréaliste !!!". Pourtant les phénomènes qui se déroulent en moi sont bien réels et je ne peux plus nier l'évidence. Je n'ai plus qu'à accompagner le courant qui m'emporte avec force, ce courant c'est la vie ! Un courant que j'avais obstinément refoulé et qui se retournait violemment contre moi.

Je me demande si un jour je vais réussir à devenir une femme. Ce jour là je ne serais plus un "homme" qui se déguise pour ressembler à la femme que je suis. C'est incroyable de devoir se "déguiser" pour être, pour exister. Le déguisement, traditionnellement, est une forme de dépaysement, on endosse la personnalité d'un autre pour s'amuser ou pour s'oublier un temps. Actuellement je vis cette activité comme un moyen temporaire pour valider ma dysphorie de genre. Elle n'est pas du tout satisfaisante car elle n'opère qu'à la surface de la surface, c’est-à-dire au niveau de l‘habit et du maquillage, donc de manière très superficielle.

Le clivage entre la profondeur et la surface ont créé des distorsions dans tous les aspects de ma vie sociale. Cette profondeur ne trouvera une satisfaction réelle tant que l'image dans le miroir ne sera pas celle d'une femme crédible. La qualité de l'expérience de vie réelle que je vais tenter bientôt va beaucoup dépendre de cette crédibilité.


Qu'est-ce l'image d'une femme crédible ? Un visage imberbe maquillé avec une chevelure au moins androgyne. Une silhouette féminine qui dépend du type de vêtements portés et de certains organes. Une voix crédible.

Le visage et la silhouette c'est l'identification visuelle immédiate. Avec la voix si on est aussi dans l'identification immédiate, on est surtout dans le domaine de l'échange (informations et sentiments), c'est un domaine plus intime : le domaine de l'émotion. On ne change pas de voix comme on change de vêtements.

 


 

Mercredi 28 janvier 2009

 

Épilation faciale

Incroyable l'impact que peut avoir l'épilation faciale. Je pourrais décrire ce processus comme quelque chose qui s’est déplacée. Ceci est possible car un obstacle est tombé.

 

 
 

Jeudi 29 janvier 2009

 

Existence sociale

Le fait d'accepter ma dysphorie de genre me libère d'un poids, je suis plus à l'aise avec les autres. Certes ma position n'est pas idéale, elle est un peu artificielle car elle fonctionne sur ma propre conviction mais aussi sur le fait que je suis entré dans un processus très actif qui va me permettre de progresser vers la féminisation de mon aspect physique. 

En attendant j’essaye de bien différencier mon aspect corporelle et mon genre psychologique pour vivre le plus confortablement possible : je suis une femme prisonnière dans un corps masculin.

 

Transformation du corps, renforcement 

et acceptation de mon genre.

Je suis actuellement dans un premier  mouvement dont le but principal est de me débarrasser de mes caractères sexuels secondaires masculins visibles : épilation, greffe capillaire, réduction de pomme d'Adam, rééducation de la voix. Ces caractères me retiennent prisonnier, ils m'assignent dans un rôle de genre et m'empêchent de me déplacer aisément dans mon identité de femme. Tout au long de ma vie d'adulte je me suis soumis à la tyrannie de ce corps. Cette assignation a eu des conséquences dans tout les aspects qui composent la vie d'un individu. Je ne pouvais pas avoir tel comportement car je suis un homme comme l'indique mon corps. Mes besoins de femme ne pouvait s'exprimer. Affirmer et accepter la femme que je suis c'est accepter d'exprimer ses besoins.

 

Une expression revient très souvent dans mon for intérieur et exprime bien un aspect de mon état d'esprit actuel : "c'est fou ce qui m'arrive !!!!". Par moment je me situe en tant que spectateur. Le processus qui se déroule sous mes yeux me semble être un phénomène totalement irrationnel. Si je n'avais pas autant souffert je pourrais croire que je suis délirant. J'ai trop lutter contre mon genre pour croire que je sois complaisant et que je me sois laissé enfermer dans un délire imaginaire. Celui-ci s'est imposé à moi comme quelque chose d'irrépressible. J'étais totalement usé par mon isolement social. 

Pourtant il reste une incertitude pour mon avenir. Je n'ai aucune certitude. Mon isolement social sera-t-il terminé quand j'aurais clos ma transition ? Je prends un risque de marginalisation et même d’exclusion du fait de ma transsexualité. Ce qui me rassure c'est que je connais plusieurs cas où la transition a apporté une nette amélioration, quitte à refaire sa vie une fois le parcours terminé. De toute façon la mort sociale, je connais ! et depuis que j'ai accepté ma dysphorie, celle-ci s'éloigne un peu plus à chaque étape franchit. Cela fera environ 3 ans que j'ai démarré ma transition en acceptant ma pseudo homosexualité et en décidant de divorcer, et depuis cette date, à chaque évolution significative, mon bien-être a augmenté.

 

Comment pourrais-je qualifier le phénomène qui me touche ? l'explication la plus probante pour l'instant serait celle d'une anomalie congénitale. Certains naissent cul de jatte, d'autres avec des maladies génétiques graves, moi je suis né avec un corps qui a des caractères sexuels différents de mon propre sexe. Ce n'est pas mon corps que je rejette, celui-ci n’y est pour rien et il m’est indispensable pour vivre, je ne pourrais jamais l’échanger. C’est l’attribution sexuelle de ce corps qui m’a enfermé dans un exil douloureux et qui me fait souffrir.

 

 
 

Vendredi 30 janvier 2009 

 

Essais sur la voix 

J'ai commencé à travailler sur ma voix avec un micro branché sur mon PC. Je m'enregistre avec un logiciel qui me restitue aussitôt ma voix. J'ai eu beaucoup de plaisir à faire cet exercice. J'ai découvert un autre moyen de me permettre d'exister. J'ai l'intuition que ma manière d'écrire va certainement changer aussi au fur et à mesure que je vais trouver ma voix. La parole et l'écriture, j’en suis persuadée, sont liées. J'ai souvent remarqué qu’on entend la voix d'une personne qui nous est familière quand on lit ses écrits. 

Personnellement je n'ai jamais aimé ma voix masculine quand il m’arrivait de l‘enregistrer. Hier j'ai essayé encore et mon impression est d’avoir une voie qui a été faussée, comme maquillée. 

Quand j’ai établi ma liste des aspects physiques que je devais corriger ou effacer, il faut bien admettre que la voix n'a pas été pour moi une priorité comme les cheveux et les poils. Je crois avoir un rapport particulier avec l'oral. Je suis peu bavarde en général et la voix n'est pas le support principal pour communiquer mon affectif. Par contre l'oral a toujours été mon lieu de prédilection pour exprimer ma pensée, mes idées. J'adore argumenter, débattre, confronter mes réflexions. Pour moi l'expression orale a été essentiellement une expression privilégiée dédiée à la pensée. 

Pour ce qui est de la fonction principale du langage qui est de créer du lien social. Celle-ci est restée embryonnaire car je suis restée trop longtemps recluse dans mon univers.

Un espoir : ce matin j'écoutais France inter et j'ai entendu Florence Degois, journaliste, qui parlait de son livre. C'est une voix féminine très particulière dont le grain est grave et un peu éraillée. Malgré tout on l'identifie comme une voix de femme. Par certains aspects mes essais vocaux ressemblent un peu à celle-ci. 

Ce qui est sûr c'est que, à travers la voix, on va en profondeur. Elle est un repère physique important, qui traverse l'émotionnelle, l'intellect et l'identité. En trouvant ma voix de femme, vais-je explorer des régions de ma personnalité peu utilisées voir refoulées ?

 

 
 

Samedi 31 janvier 2009

 

Aujourd'hui j'aimerais crier au monde que je suis une femme.  je ne peux en vouloir à ce monde incrédule car moi même j'ai longtemps nié et je continue par moment à en douter.

Les exercice de la voix me font beaucoup de bien... je suis très contente. Aujourd'hui j'ai essayé d'enregistrer de long texte. Cela c'est bien passé. Le fait de me réécouter et d'entendre cette nouvelle voix durant plusieurs minutes est aussi  important car je m'habitue à un environnement sonore nouveau, cela m'aide à l'apprivoiser et à adopter de nouveaux repères. C'est globalement déstabilisant de modifier sa voix.

J'ai adopté aussi un autre exercice. J'essaye de poser aussi ma voix quand je l’utilise dans mon for intérieur.

 

Je sens que cette transition m'absorbe totalement et qu'il y a très peu de place pour autre chose. Je suis dans une parenthèse sociale et je le vis plutôt bien, je suis plutôt isolée mais j'en ai besoin et je n'en souffre pas de trop. Je suis la chenille isolée dans son cocon. Je suis en voie de mutation et ce cocon mais nécessaire car il me cache pour pouvoir me transformer sans souffrance. 

 

Un projet qui me tient à cœur est de devenir grand-mère car je sais que je ne serais jamais une mère véritable pour ma fille. Je serais toujours son père même contre les apparences une fois la transition terminée, ce qui est normal. Mais pour mes petits enfants je serais leur mamie si ma fille accepte ma transition. Il lui sera impossible de m'appeler autrement que mamie. Et là j'aurais gagner, j'existerais !!!!!!

 

 
 

Lundi 2 février 2009

 

Samedi dernier j'étais sûr que ma fille n'arriverait pas chez moi de manière impromptue. J’ai donc pu passé l'après-midi et la soirée habillée et maquillée. J'apprécie toujours ces moments car ils me permettent d'exprimer la femme que je suis. Pourtant j'ai éprouvé assez rapidement un malaise, je me sentais déguisée. Il m'a apparu clairement que mon épanouissement dépendra surtout de ma transformation physique. Le type de vêtements portés et le style de maquillage adopté en découlera tout naturellement car il correspond à une assignation culturelle. Pour l’instant je me sers de ceux-ci pour accéder à mon identité. Une femme n'a pas besoin de se transformer pour être femme car elle est femme. Elle peut ressentir le besoin d'être plus féminine, de s’affirmer en adoptant des accessoires dédiés à la féminité liés à l'imaginaire social. L'idéal serait que je puisse être identifiée comme une femme sans avoir besoin de ses accessoires.

 

Changement de comportement psychologique.

Ma façon de me comporter avec les autres opère de grand changement. Je me souviens lors de la première séance d'épilation laser, j'ai eu la forte sensation d'être victime d'une discrimination. À une époque pas très lointaine, j'aurai vécu cette exclusion avec une grande souffrance qui, d'ailleurs, aurait complètement annihilé toute réaction possible. Cette fois ma réaction fut totalement différente : au tout début je suis rentrée dans une colère intérieure qui a duré jusqu'au moment où j'ai pu m'expliquer avec le médecin. Une confrontation que j'aurais certainement évitée auparavant. 

 

 
 

Mardi 3 février 2009

 

Épilation

L'état de ma peau est absolument déplorable à certains endroits. À force de la torturer ma peau pour faire sortir les derniers poils qui résistent, celle-ci à réagi fortement, j'ai plein de bouton et ma peau est comme cartonnée. Malgré tout ça je commence à percevoir mon visage de femme qui émerge doucement. J'en éprouve un bien être car ce que reflète le miroir m'autorise à exister.

 

Repères corporelles

Aujourd'hui j'ai regardé les photos que j'ai prises samedi dernier. Par l'intermédiaire d'une des photos où ma poitrine est saillante, j'ai ressenti que je prenais possession de ces seins. Les photos pour moi sont très importantes et elles m'aident à prendre conscience et à prendre possession de mon identité. Certes se regarder dans le miroir aide, mais la photo permet de fixer différentes séquences et de mieux appréhender de multiple facettes de la personnalité. Je perçois mieux aussi les différents aspects de mon visage selon ce que j'exprime intérieurement mais aussi selon les angles de prise de vue. 

 


 

Mercredi 4  février 2009

 

Épilation

Ce matin j'ai croisé un collègue de mairie, celui-ci a tous les attributs d'un homme typique. On s'est dit bonjour et on a dit des banalités. En le quittant, ma première pensée fut celle-ci : "je ne suis plus comme lui !!!". Si je ne suis pas encore une femme à part entière, je ne suis plus un homme à part entière.

 

 
 

Jeudi 5 février 2009 

 

Ma transformation est en deux mouvements : j'accepte mon identité et je me prépare à accueillir un nouveau corps, c'est un changement radical. Les deux mouvements s'appuient l'un sur l'autre et sont indissociables. Tout mes repères sont à refaire et je sens que le travail sur la voix va être fondamental. Sa féminisation dépend aussi directement de mon aspect extérieur. Mes exercices vocaux me permettent d'essayer de la reconnaître, de l'identifier, de me familiariser avec elle. Pour l'utiliser au quotidien cela dépendra beaucoup de l'évolution de mon passing. Le projet d'être le plus souvent possible en situation de vie réelle est intéressant aussi pour les exercices vocaux. 

 

Épilation 

Les poils qui ne sont pas morts sont entrain de repousser. L'épilation me permet de retrouver un corps plus en harmonie avec mon identité. Elle m'aide à réorganiser mes repères sexuels. Le poil est, pour moi, un élément érotique puissant. Mon corps ne doit plus être auto érotique. Ce repère sexuel doit être définitivement chez l'autre, chez l'être sexuellement désirable. 

Comme le chant du cygne avant sa mort, ma mémoire corporelle et émotionnelle me rappelle insidieusement cette auto érotisation. Celle-ci m'a relancé juste avant la première séance d'épilation et cela recommence une semaine avant la deuxième séance. 

 

 
 

Vendredi 6 février 2009

 

Ce matin je me suis réveillée en plein sommeil paradoxal, c'était douloureux car j'étais profondément endormie. En même temps je ressentais un bien être significatif, j'avais la délicieuse sensation d'être une femme. Je le ressentais dans mon corps. Devant le miroir, pendant la toilette, ce corps que j'épile depuis plusieurs mois m'appartenait vraiment. Mes seins qui ont naturellement un peu de volume étaient des formidables promesses pour l'avenir. Le reste de mascara de la veille se contentait de souligner mon bonheur. Même l'état de ma chevelure n'arrivait pas à ternir ma plénitude. Mon corps se transforme, entraînant mon âme qui elle même entraîne mon corps. Mon action principale est principalement d'éviter de mettre des obstacles à ce flot d'énergie. Ne rien précipiter et laisser ce fleuve reprendre sa place dans son lit naturel. Je dois juste l'accompagner en évitant que les digues de la peur fassent barrage. Accueillir ce formidable changement comme une promesse d'épanouissement pour un avenir meilleur. Je ressens déjà des conséquences très positives sur un plan intérieur. Je suis tellement moins oppressée au quotidien, je commence à entrevoir ce qu'est de vivre avec la sensation d'être détendue et sereine. Pour moi le bien être que m'apporte mon changement compense largement ma vie affective. De toute façon cette solitude m'est nécessaire pour faire cette transformation avec le moins de perturbation possible.

 


 

Samedi 7 février 2009

 

Un gros chantier se profile à l'horizon : acheter un appartement en ville. Un facteur important qui va faciliter ma transition corporelle et sociale. Une ville que j'aime bien où je suis inconnue et qui ne m'éloigne pas trop du bassin de ma vie sociale. Elle a aussi l'avantage de me rapprocher de 2 personnes qui appartiennent à ma nouvelle vie de femme.

 

 

Dimanche 8 février 2009

 

Si par un processus magique je prenais l'apparence d'une femme qui a un autre visage que le mien cela ne pourrait pas fonctionner car le trouble d'identité de genre est lié seulement à la connotation sexuelle de notre apparence. Notre identité est fondée aussi sur la ressemblance qui nous rattache à un héritage génétique familiale. On existe car on est l'enfant qui ressemble à nos parents. Il est le signe évident que l'on est le prolongement d'une lignée familiale, ce qui est très rassurant. Si notre conscience de soi est liée directement à notre apparence, elle regroupe plusieurs niveaux de notre identité. La première fois que j'ai porté ma nouvelle perruque et que j'ai pu faire des photos, je me suis fait une remarque en les découvrant. Je me suis trouvée une grande ressemblance avec une cousine. Cette prise de conscience a été au moins aussi importante que de découvrir l'harmonie intérieure qui se dégageait de ces photos. Ma nouvelle apparence a reçu une légitimité familiale.

 

 
 

Lundi 9 février 2009

 

Hier j'avais une énergie incroyable. Il y a encore quelques mois dans la même zone de mon ventre je ne puisais qu'anxiété et instabilité, aujourd'hui j'y puise énergie et joie de vivre. J'engrange aussi les effets de la disparition de ma barbe, c'est une véritable libération et malgré le désastre de ma calvitie j'arrive à percevoir un peu mon visage de femme. J'ai harmonisé le bas reste à conquérir le haut. La disparition de ces poils a-t-il dévérouillé une énergie qui peut enfin s'exprimer et me rend petit à petit mon vrai visage ?

 

Je me suis photographiée nue en simulant un sexe de femme. C’est intéressant de voir concrètement à quoi ressemblera mon corps. Celui-ci n'était plus fantasmé, j‘ai pu me l‘approprier un peu plus.

 
 

 

Mercredi 11 février 2009

 

Hier j'étais à Paris pour ma deuxième séance de laser, celle-ci a été moins violente car il y avait beaucoup moins de poils. Une zone persiste : en dessous de la bouche. Le médecin m'a dit que c'était normal. Prochaine séance en mars. Ces séances laser sont plus qu'une simple épilation, elles sont aussi curatives sur un plan psychologique. En me débarrassant d'un de mes caractères sexuels secondaires, je quitte un peu plus cet exil intérieur pour prendre possession de mon identité de femme. Ce corps masculin est une vraie prison qui m'assigne et me contraint. Hier après-midi en me promenant dans Paris j'en ai senti les effets sur le plan psychologique. L'épilation dans le cas des transsexuelles est un soin très efficace car c'est un acte concret. Suite à la première séance j'avais ressenti une grande joie mais paradoxalement j'ai ressenti aussi un malaise morbide diffus. Ma sensibilité avait été certainement exacerbée par la violence de l'acte. Ce malaise est lié à une mort annoncée de mon enveloppe masculine qui reste quelque part une partie de moi-même même si elle est la cause principale de mes souffrances.

 

J'ai profité de mon séjour à Paris pour faire les boutiques. J'ai visité surtout les bijouteries, pour un homme c'est moins suspect ! Je me rends compte qu'un nouveau changement psychologique se met en place. Jusqu'à présent j'étais plutôt économe, hier il fallait que je me résonne beaucoup pour ne pas craquer. Ma priorité sont les modifications corporelles, pour la garde robe se sera pour plus tard. 

 

J'ai été aussi à la FNAC et j'ai découvert un livre de photographies de nues féminins. Cela m'a intéressé de voir comment j'allais réagir devant un corps nu de femme à ce jour. Ma grande surprise fut ma réaction quand j'ai vu cette très belle photo en gros plan d'un pubis. Tout naturellement je me le suis appropriée, c'est comme ça que je voulais que cela soit. Cet événement est important car il n'y a pas si longtemps je ressentais plutôt un malaise face à cet organe. Je suis entrain d'accepter l'idée de me transformer totalement, d'accepter que mon corps se modifie en profondeur. Il n'y a certainement aucune autre alternative pour moi pour exister. S'habiller, se maquiller reste superficielle. La preuve c'est l'efficacité de l'épilation sur mon confort psychologique. Si le fait de m'habiller m'apporte du plaisir car il me permet d'aller au contact de mon identité trop longtemps et trop profondément refoulée, il m’a aussi aidé à valider la légitimité de ma démarche. Pourtant ce transvestissement n'a jamais eu un effet curatif libérateur. Cette activité est très frustrante car il vous renvoie au final à l’image d’un homme travesti.


 

 

Jeudi 12 février 2009

 

Ma vie s'est construite sur des mensonges, sur une fiction. C'est très étrange ce sentiment de découvrir que tout ce que j'avais entrepris comme explications pour justifier ma souffrance étaient faux. Ce décor n'a pas empêché les souffrances, bien au contraire je me suis auto abusée et j'ai finalement retardée ma guérison. En fait seule une partie de moi-même s'est laissée réellement tromper car comment expliquer avec quelle rapidité j'ai admis mon erreur et j'ai accepté la vérité sur les causes de ma souffrance, 2 mois seulement. 2 mois furent suffisants pour passer de la prise de conscience à l'action. Ceci est une preuve supplémentaire que ma transition a réellement était entamée de manière inconsciente depuis au moins 3 ans. Début 2006, quand j'ai envisagé de divorcer mais une intuition me fait penser que les choses ont commencé bien avant. De tout manière ma propre instabilité intérieure a été une source d'instabilité comportementale, j'étais en recherche perpétuelle. A force de recherche, d’échecs, j’ai petit à petit pris la bonne direction et depuis je ne l'ai jamais quitté. 

 

 
 

Vendredi 13 février 2009

 

Modification psychologique

À l'heure actuelle je suis moins dépendant affectivement des autres. J'ai beaucoup moins besoin de l'assentiment et de la reconnaissance de mon entourage dans mes actes. Je suis plus autonome.

 

Hier soir j'ai fait une sorte de bilan de l'influence qu'a pu avoir le trouble d'identité de genre sur ma vie. Ma conduite d'adulte d'un point de vue générale fut plutôt immature. C'était un comportement de fuite. Je me réfugiais dans la création mais aussi dans un univers plutôt intellectuel (beaucoup de lecture d'essais et de biographie historique), je me suis construit une bulle. Cette vie là avait pour avantage d’être authentique et sincère contrairement à ma vie sociale qui, elle, reposait sur le sable mouvant du mensonge. Ma responsabilité était atténuée par le fait qu’il s’est élaboré à l’insu de ma volonté sous la pression de la peur de l‘abandon.

Par contre tout au long de ma vie, face aux nombreuses épreuves, j'ai toujours démontré une grande volonté de vivre.  Pour ne pas devenir fou, pour ne pas tomber, pour ne pas sombrer. Coûte que coûte je me suis accroché à la vie. Ma volonté est féroce, elle est ardente, c'est un feu de vie qui écarte la mort. Toujours oppressé, toujours sur le fil du rasoir, ne jamais tomber, ne jamais sombrer. Mon combat a pu me rendre des fois inhumain même monstrueux car je m'étais petit à petit construit une véritable carapace. 

J'ai toujours pensé que j'aurais préféré mourir plutôt que de survivre dans un camp de concentration car cette survie se fera obligatoirement au détriment de mon éthique personnel. Vivre, certes ! mais pas à n'importe quel prix. Je me suis battu pour continuer à vivre sans sombrer dans une déchéance physique, morale ou spirituelle. Cette volonté a développé chez moi une rigueur intellectuelle et morale. Je suis restée fidèle à ma vision de la liberté : responsabilité, authenticité et lucidité. C'est certainement une des choses dont je suis la plus fière.  

 


 

Samedi 14 février 2009

 

La voix qui est l'expression de l'âme est aussi assignée par l'apparence de mon corps. J'expérimente de féminiser ma voix dans d'autres lieux que chez moi. Au téléphone j'y arrive plutôt bien au point de perturber mon auditeur. Par contre en contact direct c'est difficile, c'est même anxiogène. Les regard des autres me renvoie à mon image corporelle donc à mon clivage. 

 

Ce matin je regardais un clip vidéo à la télé qui mettait en scène un groupe de femme qui dansait sur un rock, ce spectacle était à la fois fascinant et douloureux. Ce spectacle de danseuses qui exprimées pour l'essentiel une  formidable liberté d'être des femmes m'a renvoyé à ma prison. La danse est pour moi une amplification corporelle de l’identité. J'ai peur de ne pouvoir jamais atteindre cette liberté. Que les transformations de mon corps ne soient pas la hauteur de l'enjeu quand je vois avec quel pugnacité ma barbe résiste à la violence du laser.

 

 
 

Lundi 16 février 2009

 

Dimanche j'ai eu la visite d'une amie très proche qui était au courant de ma transsexualité mais qui ne m'avait jamais vu en femme. Je lui ai fait la surprise, c'était très émouvant car c'est la première fois que je me montre à un proche qui n'est trans. Tout c'est bien passé, mon amie est restée très à l'aise. On a passé un très bonne matinée entre filles. Je suis  convaincu à présent, Anne ne pourra exister tant que son existence sociale ne sera pas une réalité. Je m'accomplirais réellement que lorsque mon apparence sera suffisamment crédible pour vivre en tant que femme le plus naturellement possible. En tout cas ce dimanche fut un gros plein d'énergie avant de prendre les airs pour Istanbul pour faire ma greffe de cheveux. 

 

Je suis sur la route de Paris pour mon départ en Turquie, je suis angoissée depuis ce matin et cela se ressens car j’ai des pulsions sexuelles intempestives. Ce que je vais faire est un acte concret important, un acte qui a un coût financier qui est loin d'être anodin, c'est un investissement très conséquent qui m'engage et qui me prouve à moi-même la pertinence de ma transition. C'est un symbole très fort pour moi de retrouver une chevelure dont le caractère sexuel secondaire ne sera plus masculin. Je fais certainement aussi le deuil de cette image corporelle qui est amené à disparaître pour toujours et qui doit faire place au corps de mon véritable sexe. 

 

Une autre activité, en dehors de l'écriture, apaise mes tourments c’est le visionnage de mes photos.


 

 

Vendredi 21 février 2009

 

Ca y est la première opération est terminée (FUT), apparemment c'est un record d'Europe : 5380 unités folliculaires réimplantés en une seule fois. En espérant qu'elles seront toutes là dans quelques mois et pour toujours. Apparemment ma zone donneuse a fait des miracles. 

L'équipe qui m'a opéré, et le Dr Beyhan en tête, est très sympathique, très pro et très efficace. Malheureusement je n'ai pas pu dialoguer avec les filles de l'équipe car elles ne savaient que très peu parler français. 

La première prise de contact avec la chirurgienne fut un peu déstabilisante. La première visite avant l'opération, le Dr annonce que 5000 UF c'est trop et qu'il n'y aurait pas la place pour tout mettre. Elle ne pourra pas en mettre plus de 4000. Quelque part c'est plutôt une bonne nouvelle car cela me coûtera moins chère. Mais je suis surpris et j'essaye de comprendre pourquoi il y a autant de différence entre ce qui a été prévu à Paris et ce qui est diagnostiqué ici. Elle m'a fait comprendre que c'était elle la chirurgienne donc l'experte et qu'elle était la seule à pouvoir juger. Et en effet sur le devis c'était bien spécifié. Pour la densité, elle a décidé de faire 50 UF au cm2 sur le devant et 30 à l'arrière car  ces UF greffées étaient ceux qui avaient plusieurs cheveux et qu'ils étaient plus gros. Ensuite elle a dessiné ma ligne frontale, j'avais amené des photos de moi avec des perruques pour qu'elle se rende compte comment je souhaitais me coiffer à l'avenir. Elle en dessine 2, j'en choisi une. Et nous voilà parti vers le bloc opératoire. Le Dr Beyhan est une femme très énergique et très dynamique. Arrivé dans la salle je donne mon accord la mort dans l'âme pour pour me tondre toute la tête. Et voilà que l'on m'installe pour l'opération. L'affaire est rondement menée, elle détermine la zone donneuse pour la FUT, une bande de peau qui se termine en pointe. Elle procède ensuite à l'anesthésie, et commence à découper ma peau. Je crois qu'elle s'y est pris en deux fois, elle a coupé la moitié de la bande puis à refermé la plaie. Puis elle a continué avec l'autre moitié qu'elle a refermée aussitôt. Ce qui atténue certainement le temps d'exposition au risque d'infection. En attendant que les UF soient confectionnées le Dr Beyhan a perforé ma peau de milliers de trous. C'était bien elle qui l'a fait, j'ai essayé de lui parler et chaque fois c'est elle qui me répondait. Je sentais beaucoup d'assurance dans tous ses gestes techniques et il régnait une grande concentration dans cette salle.

Seule les clips vidéos de la TV détendait un peu l'atmosphère. Une fois les emplacements terminés, le Dr Beyhan assistée d'une autre fille commença a implanté la ligne frontale, puis un peu plus tard elle passa la main à d'autres assistantes. Je crois qu'à la fin elles étaient 4 au dessus de mon crâne. 8 mains de fées au petit soin de mes futurs cheveux. C'était une sensation très agréable. La chirurgienne venait régulièrement nous voir. L'affaire fut terminée à 16 h 30 si je me souviens bien. Le cou était très raide mais je n'avais mal nulle part même après que l'anesthésie n'eu plus d'effet. D'ailleurs le lendemain la peau avait retrouvé toute sa souplesse et je ne ressentais aucun effet lié à l'opération. J'ai même très bien dormi.  

Comment j'ai vécu intérieurement cette première opération. Je n'exagère à peine si je peux parler d'un véritable plaisir. L'émotion était forte. Toute la première partie, j'ai pu pleinement profiter des instants et en apprécier la saveur. Je pourrais parler d'une opération réparatrice dans mon cas, non seulement sur un plan physique mais aussi psychologique. La chirurgienne était en train de me scalper et j'étais heureuse, incroyable ! Quand elle a commencé à préparer la zone receveuse pour implanter mes UF, ce fut certainement le meilleur moment de l'opération pour moi. Il aurait était dommage de rater ça si ce type d'intervention s'était déroulé sous anesthésie totale. Par ces milliers de petits points qu'elle traçait délicatement sur ma peau ravagée par des années de DHT, elle réparait et elle dessinait mon future visage de femme. Sans en avoir vraiment conscience elle participait au dessein qui me réparera l'injustice de ne pas avoir eu à la naissance un corps en accord avec mon identité.

J'ai beaucoup apprécié le professionnalisme et la très grande gentillesse de l'équipe pendant l'intervention. Elles étaient chaleureuses et attentionnées. 

Par contre je suis plus circonspect sur l'écart entre le diagnostique et le résultat final. Quand elle m'a appris que ce n'était ni 3500, ni 4000 UF qui m'ont été greffé mais bien 5380 UF, quel ne fut pas ma surprise !!!! Dans un sens c'est formidable pour moi mais c'est aussi une nette augmentation de la facture finale. Sur le coup je ne me suis pas affolée car j'ai pensé qu'elle avait réparti l'ensemble des UF sur toute la zone a greffé, donc en théorie je n'aurais qu'une opération à subir et non trois comme c'était initialement prévue (1 FUT  de 4000 UF et 2 FUE de 500). Et bien pas du tout, toutes les parties non pas été greffées. J'ai fait part de mon étonnement auprès du Dr. J'ai sorti le devis et on a fait le point. Je lui ai fait comprendre, conformément aux termes du devis, qu'elle aurait du me tenir informer du surnombre des UF et que c'est moi qui devait prendre la décision au final du nombre d'UF à greffer. Je n'ai pas l'impression qu'il y a eu de sa part une volonté malhonnête de me mettre devant le fait accomplit et les évènements ultérieurs m'ont donné raison. Je crois qu'elle était si heureuse de la tournure des évènements qui semblait très prometteurs qu'elle en a oublié les clauses du contrat. Elle s'est peut être laissée aussi griser par le fait de pouvoir battre un record. Il m'est difficile au jour d'aujourd'hui de lui en vouloir. Le lendemain après-midi je repartais donc à la clinique pour la FUE, la négociation s'est faite à ce moment là. En tout cas pour ma part j'étais déterminé à ne pas trop dépasser mon budget de départ tout en partant avec mon projet de greffe terminé. Je reste optimiste car le Dr Beyhan me semblait honnête et prête à discuter. On a trouvé un compromis, au lieu de me faire 1000 UF pour la FUE, elle ne me fera que 833 UF ce qui fera que 100 euro supplémentaire par rapport à ce qui était prévu. Heureusement que j'ai eu la bonne intuition d'amener un peu plus d'argent. Au final elle m'a fait 970 greffes et elle m'a fait cadeau de la différence ce qui en dit long sur l'état d'esprit de du Dr Beyhan. Un autre exemple qui me fait dire que c'est une personne très correcte. Mercredi après la première eintervention j'ai payé 4000 euro en coupure de 500 euro. Le soir en rentrant à l'hôtel je déplace mon argent restant pour le cacher et mécaniquement je recompte ce qui me reste, quelle ne fut pas ma surprise, il me manquait 5OO euro. J'attendis donc le lendemain pour lui demander si je n'avais pas donné un billet en trop, elle téléphona  et on lui répondit que non. Me voyant catastrophé elle insista pour qu'on recompte… ouf soulagement !!! La personne au bout du fil a du faire davantage attention et a découvert que deux billets étaient restés collés. Au final j'ai donc 5380 + 970 UF pour un prix à petit peu plus élevé que ce qui était prévu au devis (5OOO UF).

A présent, depuis hier, apparaissent les effets indésirables de l'œdème post opératoire. J'ai pour l'instant une grosse ressemblance avec Phillipe Léotard en fin de parcours. Pauvre Phillipe !!! s'il avait su qu'il avait un œdème permanent.

Pour l'opération de la FUE, on commença vers 14 h 30 et on avait fini vers 20 h 30. Après l'anesthésie le Dr Byhan a commencé à prélever des UF. Cette opération m'a beaucoup moins marquée car je me suis très vite endormie durant la première partie de l'opération. Et le reste du temps j'étais plus ou moins dans les vapes. Je sais qu'elles ont prise des UF de chaque côté de la tête. A 18 h on a fait une pose et j'ai mangé un peu. Il me semble qu'elles étaient 2 ou 3 a opéré. Il a été convenu que je reviendrais vendredi pour nettoyer l'ensemble et faire un dernier point sur le résultat. Le Dr Beyhan a fait des photos et j'ai fini de payer ce que je devais. Avant de partir j'ai pu remercier toutes les filles et leur dire au revoir. Je garde un excellent souvenir de cette équipe chaleureuse, consciencieuse et professionnelle. Je me sentais très bien parmi elles. Je ne sais pas comment elles m'ont perçu en tant que transsexuelle de toute façon elles étaient suffisamment pro pour je n'en ressente aucun désagrément. J'espère leur avoir laissé une impression positive à défaut d'avoir pu expliquer la réalité de ma condition et de l'authenticité de ma démarche 

 


 

Dimanche 22 février 2009

 

De retour de Turquie, je suis revenue chez moi. La parenthèse est terminée, je reviens à la réalité quotidienne. Je peux comparer l'avant et l'après. J'ai pu enlever ce matin le bandeau est enfin découvrir le dessin de mon nouveau visage. L'impact a été très fort et immédiat. Même tondue, j'ai ressenti l'effet psychologique de ce nouveau visage sur moi. Je suis un peu plus transformée extérieurement et intérieurement. En plus, le hasard fait que les effets de la seconde épilation coïncident. Ma barbe résiduelle est entrain de disparaître. Même avec mes cheveux très courts, ma nouvelle ligne frontale féminise mon visage. J'ai un visage plus androgyne. Merci Dr Beyhan, pour l'instant c'est très réussi. J'irais même jusqu'à dire que l'oedème en comblant le creux de mes yeux participe à la féminisation de l'ensemble. En plus celui-ci colore mes paupières d'une couleur orangée comme si j'étais maquillée. Ce n'est pas du meilleur goût, mais c'est plutôt gaie et chatoyant.

 

Mardi matin quand l'avion a décollé en direction de Zurich, quand celui-ci est sorti des nuages et que j'ai découvert la beauté de ce paysage si pur. J'ai pleuré durant la moitié du voyage. Ce désert blanc m'a ému. Mais ce n'était pas seulement la vision incroyable de ce champ de nuages qui m'a le plus bouleversé. L'émotion du départ plus la découverte de ce paysage qui paraissait si irréel n'ont été que les déclencheurs d'une émotion qui m'a replongé dans mon passé si douloureux. Par contre ces larmes étaient pleines d'espoir. C'étaient des larmes de soulagement : une étape importante allait être franchie. Cette démarche de faire une greffe est fondamentale pour moi. Pour preuve : tant que je croyais être un homme je n'ai jamais éprouvé le besoin de faire une greffe capillaire. Le jour où j'ai pris conscience de mon trouble d'identité de genre, j'ai immédiatement ressenti le besoin de cette opération. C'est un élément capital de ma transition, c'est une étape importante qui va me permettre de me préparer à ma réassignation corporelle qui auront des conséquences irréversibles. Non seulement j'efface un des caractères sexuelles secondaires qui est très preignant visuellement mais cette intervention est aussi créatrice d'un nouveau dessin pour mon visage. Ce nouveau visage va me permettre de concrétiser d'une manière forte une harmonie corporelle supplémentaire avec ma véritable identité.


 

 

Mercredi 25 février 2009

 

Après une période hyper euphorique suite à ma greffe de cheveux qui est pour l'instant réussie, je suis dans le creux de la vague, j'ai le contrecoup. Toute la journée je suis restée angoissée et chaque fois le même processus se reproduit : je me réfugie dans le sommeil. Je me dis que cela doit être normal. Le curseur a bougé très sensiblement et une partie de mon psychisme a réagi car il a été déstabilisé dans ses repères. Je sens que je suis habitée pas deux forces contradictoires, l'une qui pousse vers le mouvement et l'autre conservatrice. De toute façon à chaque fois que des événements importants bougent je sens que, systématiquement, il est suivi par un mouvement régressif. Cela a été le cas lors de ma première séance d'épilation faciale, de ma première sortie habillée en femme. Ces deux forces sont certainement naturelles et cohabitent dans chaque être humain ou dans chaque corps social. L'une est là pour nous aider à évoluer et l'autre pour nous préserver de mouvement qui peut être dangereux pour notre intégrité mentale et physique. Si le carburant qui alimente la force du mouvement correspond à l'attente fondamental de l'indivividu alors cette énergie s'en trouve renforcée et bouscule l'inertie conservatrice, pour autant celle-ci ne se laisse pas faire et donne des signes de résistance en se manifestant par réaction.


 

 

Jeudi 26 février 2009

 

La crise d'anxiété de ce mercredi est passée, je suis plus sereine ce matin. Le mois de mars va être consacré à la recherche d'un appartement à Blois, l'idéal serait de déménager avant ou cet été. C'est tellement plus agréable de le faire à la belle saison pour pouvoir entamer quand il fait beau les éventuels travaux de déco.

 

Ma fille mûrit, elle a plutôt bien gérer le changement lié à la greffe de cheveux mais aussi celle, plus discrète, de l'épilation. Je me souviens le jour où j'avais coupé ma barbe, ce fut pour elle très violent, elle a refusé de m'embrasser pendant plusieurs semaines. Cela n'a pas été le cas aujourd'hui. Encore un peu de temps et je pense qu'elle aura la maturité nécessaire pour accepter le changement définitive de ma transition. Pour autant il m'est indispensable de bien préparer ma fille. J'y réfléchi souvent et mon plan est bien avancé, ce journal bien entendu en est un élément important.


 

 

Vendredi 27 février 2009

 

La déstabilisation est à la hauteur du changement qui a été opéré sur l'aspect visuel de mon visage. Celui-ci a généré de l'insécurité donc de l'anxiété. Il faut garder son sang froid et garder le cap. Bien entendu j'étais consciente de l'importance stratégique de la greffe de cheveux. L'importance de la contre réaction psychique en est une preuve. Je passe un cap difficile mais certainement normal après une période euphorique. Il est d'autant plus difficile qu'il n'est qu'une étape dans le processus de transition. Quand je me regarde dans la glace, c'est toujours un homme que je vois. Certes il a un aspect plus androgyne (disparition de l'ombre de la barbe et la nouvelle ligne frontale) mais il reste masculin. Mes repères sont bouleversés dans mon apparence masculine mais ne bouleverse pas la donne pour autant, je reste au milieu du gué. J'ai peut-être aussi la tentation du rejet psychologique de cette greffe qui pourrait être la tentation de revenir en arrière. Comme si un sentiment de peur m'envahissait à présent.

J'étais dans une situation où j'étais derrière une porte qui me masquait en partie une pièce dans laquelle je désirais très fortement rentrer. J'ai ouvert la porte et je suis rentrée, la porte s'est refermée derrière moi et je me rends compte à présent qu'il est presque impossible de revenir en arrière. Je me sens un peu perdu et déstabilisée par l'aspect de cette pièce qui m'est à la fois étranger et si familier. Ce nouveau visage ne m'est pas inconnu, loin de là, je l'ai entrevu déjà dans de multiple photos. Mais cette fois il est concret et il est la preuve d'un changement inscrit dans ma chair.

 

Un signe positif, si je suis anxieux dans la journée, je continue à bien dormir la nuit. J'aurais même une tendance à avoir la tentation de me réfugier dans le sommeil tout au long de la journée. Je suis pris par des accès de somnolence anormale.


 

 

Samedi 28 février 2009

 

La métaphore la plus juste d'une transition est bien l'épilation. Si le poil finit par s'affaiblir puis disparaître à force de l'arracher pour autant il résiste et ne lâche pas facilement du terrain.

 
 

 

Dimanche 1er mars 2009

 

Au quotidien si je ne suis pas encore une femme à part entière, je ne me considère plus non plus comme un homme, je ne m'identifie plus à eux. Je suis dans une zone grise, je ne me considère plus comme un homme mais je ne suis pas reconnue comme une femme.  "Se considérer être" est largement insuffisant. Sans reconnaissance pas d'existence.

Si mon ressenti est celui d'être une femme, je ne suis pas une femme car je ne peux être reconnue et me reconnaître comme tel. La conscience de soi est directement dépendante de sa propre apparence. L'habit fait le moine. Si on peut tricher sur le court terme, on ne peut pas mentir et se mentir trop longtemps sans dégâts sociaux. Pas d'existence sans existence sociale.

 

Ne plus me considérer comme tel et accepter de procéder à ma transition de manière concrète, a l'avantage de lâcher la pression et de me donner un répit.

 

Hier soir je dînais près d’une amie et le hasard a fait que nous étions toutes les deux en face d'un miroir. C'est certainement la première fois que je ressens aussi clairement et aussi concrètement l'enjeu de la conquête de l'aspect extérieur. J'aurais donné beaucoup pour que mon reflet ressemble à celui de Michèle. Ce reflet dans ce miroir ce n'est pas moi !!!!!!

 

Greffe capillaire
J'espère que mes résultats vont être très positifs et que je vais participer à mon modeste niveau à tordre le cou à ces préjugés et à cette injustice génétique qui frappent certaines d'entre nous. Si la science a un sens il doit être celui-ci : réparer l'injustice.

 

Modification de comportement
Ce matin j'ai fait une grasse matinée, je me suis levée à 8 h 40. Pour moi c'est une grasse matinée, je me suis réveillé à 5 h et je me suis permise de somnoler, de révasser et j'ai eu beaucoup de plaisir à le faire. Ce qui aurait été impossible avant.

 


 

Lundi 2 mars 2009

 

Hier après-midi j'ai pu expérimenter à nouveau. Juste avant de faire le ménage j'avais juste adopté une jupe, un t shirt rose et une poitrine adaptée. Je n'étais pas maquillée et je ne portais pas de perruque. J'étais "naturelle", toute l'après-midi je me suis sentie bien, heureuse et pleine d'énergie. Une fois le ménage terminée, je me suis dit : "c'est super, je vais continuer la fête, je vais me maquiller et me mettre une perruque". J'ai eu beaucoup de plaisirs à me maquiller mais  une fois que j'ai eu terminé l'ensemble de ma transformation je me suis sentie très vite déguisée. Le terme "transformation" était réellement pertinent. J'étais comme déguisée. J'ai d'ailleurs ressenti un malaise et un clivage assez fort. Il est vrai que j'avais aussi adopté une tenue un peu différente, plus habillée. Il faut constater que la perruque que j'avais porté est très longue, elle est très éloignée de ce que j'ai l'habitude de ressentir autour de mon visage. Pour conclure, le transvestissement n'est plus une solution totalement satisfaisante pour moi. Il a été un véhicule pour accéder à ce qui a été trop longtemps refoulé. Je souhaiterais de ne plus avoir à me déguiser. Je veux être naturelle. Comme n'importe quelle autre femme, je veux me sentir féminine sans artifice particulier en restant moi-même. Je n'ai pas à forcer le trait, je suis femme. Même tondue, ce n'est pas grave, un peu de rouge à lèvre, un peu de mascara, un collant, un petit haut sympa et voilà je suis prête. Les changements corporels qui sont déjà réalisés (épilation visage et nouvelle ligne frontale qui a dessiné un nouveau contour à mon visage) et à venir (chevelure, hormones et opération) sont les seuls moyens qui me permettront de sortir de ma problématique identitaire. Toutes ces transformations, je pense, vont se réaliser relativement doucement. Si il y a eu et si il y aura encore des périodes accélérées, il y aura aussi des temps d'attente. Toutes ces étapes vont me permettre d'adopter doucement ce nouveau corps et de le mettre en conformité avec moi et mon identité.  Je sens aussi de plus en plus fortement que cette féminité rayonne de l'intérieur. Même tondue, si je me mets en condition, je trouve que mon visage est nettement plus féminin alors que je ne me suis ni maquillée, ni  bijoutée. Il me paraît très important de travailler cet élément. Il est vrai que la barbe disparue c'est un mur qui est tombée. Celle-ci m'obturait. Elle empêchait les sourires, les expressions, et les traits du visage d'exprimer la véritable nature de mon âme. Il est certainement là le travail d'authenticité que je dois réaliser. Libérer l'âme en transformant mon corps. 

Mon problème est qu'il est encore difficile d'assumer aux regards des autres ce que je suis physiquement sans devoir me transformer temporairement par des artifices extérieurs. Et si la transformation artificielle me pèse cela va être très problématique de mener pour l'instant une expérience de vie réelle.  Cette période charnière va être délicate à gérer.

 

 
 

Mardi 3 mars 2009

 

Maladie ou pas maladie ? je suis sûr d'une chose c'est que la dysphorie de genre a été la source d'une réelle souffrance et qu'il a était un handicap dans ma réalisation sociale. Être malade c'est souffrir d'un dysfonctionnement qui porte atteinte à nos organes et par conséquence occasionnent des gênes plus ou moins grave dans notre quotidien. Ces troubles physiologiques ou psychiques dans les formes les plus graves peuvent entraîner la mort de la victime. Cette définition me semble pertinente pour décrire mon vécu personnel à travers mon trouble d'identité. Souvent la maladie, en plus de sa dimension invalidante, a aussi des conséquences sociales : elle peut isoler les malades. Ce qui a été aussi mon cas. La notion de maladie est souvent considérée comme dégradante dans le milieu trans. Pour moi ce qui est dégradant, c'est l'exclusion qui, très souvent, découle de ce processus de transition une fois que l'on décide de "guérir". Nous sommes alors victime d'une double peine. Nous n'avons pas choisi d’être ainsi et nous nous retrouvons exclues si nous faisons le choix de la vie en mettant notre corps en accord avec notre identité pour espérer vivre normalement.

 

État d'incrédulité

Une des caractéristique de ma problématique c'est le doute qui revient de manière cyclique. Dans la plupart des syndromes vous voyez très rapidement les dégâts qu'occasionnent la maladie et vous êtes très vite convaincu. Malgré toutes les souffrances et tout les dégâts occasionnés, je doute régulièrement d’être une femme. 

 

Un modèle féminin : Romy Schneider

Pour se construire je crois que tout un chacun, tout au long de sa vie, a eu besoin de prendre des modèles parmi des personnes connues et qui nous servent de repères. Donc la question se pose pour moi, à présent que j'ai pris conscience que je suis une femme, quel(s) modèle(s) féminin ont servi de référence et à travers le(s)quel(s) je continue à me référer ? Après un moment de réflexion je n'en vois qu'un : Romy Schneider. Cette femme m'a poursuivi depuis mon adolescence et je crois avoir tissé des liens assez particulier avec cette femme. C'était ni une soeur, ni une mère, ni un sex symbol, c'était plutôt une amie, oui une amie... Son authenticité, sa sensibilité, sa force, sa fragilité, sa félure, sa féminité, sa profondeur. Toutes ces valeurs qu'elle incarne me touche au plus profond et m'ont souvent bouleversées à travers son oeuvre d'actrice et surtout à travers l'oeuvre de Claude Sautet. Elle a incarné, certainement dans ma part refoulée, la femme que j'aurais voulu être. En en prenant conscience je suis bouleversé. je l'ai suivi régulièrement à travers sa carrière d'actrice. Moi même je m'étonnais d'avoir un rapport si particulier (de la part d'un homme) avec cette actrice qui m'a toujours fasciné, non pas pour sa plastique mais par sa profondeur et sa fêlure qui m‘a souvent touché au plus profond de mon être. Elle a toujours eu une place particulière dans mon coeur. Je crois savoir pourquoi dorénavant.


 

 

Mercredi 4 mars 2009

 

Dans le cadre d'une réussite d'une greffe, l'un des principaux paramètres à maîtriser et le risque de rejet physiologique. Pour ma part ce risque est nul car ce sont mes propres cheveux qui ont été greffés. Par contre je crois avoir sous estimé, dans mon enthousiasme, la dimension du rejet psychologique car on est dans un cadre esthétique et cette transformation bouleverse mes repères visuels. Je me sens actuellement fragile. Des tensions sont apparues depuis que l'euphorie est retombée. Il faut dire que cette greffe n'est pas anodine car la motivation principale qui est à l'origine de ma démarche, touche à mon identité. Le comblement des trous et surtout le dessin de cette nouvelle ligne frontale dite féminine fait réagir. Je sens le clivage entre ces deux forces dont j'ai fait référence dans le texte du 27 février. Celle du mouvement et celle de la conservation. Il est vrai que cette dernière a tendance, actuellement, à se manifester fortement. Je sens qu'elle réagit par des pulsions de rejet. Je ne crois pas pour autant que la force puissante qui m'a amené à faire cette opération ait disparue pour autant, mais c'est vrai elle se manifeste moins. Elle a gagné !!!! elle domine. Face à la menace de perdre définitivement le combat, l'autre force contre attaque et régulièrement me déstabilise. C'est la peur du changement. Je prends conscience que notre principal ennemi est souvent nous même. Une mauvaise période a passé, il faut que je sois patiente et que je me concentre sur les motivations qui ont été à l'origine de ma transformation. Face aux attaques je dois garder mon sang-froid, je dois tenir et rien attenter qui puisse mettre en péril mes greffes. Cette épreuve va être fondamentale pour la suite, elle doit être impérativement gagnée !!!! Il est indispensable de prendre du recul et de la distance. C'est tout l'intérêt de l'écriture de ce journal. Il faut vaincre le venin de la peur !!!!!!!!

 


 

Jeudi 5 mars 2009

 

Hier j'ai pu inverser la spirale douloureuse dans lequel je m'étais laisser enfermer. Je crois avoir mis fin au rejet psychologique de ma greffe. Pour cela je me suis tout simplement maquillée un petit peu (mascara, blush et rouge à lèvres) sans aucun autre artifice. Sans essayer de me déguiser. Et ce que j'ai vu dans le miroir a été formidable, un visage de femme presque naturel, mon visage. Tondu certes, mais c'était une femme tondue que je regardais. Le nouveau dessin (nouvelle ligne frontale) de mon visage sans pilosité est efficace. Hier soir ce fut une marée d'émotions positives qui va certainement m'aider à prendre possession sur le plan émotionnel de ma greffe de cheveux et repousser la peur. Cette greffe est un véritable bouleversement. Je m'y attendais quelque part car l’attente à l'origine était si forte. Mais je ne m'attendais pas pour autant à un rejet aussi puissant qui peut menacer le succès de cette opération. L'impact psychologique  a été très fort. La disparition de la pilosité conjuguée à l'apparition d'un nouveau dessin du visage bouleversent les repères, il va falloir nécessairement un peu de temps pour m'installer confortablement dans l'apparence de ce nouveau visage, ce visage qui n'est pas encore mon visage de femme définitif, ni plus du tout mon visage d'homme. Il est mon visage de transition, de transsexuelle. Il me renvoie à une identité qui est transitoire et qui est amenée à évoluer pour disparaître aussi... il ne faut pas que je lâche maintenant, il faut que je m'accroche... La peur et la mort ne vont pas gagner. En tout cas pour la mort c’est trop tôt !


 

 

Vendredi 6 mars 2009

 

J'ai mieux compris ce qui c’était passé dimanche lors de mon malaise quand je me suis "déguisée" en femme. Car il s'agit bien de ça, c‘était un déguisement. J'ai stressé car cet épisode a été vécu comme un refus d’admettre l’évolution lié aux transformations physiques. Je ne suis plus un homme qui doit se déguiser en femme mais je suis une transsexuelle. Un être qui veut vivre en tant que femme le plus naturellement possible. Cette "femme" que j'ai vu dans mon miroir mercredi soir elle vient de l'intérieur et grâce à toutes les interventions physiologique elle peut s'exprimer plus facilement jusqu'au jour où elle sera en pleine harmonie avec la totalité de son corps.


 

 

Samedi 7 mars 2009

 

La nuit dernière j'ai subi une forte crise d'anxiété. Cela faisait longtemps que ça ne m'était pas arrivé. Elle était en préparation depuis la fin de l'après-midi. Dans mon lit j'ai été prise dans une spirale de peur. L'élément déclencheur était : "si j'avais peur d'un échec, le stress allait endommager ma greffe" bien entendu cette pensée m'angoisssait et renforçait la peur, etc... Cette crise d'anxiété c'est comme un ruban douloureux qui se noue et se dénoue. Il génère et se fixe sur une pensée négative dont il se nourrit grace à la peur qu'elle distille. 

J'ai réussi à reprendre puis à garder mon sang-froid et j'ai pu me rendormir entre 3 h et 4 h.

Ce matin je sens encore dans mon ventre que je n'ai pas totalement évacué le stress de la nuit.  

 

En faisant ma toilette à la vue de mon pénis j'ai eu une sensation bizarre à la vue de ce bout de chair qui pendouillait sous mon bas ventre. C'était étrange cet appendice qui semblait ne plus m'appartenir. J'ai encore maigri, je pèse 72 kg, par contre mes seins ne changent pas et proportionnellement par rapport au reste du corps ils semblent plus gros. j'aime beaucoup ces petits seins qui émergent de ce corps trop masculin.


 

 

Lundi 9 mars 2009

 

Epilation

Aujourd'hui je suis au centre laser pour ma 3e séance. C'est incroyable comme j'ai du plaisir à être dans cet endroit. J'aime le décor, l'ambiance feutrée de la salle d'attente qui côtoie l'activité un peu frénétique des employées du centre. J'en arrive même à apprécier la sonnerie du téléphone qui sonne sans cesse et qui m'agaça beaucoup quand je suis venue la première fois. Bien entendu toutes ces éléments n'expliquent en rien les causes de ce plaisir. Elles en sont plutôt les conséquences. Est-ce que je me sens un peu plus en harmonie ici ? Tout ce WE j'ai éprouvé de l'impatience d'être ici. C'est presque du bonheur. En plus, aujourd'hui, le temps est magnifique, une très belle journée en prévision. Il faut dire qu'ici je me débarasse  un peu plus à chaque passage de ce masque masculin qui me tenait prisonnière. Je pense au prisonnier mystérieux de la Bastille : le fameux « masque de fer ». Cet homme privé de son vrai visage. Qu'est-ce que cet homme a pu faire de si terrible pour lui faire endurer une telle torture psychologique !!! C'était une terrible image de lui même  qu'il devait percevoir à travers ce monstrueux visage d'acier. 

L'espace presque exclusivement féminin de ce centre est certainement une raison supplémentaire qui explique mon plaisir d'être ici. Il est vrai qu'il est dédié à la féminité la plus absolue car elles viennent toutes pour faire disparaître de leurs corps toute trace de poils, toute trace de masculinité. Alors que les rôles sociaux des deux sexes se confondent de plus en plus,  à contrario elles souhaitent affirmer leur féminité, leur identité. Pour ma part je suis dans une phase en amont, je vais à ma rencontre pour un jour pouvoir affirmer au regard des autres que je suis une femme.

 

C'est ma propre incrédulité et bien entendu celle des autres qui empêchent et qui menacent la reconnaissance de ma véritable identité. Tant que je n'y crois pas, je ne peux exister. Nous les trans nous avons besoin de preuve. Pour y croire je dois pouvoir constater concrêtement que l'aspect extérieur est bien celui d'un femme car pour exister à titre individuel il faut exister socialement. Je dois me convaincre par les multiples interventions sur mon corps que je suis réellement la femme que je ressens et que je pressens depuis ma plus tendre enfance. Et ceci pour que je puisse la reconnaître. Pour que l'énergie de cette femme puisse enfin s'exprimer en pleine harmonie avec son environnement social.


 

 

Mardi 10 mars 2009

 

En l'état, d'un point de vue réaliste, je ne peux plus me considérer comme un homme (le deuil est bien entamée). Je ne peux pas non plus me considérer d'un point de vue social comme une femme à part entière. Les gens qui me croisent continuent à m'appeler monsieur. Même habillée et maquillée conformément à mon genre, Les gens les moins attentifs perçoivent que quelque chose cloche. Je me considère donc comme transsexuelle. Cette revendication est nouvelle, elle est une des conséquences psychologiques de ma greffe de cheveux. Ce statut intermédiaire de transition est important pour moi, pour me définir. Pour exister socialement. Déjà à mon niveau, par rapport  aux autres mais aussi pour ceux qui me côtoient et auprès desquels j'ai fait mon coming out : amis, familles, professionnels médicaux et autres. La reconnaissance des institutions tel que la CPAM et des professionnels de santé m'aident énormément aussi. Certes la CPAM m'aide financièrement (insuffisamment pour certains actes) mais leur aide est surtout importante d'un point de vue psychologique. Quand je dis que je suis prise en charge en ALD, les regards changent et je me sens soutenue dans ma quête. 

 

 

 

Par Nane
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Jeudi 17 septembre 2009 4 17 /09 /Sep /2009 15:37

Jeudi 12 mars 2009


À l'heure d'aujourd'hui l'enjeu n'est plus de savoir si je suis trans ou pas mais comment je vais gérer cette phase de transition...



Vendredi 13 mars 2009


Constat et analyse

Ma période de transformation par le biais d'artifices semble être dépassée. Ce type d'activité n'était qu'un moyen pour valider la découverte de ma véritable identité. Elle n'a jamais été une fin en soi. Une femme n'est pas femme parce qu'elle s'habille de manière très féminine. Elle s'habille ainsi car elle a du plaisir à le faire et elle trouve gratifiant d'être perçue ainsi par les autres pour se différencier avec force. M'habiller, me maquiller et porter une perruque ne modifie en rien la réalité de mon clivage. Cette activité peut faire un temps illusion mais elle me renvoie très rapidement à ma réalité biologique et sociale. Biologique car je dois faire appel à des prothèses. Sociale car je suis obligé de changer mon look selon mes activités. Rien de satisfaisant.

Je ne vois pas d'autres solutions que celle de la modification de mon enveloppe corporelle qui me permettra de glisser progressivement et en profondeur du statut social d'homme à celui de la femme en passant par une phase d'androgyne transsexuelles. Mon look devra évoluer pour suivre l'évolution et pour éviter tout clivage.



Samedi 14 mars 2009


Si je croyais en dieu je pourrais affirmer que l'acceptation de ma transition est un acte de foi. Ce choix est à la fois pardoxalement un acte de soumission et un acte de libération. Soumission car obéissant à une force transcendante. Libération car c'est l'aboutissement d'une quête d'authenticité. Si dieu représente les forces de la vie, alors je suis sur son chemin et je suis libérée des forces mortifères qui me détruisaient. Si dieu m'a créé ainsi, il est nécessaire que je me soumette à sa parole, à son choix. En cela je serais en accord avec lui donc en accord avec moi même. Cette force de vie qui me traverse à présent est-elle la force divine ou un principe qui l'on pourrait qualifier de vital et de fondamental ?

J'ai l'intuition que ce principe est le même, qu'il soit à l'origine de mon existence ou celui de tout les êtres vivants, il est universel. Cette force nous dépasse et nous pousse à la survie en tant qu'espèce ou en tant qu'individu. Cette énergie m'a constitué tel que je suis, transsexuelle, sans se préoccuper de la morale et des normes identitaires fabriqués par les hommes. S'opposer à ma transsexualité c'est allé contre ce principe de vie fondamental. Est-ce que tout cela a un sens ? Est-ce que ce principe expérimente sans cesse pour trouver des solutions à la survie ? Devons-nous apporter quelque chose de particulier à la société ? Sommes nous simplement une anomalie congénitale, un raté, qui n'a de sens que seulement si elle est corrigée ?

J'ai appris que certaines peuplades ont intégré le phénomène de la transsexualité dans leur fonctionnement social. Ces trans peuvent avoir dans certains cas des statuts très importants. Sommes nous dépositaires d'un savoir lié à notre condition qui peut être utile à nos contemporains ? Que pouvons-nous apporter d'utile ? Quel sens notre existence peut-il avoir en dehors du fait de trouver sa véritable place parmi nos semblables ?




Mardi 17 mars 2009


Depuis 6 mois ma vie est très intense. C'est un grand voyage intérieur que j'ai réalisé. Ce parcours ne pouvait nécessairement qu'être solitaire. À présent je sens que je suis à un tournant. J'ai acquis une nouvelle identité même si celle-ci est transitoire. Elle s'est concrétisée par des interventions non négligeables sur mon corps. Ces modifications ont donné une sorte de crédibilité à mon parcours de transition. J'ai voulu me prouver que ce que je vivais n'étais pas un fantasme. Cette transition est sérieuse, elle devra durer un certain temps tout en évoluant doucement. dans les mois à venir les choses devraient être plus stables par rapport aux 6 derniers mois passés. L'évolution se fera au rythme de la repousse de mes cheveux et des différentes épilations. 

Durant toute cette période il me paraît indispensable de construire quelque chose, je ne peux rester seule comme suspendue en attendant et en espérant, qu'une fois la transition terminée, tout sera réglée comme par miracle. L'idéal serait que ma transition physique et psychologique soit accompagnée par une évolution sociale. Ces changements devraient nécessairement me préparer au moins en partie à ma future vie de femme.

A l'heure actuelle, il m'est difficile d'envisager une vie de couple. Ce serait trop compliqué pour l'autre et pour moi. Rajouter une problématique sexuelle et affective à ma problématique actuelle, me semble très périlleux. Me désirera-t-il parce que mon corps est celui d'un homme, ou parce que je suis une transsexuelle ? Quel sera la part de fantasme dans son désir amoureux ? Peut on construire quelque chose de solide sur une identité sociale qui va forcément beaucoup évoluer ? En tout cas à l'heure actuelle c'est beaucoup trop tôt car je ne suis qu'au début de ma transition et encore très loin de l'identité sociale souhaitée. Par contre je serais prête pour une relation amicale car l'investissement personnel est moins important. Il est vrai que je serais heureuse de pouvoir partager une certaine intimité avec quelqu'un de proche. Je serais même très favorable pour vivre avec une amie si il y a une vraie entente au niveau du quotidien. Par contre il faut trouver cette personne. Vivre avec une transsexuelle serait idéal pour pouvoir partager beaucoup et pour être pleinement comprise. 

Je dois donc construire une nouvelle vie sociale en attendant le basculement définitif qui sera le début d'une autre vie. Je crains qu'un isolement trop long peut perturber le bon déroulement d'une transition et même l'entraver. L'isolement social fut la principale cause de la  souffrance qui était liée à mon trouble d'identité de genre. Si la transition actuelle engendre trop de souffrance, il y a un risque. 

Le principal écueil de cette vie sociale que je vais essayer de créer à présent c'est qu'elle est de transition, nécessairement car mon identité actuelle est transitoire. Cette vie sociale doit pouvoir s'adapter à l'évolution de cette transition. L'idéal serait de pouvoir m'intégrer dans le cadre d'une association trans. Malheureusement là où je vis c'est impossible. Il faut aller dans les très grande ville (Bordeaux, Lyon, Paris...) pour trouver une concentration de trans suffisante pour créer une vraie réseau. Reste internet mais ce type de sociabilité trouve très vite ces limites qui sont propres à sa virtualité.

Reste la possibilité de trouver une asso locale dont l'activité m'intéresse et dont les membres sont assez évolués pour ne pas me rejeter lors de ma transition quand elle sera réellement visible. C'est un pari ! J'explorerais ce projet à la rentrée car d'ici là j'aurais certainement déménagé.

Ma transsexualité prend une place majeure dans toutes mes activités en dehors de ma vie de famille et mon travail. Elle occupe une grande place dans ma vie intellectuelle et elle se traduit à travers l'écriture d'un journal. Par contre, curieusement, je n'éprouve pas le besoin de l'exprimer à travers une expression artistique qui m'est familière. 

Une autre possibilité : changer de travail. Prendre une activité professionnelle qui me permettra d'avoir une vie sociale plus importante. Cette activité pourrait être la restauration car j'aime faire la cuisine.

La perception de mon visage dans le miroir est en train de changer. Je le perçois de plus en plus androgyne et je sens que cela influe sur ma manière d'être, sur ma sérénité.  L'effacement de certains caractères sexuels secondaires laisserait-il passer une énergie longtemps bridée ? Serait-il en train de transformer mes traits de l'intérieur ?

C'est quelque chose de l'ordre de mon vrai visage qui est en train de naître ! quelque chose de moins dure, de plus rond, de plus doux... dans ce que je perçois et ce que j'exprime.




Mercredi 18 mars 2009


Bilan de 6 mois de transition

Éléments positifs :

- je suis beaucoup moins oppressée au quotidien par une anxiété importante, 

- je suis moins dépendante de la reconnaissance de l'autre (plus autonome),

- je suis plus sereine dans mes relations sociales.

Être une femme n'est pas une fin en soi c'est un moyen pour accéder à une vie sociale conforme à ma véritable identité. Être une femme c'est mettre fin à un clivage personnelle qui a engendré de la peur, cette dernière a généré de l'exclusion qui a produit beaucoup de souffrances. Devenir une femme peu engendrer de la peur chez mes concitoyens ce qui produira de l'exclusion et bien entendu de la souffrance. Malgré ce risque il y a plus d'espoir à essayer d'exister que de continuer à mentir à soi même et aux autres.

Chimiothérapie

J'ai appris ce matin que mon garagiste se fait du soucis pour moi, il a peur que j'ai un cancer. Il a remarqué ma coupe de cheveux actuel qui est la conséquence de ma greffe de cheveux. C'est peut être excessif mais quelque part je ressens une sorte d'analogie entre ce que je vis actuellement et ce que je connais du malade qui a un cancer. Entre les épilations et mon aspect tondu, la période de transition ressemble à une "chimio". En effet on connaît les effets destructeurs d'un tel remède et toute proportion gardée il y a de ça dans l'épilation laser. Détruire pour permettre de guérir. Un jour j'ai entendu un médecin parler du cancer. Il a utilisé une métaphore pour l'expliquer : une blessure qui ne guérit jamais. Cette métaphore pourrait très bien s'appliquer à la dysphorie de genre. Une blessure psychique qui ne guérit jamais sauf bien sûr si l'on opte pour des moyens radicaux. C'est aussi la même chose pour le cancer.




Jeudi 19 mars 2009


Je crois que les mécanismes de refoulement ne sont pas détruits, ils se sont seulement déplacés et adaptés à la nouvelle configuration corporelle (épilation et greffe de cheveux). Ils ne sont pas très loin, toujours prêts à un retour en arrière. Ces mécanismes ont du reculé en partie pour laisser place à cette nouvelle identité de transition qui est celle de ma transsexualité. Je l'ai accepté et elle s'est concrétisée dans ma chair. Mais le refoulement est toujours à l'oeuvre pour protéger leur pré carré. Je ne suis pas encore une "femme à part entière". Les territoires qui sont en jeu sont ceux de l'aspect physique extérieur. Chaque conquête est un enjeux. Chaque territoire conquis a une valeur stratégique plus ou moins forte. Chaque victoire fait reculer la peur.

Ces mécanismes, que j'ai appelé aussi forces conservatrices, ont été mis en place pour refouler mon identité. Celle-ci est en clivage avec l'apparence extérieure qui m'identifie socialement. Ces mécanismes reposent au départ sur le principe de protection et sur le ressort psychologique de la peur. Il obéit aux normes sociales pour éviter l'exclusion. Bien entendu ces mécanismes sont un échec car l'isolement a été permanent. 

Je sens que ces mécanismes sont bien ancrés dans mon fonctionnement psychologique (cela fait au moins 40 ans qu'ils agissent et qu'ils ont structuré ma personnalité).




Vendredi 20 mars 2009
 

Même si mon insertion sociale est encore problématique et va le rester pendant un certain temps. On ne reconstruit pas en quelques mois quelque chose qui existait mal ou qui était en grande souffrance. Mon évolution intérieure devrait de toute façon, à terme, portait ses fruits mais ce sera assez long. Si la solitude me pèse, le confort intérieur acquis par cette évolution est non négligeable et il est un réel progrès.

Le soutien d'amis est très appréciable et m'a beaucoup aidé dans mon parcours jusqu'à présent. Il me protège. Il faut admettre qu'il ne faut pas trop en attendre non plus. Il est très difficile d'espérer plus qu'une attention compréhensive et chaleureuse. Les autres ont aussi leurs problèmes, leurs préoccupations personnels qui sont bien entendus plutôt éloigné de ma problématique. Je pense même que cette dernière reste dérangeante même aux yeux de personnes très compréhensives. J'ai le sentiment qu'ils ont du mal à aller au delà de l'expression de solidarité pour essayer par exemple de faire une démarche de compréhension. Essayer de comprendre peut être ressenti comme un risque pour elles. On a peur de ce que l'on ne comprend pas et on a peur de comprendre, conclusion : on préfère adopter une attitude d'évitement. 

A mon avis il est fondamental de pouvoir dialoguer avec des personnes qui vivent la même problématique car c'est la seule manière de rompre véritablement l'isolement lié à ce trouble.


Ma vie a été fondée sur un mensonge. J'ai appris que j'étais une transsexuelle à 45 ans. Pendant toutes ces années je me suis auto abusée. On pourrait faire le parallèle entre une personne qui, au même âge, apprend que ses parents lui ont caché l'existence de son vrai père. Toute mon existence a été construite sur une fiction. Trahison ! Pour autant je n'en veux à personne car j'ai été le seul à mentir, j'avais certainement de bonnes raisons pour le faire. 




Lundi 23 mars 2009
 

J'ai visité des maisons et des appartements depuis plusieurs semaines. Je suis cette fois réellement motivée pour que cela aboutisse. Ce logement doit être ni trop loin, ni trop près de l'endroit où habite ma fille. Actuellement je vis dans le même village qu'elle et je sais qu'elle peut arriver à n'importe quel moment donc je ne suis pas totalement libre. La solution serait de lui dire la vérité mais pour l'instant je préfère retarder l'échéance car elle est trop jeune. De toute façon il n'y a pas d'urgence car je ne suis qu'au début de ma transition. 

Si j'achète une maison à la campagne, je souhaiterais qu'elle me permette de m'isoler facilement. Soit une maison à l'extérieur du village, soit un jardin clôt au regard des voisins. Il est vrai que le but de ce déménagement est de commencer une expérience de vie réelle. Pour autant je souhaite me préserver au maximum en évitant d'être sans arrêt sous la pression du regard réprobateur du voisinage et de l'opinion publique du village. Il faut que je puisse choisir mes périodes d'apparition et pouvoir me rendre rapidement "invisible".

Ce nouveau logement doit aussi répondre à mes besoins à plus long terme car je n'achète pas seulement pour accomplir ma transition. 


Quels sont donc mes besoins ? Le premier c'est d'acheter pour acquérir un patrimoine. Le deuxième c'est un logement qui ne doit pas être un frein à ma vie sociale. L'idéal serait que ce village ne soit pas trop loin d'une ville si je choisis d'acheter une maison (Blois, Tours, Orléans...). Le troisième est d'acheter une maison qui soit d'une taille suffisante et qui correspond à mes moyens.




Mercredi 25 mars 2009
 

Le vêtement renforce l'identité naturelle exprimée par l'enveloppe corporelle. Le vêtement ou le maquillage ne sont pas là pour masquer ou pour tromper, ils sont portés naturellement, ils sont une prolongation culturelle et une affirmation. La limite de l'expérience de vie réelle pour moi se trouve à cet endroit. Cette dernière ne peut être harmonieuse que si elle est accompagnée par une transformation physique qui soit suffisamment importante. 

L'évolution de mon apparence corporelle me séduit, ce que je vois dans le miroir tout les matins sur mon visage correspond à mon attente. Chaque intervention corporelle a des conséquences psychologiques importantes qui sont très positives. Pour autant cette apparence est encore trop décalée pour me sentir totalement à l'aise dans des vêtements féminins, pour que ceux-ci paraissent aller de soi sur mon corps. Pour que l'ensemble soit authentique et en harmonie avec mon identité et ma personnalité. Ce malaise est la conséquence d'un clivage entre l'apparence corporelle et l'apparence vestimentaire. Cette situation me fait douter. 

Lors de mes expériences passées de travestissement, ce fut à chaque une mise en condition un peu artificielle, on est un peu dans un état second légèrement enivrée par  les sensations plutôt forte. Cette activité a été essentielle car elle m'a permis d'expérimenter le ressenti d'être une femme à travers le port de vêtements dans le but de valider ma dysphorie de genre. En effet pour certaines expérimentations il faut mieux agir d'abord sur l'aspect vestimentaire car elle est facilement réversible avant de passer à des interventions plus lourdes et plus coûteuses tel que l'épilation. Le parallèle entre les activités de travesti et ma problématique identitaire s'arrête là car ce type de transformation reste très superficielle. Il est de plus, pour moi, une nouvelle source de clivage car il souligne l'écart entre l'apparence et la réalité de mon corps.  Dorénavant seule l'évolution de ce dernier me permettra de valider ma transsexualité. Malheureusement les modifications corporelles sont beaucoup plus lentes.

Je ne suis pas prisonnière directement de mes vêtements mais de mes caractères physiologiques qui m'identifient d'un point de vue sexuel et par ricochet de mon apparence vestimentaire qui découle de ce que laisse apparaître mon corps.

De la profondeur de l'âme, en passant par l'apparence du corps jusqu'à l'enveloppe vestimentaire... ce mouvement est le plus naturel, le plus progressif, le plus logique. Quand mon corps aura toute l'apparence de celui d'une femme, il me sera alors très facile d'aller faire un essayage pour m'acheter des vêtements conforment à ma morphologie et à mon identité sans ressentir les tiraillements du clivage.




Jeudi 26 mars 2009
 

Au jour d'aujourd'hui ferais-je marche arrière pour revenir avant la greffe et avant l'épilation faciale ? Ce retour me paraît totalement inimaginable. Après toutes ces interventions je suis quelqu'un d'autre, plus conforme à ma réalité intérieure. C'est paradoxale de devenir une autre en apparence pour être en accord avec soi-même.


Hier soir j'ai vu un film dont le thème était intéressant car il était une sorte de métaphore de la transsexualité. Il racontait l'histoire  d'un homme qui souffrait de ce que j'appellerais une "dysphorie de race". Enfant tunisien il exprimait très fort le désir de devenir français. Ce personnage, comme beaucoup de ses compatriotes, a fait un voyage en migrant en France. Ce dernier ne pouvait se contenter d'être seulement un travailleur immigré d'origine tunisienne. Il souhaitait aussi faire un voyage intérieur. Il a usurpé une identité et il s'y est totalement immergé au point de disparaître aux yeux de sa famille et de ses pareils. Il est devenu un Français de souche comme la très grande majorité des habitants de ce pays. Ce film raconte comment l'appareil judiciaire a fini par le rattraper et comment cet homme a réagi.

Ce qui est intéressant dans cette histoire c'est la réaction du héros face au juge. Elle est conforme à celle d'une transsexuelle. Il refuse d'être autre chose chose qu'un Français et il préfère au final attenter à sa vie que de renoncer à sa véritable identité, celle qu'il a choisi conformément à ce qu'il ressentait au plus profond de lui même. La fin du film est plus nuancée car le héros survit et au final se réconcilie avec son identité d'origine. Le suicide prend alors le sens d'une mort symbolique qui lui permet de franchir le passage pour ensuite renaître et vivre une nouvelle vie plus conforme à son identité génétique de naissance.

Peut-on réellement parler de dysphorie de race comme on parle de dysphorie de genre ? Est-il possible que des individus soient persuadés d'être d'une autre race que celle de son origine comme les transsexuelles sont convaincues d'être du sexe opposé de leur naissance. Peut-on faire un parallèle entre la transsexuelle et le travailleur immigré qui souhaite prendre possession de l'identité d'un natif du pays où il a émigré ?

Notre identité ethnique ne peut pas être inscrite autre part que dans nos gènes car il est lié au lien de filiation biologique sauf dans les cas très rares de gènes récessifs qui perturbent l'identification. Par exemple un enfant qui est né avec une couleur de peau différente de celle de ses parents biologiques pour autant cette "anomalie" ne remet pas en question la filiation biologique inscrite dans les gènes. La personne qui souhaite changer d'ethnie ne peut être que dans le "déguisement". Comme le travesti qui aime changer d'apparence au  gré de son plaisir : part féminine, part masculine. La transsexuelle se revendique femme comme le chinois : chinois, l'arabe : arabe, etc. La transsexuelle peut se "déguiser" en homme et en souffrir toute sa vie, il restera au plus profond de son âme une femme. Comme un arabe pourra se déguiser en européen, il restera aussi un arabe jusqu'à sa mort. Peut-il le faire sans souffrance comme semble le développer le film d'hier soir, cela me paraît peu probable. D'où vient-on ? Quels sont nos racines ? Cette problématique identitaire lié aux origines familiales se retrouve chez les personnes nées sous X. On sait qu'elle génère beaucoup de souffrances pour ces individus.

Un autre argument pourrait conforter l'aspect génétique de la dysphorie de genre. On sait que l'appartenance ethnicoraciale est liée directement à la lignée familiale. La remettre en cause c'est nié le lien familial biologique donc ceci amène la personne a renié sa propre famille et fatalement génère de la souffrance des deux côtés. Remettre en cause l'identité de son sexe de naissance peut être une source de rejet pour la famille de la transexuelle mais ce n'est pas réciproque, bien au contraire la transsexuelle aspire à une  reconnaissance pleine et entière de sa famille.




Vendredi 27 mars 2009
 

Hier soir j'ai dîner avec un copain qui avait invité un autre copain que je ne connaissais pas. J'ai pu mesurer à quel point j'étais décalée par rapport à la "normalité" d'un mode de relations sociales accepté par tous. Je suis restée une bonne partie de la soirée en spectatrice et j'ai observé. Léger et superficiel, voici le ton de communication qui permet à chacun de pouvoir partager des moments agréables en société. Il y a une dimension ludique dans le jeu relationnel. Un jeu de séduction dont les règles m'échappent. Je suis en total décalage. Je suis handicapée. 

Ce n'est pas de ma part un jugement de valeur que je porte sur ce type de rapports sociaux. Sincèrement j'aimerais pouvoir être capable d'être ainsi, légère et superficielle. 40 ans de souffrances et d'isolement ne favorisent pas ce type d'attitude. Ma sensibilité et mon expérience de la vie me pousse à la gravité et à la profondeur. Je ne cherche pas à blâmer la société, je ne suis pas dans le camp de l'amertume. Personne n'a comploté contre moi pour m'exclure. Que je vis ou que je meurs cela ne changera pas la face du monde. Si je choisis de vivre c'est que j'éprouve encore suffisamment d'agréments pour le faire. Si je meurs se sera contre personne. Je suis en paix. 

Pour l'instant d'avoir accepter mon trouble d'identité et de commencer ce parcours m'a permis de rendre ma solitude plus supportable avec moins de stress. Ce flot d'énergie, cette vitalité qui m'a submergé, m'a porté vers l'espoir d'une vie meilleure. Se pose à présent la problème concret de mon existence sociale, de mon devenir avec les autres.

L'enjeu fondamental de ma transition est bien entendu mon existence sociale. Anne ne peut avoir d'existence que si elle est reconnue et si elle trouve un accomplissement dans une vie sociale harmonieuse. Trouverais-je la motivation pour continuer ma transition s'il n'y a pas d'espoir ? En attendant cette évolution, je dois gérer le stress lié à la solitude.

Le refoulement ou l'acceptation sont ils liés directement à mon niveau d'optimisme dans la croyance à une vie sociale épanouissante en tant que femme ? Le niveau d'inquiétude face à mon intégration sociale génère-t-il du refoulement ?




Dimanche 29 mars 2009
 

Si l'écriture de mon journal permet de prendre du recul. Elle me permet, aussi grâce à la réflexion qui en découle, de structurer tous les événements qui se produisent sur un plan intérieur. En cela je deviens acteur de ma propre histoire. Je ne suis plus seulement le jouet d'énergies qui me dépassent. J'essaye de reconnaître, de différencier, de hiérarchiser, de comprendre pour ne plus seulement subir.




Lundi 30 mars 2009 
 

La nécessité de la peur est indispensable pour la survie de l'individu, selon le même principe que celui de la douleur. Elle permet de réagir face à une agression. La peur devient nocive quand elle anticipe une menace alors elle devient inhibante. Mon trouble d'identité a été la source principale de mes peurs, elle anticipait sur une mort sociale supposée. Au final c'est cette peur qui m'a enfermé dans un processus morbide et qui parasitait ma vie sociale. Depuis que j'ai identifié le trouble et que j'ai fait le choix d'accepter d'y remédier en commençant ma transition, cette peur, qui générait une forte anxiété, a perdu son pouvoir nocif. J'ai pris conscience et je suis convaincue qu'à présent j'ai moins à perdre à accepter ma nature que de la refouler. Je veux devenir une femme aux yeux de tous pour trouver à terme ma véritable place dans la société. Ce processus sera assez long car je dois m'approprier à présent ce corps de femme qui correspond à mon identité. Ce processus est en route et il est bien engagé.




Mardi 31 mars 2009
 

D'aussi longtemps que je me souvienne je n'ai jamais été à l'aise dans un groupe quelque soit la composition de ses membres. Enfant ou adolescent je n'ai jamais pu réussir à m'insérer dans une bande.  Pourtant ce type d'intégration est indispensable pour que l'individu s'épanouisse. J'ai toujours été plus à l'aise dans une relation à deux quel que soit le sexe de l'interlocuteur. La relation de l'individu au groupe renvoie plus fortement à une problématique identitaire. Ce type de sociabilité est moins basé sur la qualité des relations interindividuelles que sur le fait de partager des choses communes et parmi celles-ci l'identité sexuelle. Cette dernière est très importante pour les enfants et adolescents car les groupes sont très peu mixtes.




Mercredi 1er avril 2009


Il y a quelques semaines j'imaginais que j'aurais besoin de vivre très vite habillée en femme, au moins à temps partiel, jusqu'au jour où je ferai mon coming out auprès de ma fille et sur le lieu de mon travail. Vue mon évolution psychologique actuelle, ce cas de figure s'éloigne car je ressens le besoin qu'une transformation physique s'opère avant de pouvoir commencer sereinement toute expérience de vie réelle régulière. Quand est-ce que je serais en mesure de le faire ? Très difficile à le savoir. De toute façon il vaut mieux s'y préparer et réunir toutes les conditions pour pouvoir réaliser ce projet et pour le réussir. Le choix de mon futur logement jouera un rôle certain




Lundi 6 avril 2009
 

Jeudi dernier j'ai rencontré le psy et l'endocrino de l'équipe de Bordeaux pour débuter le parcours de transition. Dorénavant le processus est lancé et à présent les démarches sont concrètes. C'est un véritable processus de validation que j'entame au contact d'experts. C'est un long voyage vers une terre inconnue. Il est évident que je me connais plutôt bien, je connais mon tempérament, mes limites, mes qualités et mes défauts mais l'enjeu n'est pas là. L'inconnu n'est pas non plus ce futur corps de femme qui somme toute ressemblera plus ou moins à beaucoup d'autres corps féminin. L'inconnu est l'impact qu'il peut avoir sur ma propre perception quand je serais perçue par tous comme une femme. 

Nos corps nous imprègnent. Il est une interface qui nous permet de communiquer avec le monde. Seul la vision de notre corps nous identifie. Voir le monde avec des yeux de femme ou d'homme ce n'est pas pareil car ils sont identifiés différemment par les autres.

Il faut bien admettre que j'ai peur et cette dernière a tendance à favoriser le refoulement.




Dimanche 8 avril 2009
 

Hier j'ai fait une séance d'épilation laser, le soleil a fait son oeuvre et j'ai légèremnt bronzé depuis la dernière fois. Ma peau a visiblement absorbé davantage de chaleur. C'est un peu angoissant de se retouver avec une réaction épidermique assez forte.

Dorénavant il faut que je la protège avec un écran total dès que je sors. C'était la 4e séance et il y avait encore beaucoup de poils à détruire. Je suis à peu près à mi-chemin avant d'en avoir terminer avec le visage. 

L'effet libérateur était toujours le même. Par contre l'euphorie était moins forte, et oui on s'habitue à tout. J'ai ressenti aussi que j'ai un peu moins bien supporté la douleur cette fois-ci. Y a-t-il un lien entre les deux ?




Jeudi 9 avril 2009


Mon projet d'acheter un logement est en train d'évoluer vers un projet de construction. Ce dernier me motive davantage car il fait appel à ma créativité et qu'il correspondra plus sûrement à mes attentes. C'est réellement très stimulant pour moi d'avoir un nouveau projet de construction. Réflexion, organisation et création ; voilà le type d'activité que j'aime entreprendre. À présent que je suis en train d'acquérir une stabilité émotionnelle liée à la disparition progressive de mon trouble, je vais enfin pouvoir me lancer dans des projets et entreprendre pour accéder à un véritable épanouissement social (je suis ambitieuse). Une vie sociale c'est certainement avoir un réseau de relations amicales, cela peut être une implication dans une activité bénévole. Il est évident que pour moi c'est surtout la possibilité de me réaliser dans une activité professionnelle épanouissante qui me permettra de recueillir une reconnaissance à la hauteur de mes ambitions. J'aime les relations de travail entre professionnels qui sont basés sur la confiance et la fiabilité. Seuls les liens d'argent permettent ce type de relations qualitatives. Notre survie sociale dépend de notre fiabilité. On ne trouve pas toujours cette dernière dans les relations d'amitiés, d'amour ou même familiales. Par contre ces relations dans le cadre professionnel sont généralement très superficielles et ne peuvent suffire à l'épanouissement personnel.




Samedi 11 avril 2009


Je suis plutôt très occupée par mon projet immobilier qui pour l'instant s'avère être un excellent dérivatif, il me permet de penser à autre chose qu'à ma seule transition même si celle-ci est directement liée à cette future maison car cette dernière devrait la faciliter. Il est même certain que mon projet de transition est à l'origine de ce projet immobilier.Ce dernier est le premier acte d'une nouvelle vie qui va de l'avant, qui construit dans des projets concrets pour une vie sociale épanouissante. 

Il est vrai que ma transition m'a totalement absorbé depuis que j'ai pris connaissance de mon trouble d'identité. A présent il faut que je revienne à une vie plus normale. Cette concentration de mon intellect et de toutes les forces de mon esprit a été certainement indispensable  pour parcourir et affronter toutes les difficultés psychiques liées à l'acceptation de ma transsexualité. Je l'ai accepté, j'ai donné des garantis concrêtes que je m'engageais dans cette voie (épilations, greffe de cheveux, démarches auprès de l'équipe de  Bordeaux). Pour autant faire une transition n'est pas suffisante pour remplir une vie. Je vais donc profiter d'une amélioration de mon confort intérieur pour commencer une nouvelle vie.

2 axes sont envisagés : vie associative et vie professionnelle. Pour le travail, je n'envisage pas de quitter le mien pour l'instant mais plutôt de prendre une autre activité en indépendant. Actuellement je suis célibataire et j'ai suffisament de temps pour faire face à 2 activités d'autant plus que je vais avoir besoin de pas mal d'argent pour assumer ma transition.




Mardi 14 avril 2009
 

La semaine dernière fut plutôt une bonne période, j'étais très entreprenante et j'ai pu me projeter dans l'avenir. D'ailleurs je pense avoir trouvé des débuts de solutions pour organiser ma future vie sociale. Malheureusement cela n'a pas duré et depuis hier la peur contre attaque. J'ai pris conscience ce WE que mes cheveux qui ont été greffés et qui ne sont pas tombés sont entrain de croître. Les choses changent et cela me déstabilise à nouveau comme après la greffe. Ma première réaction fut bien entendu de la joie mais rapidement l'angoisse s'est installée et a pris le dessus. J'ai ressenti des troubles qui perturbent mon quotidien et mes repères dans l'espace. Je me réveille très tôt le matin et je dors ensuite d'un sommeil superficiel. J'ai par moment des pertes d'équilibre et je me suis cognée 2 fois la tête de manière anormale. Ces derniers troubles je les ai déjà ressenti quand j'avais rejetté psychologiquement ma greffe de cheveux juste après mon opération. 




Mercredi 15 avril 2009
 

La progressivité est inhérente  à la transsexualité. Si la conscience de soi est liée à l'aspect extérieur corporel alors la conscience de soi va évoluer au gré des évolutions corporelles. La conscience de soi ne peut évoluer de manière indépendante de l'enveloppe corporelle. J'ai pris conscience de manière concrète de ma transsexualité comme une identité de transition en prenant acte d'une modification corporelle importante suite à ma greffe de cheveux. Seule cette intervention aidée par l'épilation du visage m'a permise de rentrer de plein pied dans ma transsexualité.  

Si les changements sont trop rapides il y a un risque de conflit entre l'esprit et le corps. L'essentiel des repères qui se sont imposés à moi sont ceux d'une identité masculine, ils ont eu pourtant le mérite d'exister pour permettre une survie sociale même si ceux-ci ont été une source de souffrance et de conflit interne. On ne peut pas vivre sans identité. 

Ce matin je regardais une jeune femme à l'arrêt de bus du parking qui s'exprimait de manière très spontanée avec un jeune homme, j'admirais sa liberté, l'harmonie entre l'intérieur et l'extérieur. Elle exprimait une telle joie de vivre d'être une femme que sa séduction était un prolongement naturel de cet état. En même temps je mesurais le chemin que je devais parcourir pour que mon corps ne soit plus une prison. Si je suis entrée dans une zone grise je suis encore très loin de la lumière.




Lundi 20 avril 2009
 

Ce week-end j'ai repris une activité sexuelle solitaire. En effet, depuis plusieurs mois je n'en éprouvais plus le besoin. Je ne me forçais pas, je n'en avais plus le goût. De temps en temps, quand une pulsion était trop forte je faisais en sorte de "l'éliminer" rapidement mais cela n'a rien à voir avec une activité sexuelle au sens plein du terme. 

Samedi j'ai donc repris contact avec le plaisir anal et j'ai pris conscience à quel point la sexualité par cette voie dépassait largement pour moi le simple plaisir charnel. J'ai ressenti un véritable sentiment de plénitude d'avoir été pénétrée et remplie par un organe adéquat. Manifestement je ne ressens pas cette sensation lors d'un rapport sexuel avec mon sexe d'homme. Les satisfactions trouvées grâce à mon pénis n'a pas du tout la portée de ce que j'ai ressenti par voie anale. Contrairement à mes pratiques solitaires avec mon sexe d'homme, je n'ai pas eu besoin de m'exciter grâce à mon imagination pour accéder à l'orgasme. Le plaisir est venu tout naturellement moins par l'excitation physique lié au frottement de la pénétration que par l'émotion (ce doit être ce que les femmes appellent la jouissance cérébrale) qui en a résulté. Ce sentiment de plénitude fut seulement gâché par la vue de mon sexe d'homme enflé par le plaisir. La sexualité, comme beaucoup d'autres activités, n'a d'intérêt que si elle permet de se réaliser le plus totalement possible et de mettre en harmonie le corps et l'âme.

Ce week-end j'ai fait aussi un rêve où quelqu'un me pénétrait par derrière. Je voyais seulement le bas de mon corps qui possédait un sexe féminin et je portais aux pieds des escarpins.  C'est la première fois que j'ai rêvé d'avoir une vulve, cet organe qui a toujours été tabou pour moi.




Mardi 21 avril 2009
 

Épilation et greffe

Je suis à 15 jours de la dernière épilation et comme d'habitude beaucoup de poils sont tombés. Pour ce qui est de ma greffe capillaire c'est plutôt encourageant car les cheveux qui ne sont pas tombés poussent. Ils sont aidés par le traitement au minoxidil qui est très efficace. À présent il faut espérer que ceux qui sont tombés vont repousser comme c'est prévu. Bien entendu tout cela a un impact positif sur mon moral.




Mercredi 22 avril 2009
 

Je sens que dans ma tête les choses vont bon train. Malheureusement, pour le corps, les changements sont plus lents. 

Lundi soir et mardi soir j'avais des RV en rapport avec ma transition (psy et dermato), à la suite de ses consultations qui me font avancer j'ai passé de très bonnes soirées, j'étais pleine d'énergie et de vitalité. 




Vendredi 23 avril 2009
 

Comment expliquer ce que je vois dans le miroir ? Depuis hier soir je perçois quelque chose de très féminin qui se dégage de mon visage. Une expression ou une énergie qui s'épanouit libérée par la chute des poils faciaux mais pas seulement. Elle s'exprime car volontairement j'ai décidé de ne plus mettre d'obstacle (la peur) à cette énergie et tout les modifications que je fais sur mon corps sont des gages offerts qui me donnent des garantis que j'accepte ma transsexualité et que je n'ai plus peur. Nous avons besoin de preuve. Lors de la dernière consultation mon psy m'a dit que la féminisation de mon aspect corporel se fera naturellement même avant de prendre un traitement hormonal, je suppose dans une certaine limite, bien entendu. Un curieux phénomène se confirme au niveau de mes seins. Depuis un certain temps je fais très attention à ce que je mange et je fais régulièrement du sport, bien entendu la conséquence est que j'ai perdu pas mal de kilos. Pour moi cette perte de poids fait partie de ma transformation. Cette perte de graisse s'est répartie sur tout le corps seuls deux organes n'ont pas changé : mes seins. Ce qui fait que j'ai une poitrine d'une jeune fille au début de sa puberté (à peine un bonnet A). Y a-t-il une relation direct avec ma transition ? En tout cas la coïncidence est troublante.




Samedi 24 avril 2009
 

Une phrase anodine revient régulièrement à mon esprit : l'apparence ce n'est pas important ! L'essentiel est dans l'être et non dans le paraître. Il est exact que notre existence ne peut se contenter que du paraître, celui-ci est largement insuffisant et nous sommes, nous les transsexuelles, bien placés pour le savoir. Curieusement cette petite phrase anodine et conventionnelle sur l'apparence a été un rouage important dans le mécanisme de refoulement et elle l'est toujours. Je suis obligée de me reprendre régulièrement et de me dire : l'apparence c'est très important si elle est conforme à son identité car sans elle pas d'existence sociale. Pour être une femme conformément à sa vraie nature, il faut ressembler à une femme !!!




Lundi 26 avril 2009
 

J'ai senti à nouveau ce week-end que les choses allait plutôt vite dans ma tête. Malheureusement mon enveloppe corporelle me contraint à ses propres limites. Si celui-ci a évolué, sa vitesse de changement reste bien moindre et son inertie me rappelle très vite à l'ordre. J'ai ressenti à nouveau dimanche les affres du clivage (anxiété), c'était un rappel à l'ordre peu violent en intensité mais suffisamment fort pour me dire qu'il ne faut pas aller trop vite.

Pour autant le travail n'est pas terminé dans ma tête. Jusqu'à présent toute mon attention et mon action s'est concentrée sur le visage pour le faire évoluer. Bien entendu à terme ce sera d'autres parties du corps qui seront amenés être modifiées. Et un élément de l'anatomie féminine en particulier m'a toujours mis mal à l'aise : la vulve. Hier j'ai donc décidé de me confronter à celle-ci et j'ai donc décidé de chercher des photos. J'en ai d'ailleurs trouvé de très belle sur le net. L'idée était d'essayer de prendre possession de cet organe sur le plan émotionnel et cela a marché. J'ai ressenti une forte adéquation avec les photos de ces jolies fentes. D'ailleurs j'ai découvert que certaines filles ne manquait pas d'imagination pour les mettre en valeur et cela m'a donné des idées pour plus tard. Dans certains cas on peut véritablement parler de bijoux dans son écrin. Cet épisode a certainement joué un rôle important dans le clivage que j'ai ressenti après coup.

Comment analyser ce malaise face à cette organe si mystérieux qui a généré très longtemps une angoisse diffuse ? Ce malaise m'empêchait certainement de m'identifier donc il me protégeait du clivage.




Mardi 27 avril 2009
 

Ma sexualité a été au service du refoulement de ma transsexualité. La sexualité n'est qu'un moyen. Dans le meilleur des cas elle est au service de l'épanouissement individuelle. Elle peut aussi se mettre au service d'une stratégie auto mutilante de refoulement. Dans mon cas elle s'est conformée à ma volonté de nier que mon genre était celui d'une femme dont la sexualité naturelle est celle d'une hétéro. J'ai très longtemps éprouvé un grand besoin de reconnaissance sociale pour contrebalancer le sentiment d'exclusion lié à ma dysphorie de genre.




Mercredi 28 avril 2009
 

La conviction se forge sur des preuves.

Quand le doute s'insinue et que je me soumets à ce que je vois dans mon miroir. Et si je me trompais ? et si j'étais victime d'un délire ou d'une illusion ? Alors je perds pied et je me sens perdu. Quand je doute et que je me dis que je ne pourrais jamais être une femme "crédible" car ce que je vois me paraît tellement éloigné d'une féminité accomplie alors je m'enfonce dans un enfermement douloureux. 

Il est nécessaire même indispensable de prendre de la distance par rapport à nos propres convictions même celles qui sont les plus profondes et qui sont fondatrices de notre identité. Longtemps j'ai cru que le désamour paternel a été l'origine de ma détresse. Enfermé dans ma solitude, je ne percevais que défiance de la part de mon entourage familiale. 

Si j'ai été, si longtemps, victime d'une auto mystification, est-ce que je ne me raconte pas à nouveau des histoires ? Il est vrai que j'ai cumulé pas mal d'évolution positive depuis que j'ai admis ma dysphorie de genre et cela me conforte dans mon cheminement intérieur. 

Ce qui me caractérise c'est que je ne me suis jamais révoltée contre mon corps, je me suis soumis à lui sans douter de l'évidence qu'il imposait à ma perception de mon identité. À présent je sais que les caractéristiques sexuelles de ce corps ne sont pas les miennes, il est primordial que les choses se fassent en douceur et progressivement. Ce serait absurde de rentrer dans un nouveau processus violent et auto destructeur. 




Lundi 4 mai 2009
 

Comme d'habitude, la dernière semaine avant la séance d'épilation qui aura lieu demain, le poil de la barbe qui n'a pas était détruit définitivement est en pleine repousse. Samedi dernier devant le miroir j'ai eu une sensation inhabituelle. J'ai perçu un visage de femme qui portait un postiche de barbe naissante. J'étais déguisée. L'expression de mon regard était celui d'une femme et il dominait les caractères sexuels secondaires qui occupent mon visage.

Le moteur qui a été à l'origine de mon parcours artistique est définitivement mort. Cette forte ambition qui devait se réaliser à travers la reconnaissance de mon travail artistique devait compenser ma détresse sociale qui était liée directement à ma dysphorie de genre. La souffrance qui en était le carburant s'est beaucoup atténuée depuis l'acceptation de ma transsexualité.




Mardi 5 mai 2009
 

Éviter de douter sans cesse, se laisser guider par cette énergie de vie qui m'aide à agir et à m'épanouir. Mon confort de vie actuel repose essentiellement sur le fait d'avoir accepté ma transsexualité et d'agir pour effectuer ma transition. La différence est importante entre être une transsexuelle et être une femme. Je ne serais une femme que quand je serais identifié comme tel.

Qui dit identité de transition, dit projets de vie de transition donc projets à court et à moyen terme. En effet difficile de me projeter plus loin tant que je n'ai pas conquis la totalité des composantes de ma véritable identité sociale. 

En quoi mon projet immobilier s'inscrit-il dans ce processus ? Il est lié car celui-ci est venu naturellement aprés l'acceptation de ma transexualité. Au début il devait me permettre de mener sereinement mon expérience de vie réelle. Ceci est de moins en moins vrai.  Je suis seulement dans une dynamique  positive qui me permet d'investir, de construire et de créer un projet personnel. Quel est la différence entre la première maison que j'ai construite et ce projet immobilier ? 2 motivations furent à l'origine de la construction de ma première maison : la réalisation d'un rêve d'enfant et permettre à ma fille d'avoir un lieu qui la protège et qui la stabilise. D'ailleurs à mon divorce j'ai été très arrangeant pour que cette maison ne soit pas vendue. 

Actuellement je sens que je suis hésitante dans mon projet de construction. J'ai du mal à prendre une décision.  Cela doit provenir que ce projet est lié directement à ma transition. Il y a beaucoup d'inconnues par rapport à mon avenir. Un élément est prépondérant dans ma réflexion dans ce projet : mettre tout en oeuvre pour faciliter la vente si je dois partir. Cette maison qui sera peut être temporaire est aussi un élément de stabilité (création d'un patrimoine personnel) qui va créer un environnement positif qui devra favoriser ma transition. 




Jeudi 7 mai 2009
 

Quand je passe devant une vitrine de boutique de mode ou quand j'aperçois une jolie femme très féminine dans la rue , tout cela me renvoie au chemin qui me reste à parcourir pour devenir une femme à part entière. Je mesure au combien ce parcours va être physiquement long. Il est vrai que l'écart est si important entre ces êtres si féminins et la propre perception de mon apparence qu'il génère un malaise. Certes pour être identifié comme tel, il n'est pas nécessaire d'être très féminine. Beaucoup de femmes ne ressemblent pas à ces gravures de mode ou à ces icônes féminines médiatiques, elles sont pourtant considérées comme des femmes à part entière. 

J'ai toujours été fasciné par cette féminité comme un idéal inatteignable, ce sentiment m'enfermait un peu plus dans mon corps et participait au refoulement.

C'est seulement mon corps en l'état, avec ses caractéristiques qui lui sont propres (héritage génétique autre que le genre), qui doit se transformer pour être reconnaissable en tant que femme. En fait mon malaise ressemble à ces nombreuses femmes qui sont mal dans leurs corps et qui veulent absolument ressembler à des modèles féminins à la mode. Mis à part que moi je ne désire pas leur ressembler à tout prix. C'est seulement l'importance de l'écart entre elles et moi qui me renvoie à ma prison, à mon trouble d'identité. 

L'impact sur moi de ces images de femmes très féminines et/ou très féminisée est d'autant plus fort que je suis dans la situation où la légitimité de ma véritable identité de genre est fragile face à la tyrannie de l'apparence, de mon apparence !! La réalité de mon aspect est très prégnante.

Je me souviens, jeune adulte, d'avoir eu une attitude obsessionnelle sur la forme de ma bouche. Elle exprimait quelque chose que je ressentais comme étant trop féminin. J'ai fait beaucoup d'efforts pour corriger la forme de mes lèvres.

Les femmes ne me considèrent pas comme leurs pareils, elles me voient comme un homme donc comme un séducteur potentiel. Le fait qu'une rumeur circule sur une éventuelle homosexualité m'arrange, mais ce n'est pas pour autant totalement satisfaisant. 




Vendredi 8 mai 2009
 

À 43 ans je me suis enfin réveillée. Cela fait 3 ans que  j'ai abandonné l'essentiel du peu que j'ai pu construire durant toute ces années de vie d'adulte : ma vie de famille, mon couple, ma maison. J'ai seulement conservé mon travail et j'ai réussi à maintenir un lien avec ma fille même si ce dernier point n'a pas été facile. J'ai quitté cette vie non pour l'amour, non par désamour mais pour exister. Avant j'étais entouré mais j'étais profondément seul, à présent je suis moins entourée et je suis encore seule mais je me porte mieux car je ne vis plus dans le mensonge dont j'étais le premier dupe car j'en ignorais moi-même la teneur. Si je n'ai pas de vie affective importante actuellement, c'est délibéré car c'est pour moi la seule option possible pour mener à bien ma transition. À moi de m'organiser pour que cette solitude soit la plus confortable possible.

J'étais presque mort, je suis presque vivante ! j'ai fait le pari de la vie et de la vérité.

Au pire je suis une femme sans corps, au mieux, en exil dans un corps masculin. Je dois prendre possession de caractéristiques corporelles que j'ai toujours considéré comme étrangers. Prendre possession d'une vulve, de deux seins féminins qui ont été longtemps des objets de désir conformément à ce que je devais être : un homme hétéro. Il faut que je me débarrasse petit à petit de repères qui ont correspondu à une sorte d'auto conditionnement. Ce corps masculin est comme une greffe étrangère que je ne pouvais rejeter. Le rejet s'est donc retourné contre moi même. Je me suis auto mutilé d'une partie importante de mon identité comme d'autres transsexuelles font des tentatives d'auto mutilation de leurs organes sexuels. 




Dimanche 10 mai 2009
 

Actuellement je suis plutôt satisfaite de la manière dont je gère ma solitude. Si je l'ai subis un temps, à présent ce n'est plus vrai car elle est à présent délibérée car nécessaire et indispensable à l'accomplissement de ma transition. J'ai opté pour la solution de créer une identité de transition. Ni homme ni femme je suis une transsexuelle. Ce qui m'évite les situations de clivage dans un sens ou dans l'autre. Conséquence : je vais adopter un nouveau pseudo qui sera adapté à cette identité de transition.

Vendredi soir j'ai regardé un film qui racontait l'histoire d'une femme qui menait une double vie. Depuis j'ai réalisé que ma vie a ressemblé à la sienne sauf que moi je n'ai vécu qu'une vie et c'était la fausse. La vraie n'existait pas car son essence était totalement refoulé. Je me suis menti et j'ai menti aux autres à mon insu. J'étais traqué, sur le qui-vive, je vivais dans la peur que je me découvre et que l'on me découvre. J'étais sans arrêt sous pression, je voulais tout contrôler et tout maîtriser autour de moi. Je jouais un rôle en permanence. La peur depuis a reflué, elle desserre petit à petit son éteau mortifère.

Les forces de la raison et les forces de la nature

Il y a une force qui me dépasse et qui dépasse la force de ma raison, c'est la force de vie qui m'entraîne à accepter ma transsexualité pour enfin exister. Pourtant, d'un point de vue général, la force de la raison est indispensable pour veiller et accompagner. Elle est nécessaire pour vérifier que la force qui nous emporte n'est pas autodestructrice. Elle doit être au service de la vie et si celle-ci est absente alors c'est la raison qui se trompe. La raison ne peut pas être l'alibi des pulsions de mort, même au nom de la rationnalité.Au nom d'une certaine idée de la rationnalité on a construit des camps de concentration en URSS contre les forces de la vie, contre les forces de la liberté.

Aujourd'hui j'ai ressenti un phénomène peu ordinaire, une sorte d'état de grâce. J'étais assise sur mon canapé, j'avais mes 2 bras le long de mon buste légèrement penché en avant et j'ai ressenti comme si j'avais 2 seins suffisamment volumineux pour que j'ai eu l'illusion de les avoir sentis collées contre mes 2 bras. Cette sensation a été accompagné d'un bien être intérieur dont j'ai fait duré le plaisir pendant un certain temps. Bien entendu c'était uniquement une émotion mais c'est certainement l'unique moyen pour prendre petit à petit possession d'un corps qui ne m'appartient pas encore et qui a trop longtemps été refoulé dans un monde de fantasmes hors de toute réalité.




Mardi 12 mai 2009
 

Au fur et à mesure des visites de maisons, je me rends compte que ce n'est pas naturel pour moi d'acheter ou de construire une maison dans le cadre d'un projet à moyen terme. M'investir dans un projet immobilier n'est pas un acte anodin pour moi. Acheter ou construire une maison ce n'est pas seulement posséder des murs qui vous abritent. C'est surtout un espace clos qui vous prolongent et qui doit être en harmonie. Cela correspond aussi à faire ses racines dans un lieu avec des conditions qui sont indispensables à la stabilité : une vie de famille ou une vie de couple, un réseau d'amis, un travail. 

Au départ, je percevais cet achat comme un passage qui devait favoriser ma transition tout en me permettant de renforcer mon patrimoine avec l'opportunité de faire des affaires compte tenu des prix du marché immobilier à la baisse. Mais ces critères là sont très vite devenus secondaires. Mon goût pour une recherche plus authentique a pris le dessus, j'ai très vite eu envie d'avoir une maison qui soit en harmonie avec ma personnalité. Malheureusement j'ai l'impression que mes goûts dépassent mon budget. Il y a toujours la possibilité d'acheter plus modeste en vue d'une restauration mais à l'heure actuelle je n'ai pas envie d'un projet lourd en travaux compte tenu que je ne réunis pas tous les éléments de stabilité qui seraient favorables à un fort investissement en énergie et en temps. Sans compter que l'achat d'une maison ancienne à restaurer nécessite des notions que je ne maîtrise pas totalement (je ne l'ai jamais fait), c'est pour moi un facteur de risque important. Ce n'est certainement pas insurmontable par contre quand on ne connaît pas il faut compenser en se donnant du temps pour la réflexion et pour trouver les bonnes informations. Il est vrai que dans le cadre d'un projet à moyen terme je peux difficilement me projeter trop loin. J'ai déjà construit une maison neuve dont la coordination était assurée par un bon constructeur et dans ce cadre là on est beaucoup assisté, ce qui est très rassurant.




Vendredi 29 mai 2009 


À notre insu nous sommes tous des vigies identitaires. Chacun de nous, par notre apparence, est un gardien de l'identité collective pour maintenir une certaine cohésion. Nous sommes une juxtaposition d'éléments visuels qui servent de repères et qui permettent aux autres de se situer positivement ou négativement et réciproquement. Tout cela est à la fois interactif et contraignant. 

Plus la société permet et facilite l'individualisme plus les interactions sont complexes et plus le processus d'identification est difficile. La tendance naturelle de l'individu est de brouiller les repères collectifs pour affirmer sa puissance par son refus de se soumettre à des règles contraignantes. Cette tendance est revendiquée au nom de la "liberté" face la "tyrannie" collective. Cette lame de fond a structuré la société moderne depuis la dernière guerre et a profondément modifié les repères traditionnels de nos sociétés occidentales. L'apothéose de cette révolution culturelle fut mai 68.




Samedi 30 mai 2009
 

Auparavant c'était mon corps qui s'imposait à mon âme, dorénavant c'est cette dernière qui s'impose et ceci grace aux transformations corporelles opérées.

Par Nane
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Jeudi 17 septembre 2009 4 17 /09 /Sep /2009 15:39

Vendredi 5 juin 2009
 

À défaut d'avoir un corps qui soit en harmonie avec mon identité. J'ai tendance à me projeter dans le corps des femmes. j'essaye de "m'approprier"  leurs corps. Bien entendu cette situation crée un malaise car ces corps restent des corps étrangers, ils n'ont rien à voir avec mon corps.

Le corps des autres femmes et ses prolongations qui en sont les expressions culturelles (vêtements, interventions sur des organes) sont à la fois les seuls repères qui me permettent de me situer pour dire que je suis une femme et en même temps ceux-ci m'assignent en me renvoyant à ma propre image corporelle masculine. Seul le corps (miroir ou interface de l'âme) peut exprimer ce qu'est être femme ou homme à travers de multiples critères. On ne peut pas communiquer directement avec l'âme d'autrui en faisant abstraction de son corps.




Lundi 8 juin 2009
 

La propre perception de son corps est-elle liée à notre mémoire.

On n'est pas toujours en train de se regarder et pourtant on a une conscience de l'image que l'on donne de nous même. Seule la mémoire peut jouer ce rôle et donc elle est indispensable à la conscience de soi.




Mardi 9 juin 2009
 

Ma quête d'authenticité a été une permanence tout au long de ma vie, en tout cas depuis que j'ai commencé à réfléchir sur le sens de ma vie.  En aurait-il pu être autrement sachant que mon existence a été fondée sur un mensonge.  Cette quête d'authenticité a été prépondérante dans mes choix de vie. Elle m'a orienté vers des activités artistiques et créatives. Elle a eu aussi une influence sur ma vie intellectuelle (rigueur).

Durant les années qui ont précédé la prise de conscience de ma transsexualité, une question me hantait : toutes ces souffrances, toutes ces larmes, tout ces tourments, ont-ils un sens ? Maintenant je sais, ma vie à un sens à présent : accomplir ma vie de femme.

La conquête de mon corps de femme se confronte à la peur de disparaître socialement donc à la mort. Notre existence est directement liée à notre présence physique. Le jour où je deviendrais une femme grâce à la métamorphose de mon corps, l'homme disparaîtra pour toujours. Il restera une trace de son existence dans les archives administratives de l'état civil et dans les souvenirs de mes proches comme pour le décès de n'importe qui. J'ai connu une forme de mort sociale tout au long de mon existence. Une nouvelle mort m'attend, la mort d'une enveloppe corporelle qui a servi de cercueil et qui m'a enfermé vivant pour me couper du monde.




Vendredi 12 juin 2009
 

Mon psy pour me décourager et tester ma motivation me parle régulièrement de castration. C'est un mot très fort qui, dans mon cas et, je crois, dans le cas des autres transsexuelles, n'a pas de sens. Castration sous entend une mutilation donc une agression contre l'intégrité physique d'un individu qui menace son identité. L'opération de réassignation sexuelle ne peut en aucun cas s'apparenter à une castration car dans le cas des transsexuelles l'intégrité psychique de l'individu n'existe pas car nous sommes mutilé de notre identité qui est nié socialement par notre apparence physique, la dysphorie de genre est une castration psychique.

Comme un travailleur clandestin, j'ai vécu la peur au ventre d'être découverte.




Mardi 16 juin 2009
 

L'identification aux femmes se libère. C'est la manière la plus simple et la plus forte de faire exister celle que je suis, de casser un carcan, un masque. Elle me permet d'être en phase avec cette énergie de vie, mon énergie de femme. En dehors des modifications externes et corporelles il y a aussi cette énergie qui vient de l'intérieur. Je sens qu'elle va être au coeur de ma transformation. Je pense qu'en dehors des aspects corporelles et vestimentaires, c'est ce type d'énergie qui fait que l'on est perçu appartenant à tel ou tel sexe. Pour preuve certaines femmes peu en clain à porter des accessoires féminins et dont les caractéristiques physiologiques féminines sont peu marquées restent tout de même identifier comme des femmes.




Mercredi 17 juin 2009
 

Je regarde régulièrement des photos de moi. Cette démarche m'est indispensable pour prendre en compte la métamorphose de mon visage et de ses conséquences. S'imprégner de qui je suis en constatant que ce qui apparaît dans le reflet du miroir est en harmonie avec ce que je ressens intérieurement. Ce que j'observe conforte ce que je ressens (interactivité). Desserrer l'étau qui m'enfermait dans une identité qui n'est pas la mienne. La modification de l'aspect extérieur du corps a libéré une énergie qui me transforme et qui est perceptible de l'extérieur.




Vendredi 19 juin 2009
 

Il est vrai que le sentiment d'étrangeté et d'irrationnalité s'efface petit à petit pour faire place à une forme d'harmonie. L'étrangeté venait du fait que l'identité de mon corps masculin dominait, il venait de l'écart entre mon aspect physique qui avait une connotation masculine plutôt forte et mon identité de genre. L'écart s'effaçant petit à petit, ce sentiment d'irrationalité s'estompe logiquement.




Dimanche 21 juin 2009
 

Lundi je vais profiter du pot que j'organise pour fêter mon avancement avec mes collègues de travail pour leur annoncer que je suis transsexuelle. Parler de mon trouble d'identité de genre autour de moi est très positif pour moi car cela m'aide à l'accepter. Bien entendu cela favorisera un climat qui facilitera le bon déroulement de ma transition dans le cadre de mon travail. Ce trouble, cette souffrance est devenu petit à petit un projet personnel, en le partageant il a, à présent, une existence sociale.




Lundi 22 juin 2009
 

Cette énergie de vie qui correspond à ma véritable identité a été trop longtemps refoulée. Cette énergie ne pouvant s'exprimer, elle s'est retournée contre moi et a généré beaucoup de souffrances et d'anxiétés. J'étais pris dans un processus que je qualifierais de morbide. Mon corps a certainement exprimé tout ce mal être et a contribué à mon isolement. Sinon comment expliquer que beaucoup de gens qui ne me connaissaient pas, on peut dire la plupart, m'évitaient à priori ? Cette énergie qui avait déserté mon corps a laissé un impact très important. L'assignation dans le sexe masculin a rempli ma mémoire corporelle. Cette mémoire est certainement le socle de cette inertie qui génère de la résistance à ma transformation. L'essentiel de mon travail est de permettre qu'à nouveau cette énergie irradie chaque cellule de chaque muscle de mon visage pour qu'il exprime ce que je suis réellement, que la vie qui fuyait entre mes doigts comme le sable de la plage devienne une terre solide sur lequel je pourrais construire un projet parmi les autres. Je pense que ce travail intérieur est fondamental pour réussir ma transition. Le visage est le miroir de l'âme. Ce travail invisible est certainement moins spectaculaire mais plus important que les interventions liées à la médecine traditionnelle qui modifie certains aspects corporels. Bien entendu le traitement hormonal et la chirurgie de réassignation aident grandement à la réappropriation de son identité usurpée. Toute cette publicité autour de ces méthodes médicales créent une confusion dans l'esprit des gens. Les traitements hormonaux et la chirurgie de réassignation sont systématiquement au centre des débats et au coeur des enjeux. La science ne peut pas tout, elle n'est pas une magicienne qui, d'un coup de baguette magique peut transformer un homme en femme et réciproquement. On ne devient pas un membre du sexe opposé seulement parce qu'on le décrète. En tout cas pas encore sans dommage irréversible.


Personnellement si je peux trouver une autre solution qui peut me permettre d'accéder à un confort de vie suffisant pour que je puisse m'épanouir comme tout un chacun, je renoncerais bien volontiers à ma transition. Je suis conscient qu'au delà de la problématique sociale que cela va générer, d'autres problèmes non négligeables peuvent intervenir et menacer mon espérance de vie. Homme ou femme peu importe, l'essentiel est de pouvoir s'épanouir en accord avec son identité réelle et en harmonie avec son corps.




Vendredi 26 juin 2009
 

Je suis décidé à faire une opération esthétique au niveau du nez, certainement en 2010. Cette opération aura pour but de faciliter ma transition et non pas de me transformer en une image fantasmée de la femme. Il est évident que mon nez actuel est très masculin et ne me facilitera pas la tâche le jour où je basculerais même s'il n'est pas un obstacle majeur comme sont les caractères sexuels secondaires.

J'ai fait quelques essais avec des photos pour me rendre compte de l'impact que cela peut avoir sur mon visage. Le nouveau nez que je me suis dessiné m'a touché droit au coeur, il est une sorte de prolongement de mon âme. Reste à savoir s'il est possible pour un chirurgien de le créer.




Mercredi 30 juin 2009
 

Il faut accepter ce que l'on est. Même si on arrive à se féminiser et à être identifiées en tant que femme, si nous regardons d'un peu plus prêt nous resterons à jamais des êtres étranges, des êtres hybrides. Marquées à tout jamais par la testotérone qui a irrigué tout notre corps. Notre relation avec le reste de la société est complexe et le restera à tout jamais même une fois que la transition sera terminée.

Ma compagne a été longtemps la mort et pour vivre, enfin ! je dois accepter qu'une partie de moi-même doit mourir. Qu'est-ce que la mort ? Quelques souvenirs dans la mémoire de nos proches et une trace administrative dans les archives.

Notre force est, et restera notre volonté de refuser le mensonge. La force de la vie c'est celle de la vérité.




Mardi 7 juillet 2009
 

Samedi dernier j'ai encore travaillé sur des photos de mon visage pour lui dessiner un nouveau nez.

Au fur et à mesure de mon évolution, après avoir corrigé ma calvitie (c'est en bonne voie !!!), après avoir détruit une très grosse partie des poils faciaux (il ne reste plus grand chose à présent !!!), il est de plus en plus évident que mon nez sera un obstacle important pour être identifiée facilement comme étant du sexe féminin. Il faut dire que je pars avec un lourd handicap du côté du visage. Il a une forme anguleuse, des yeux très enfoncés et mon nez accentue par sa grande taille la profondeur de mon regard. Sans compter le bout de ce dernier qui est épais. Avec toutes ces caractéristiques physiques, modifier la taille et la forme de mon nez ne sera pas du luxe. J'ai consulté des photos de femmes qui se sont fait opérées, beaucoup d'entre elles l'ont fait pour des nez beaucoup moins masculin. De toute manière je me donne plusieurs mois pour y réfléchir. Si je me décidais à renoncer à cette opération dans l'immédiat, tôt ou tard je pense que je la ferais. Et peut-être pas dans les meilleures conditions car je devrais arrêter mon traitement hormonal un certain temps.

Chaque pas en avant m'éloigne un peu plus de la clandestinité et me rapproche de l'inconnu, les 2 sont entourés par la peur. Si le connu c'est la clandestinité et l'inconnu la liberté, la peur ne peut avoir le même impact.

Bonne nouvelle, hier j'ai reçu l'accord de l'endocrinologue pour me recevoir pour éventuellement commencer à la fin de cet été le traitement anti-androgénique.




Jeudi 9 juillet 2009
 

Qu'est-ce qu'une femme transsexuelle ? C'est une femme dont les organes sexuelles n'ont aucune fonction biologique et dont certains organes comme les seins ne sont pas fonctionnels, ils ne peuvent allaiter. Ils sont seulement des repères d'identification. Ils sont le résultat d'un bricolage biologique (traitements hormonaux + actes chirurgicaux) qui permet de réparer l'erreur de la nature. La femme transsexuelle vivra toujours dans un corps approximatif qui a le seul avantage de lui permettre de vivre dans l'identité de genre véritable. La femme transsexuelle a aussi la particularité de naître 2 fois. La première fois dans le corps d'un homme et une deuxième fois dans un corps identifié comme étant celui d'une femme. Cette renaissance se fait sous la pression des souffrances psychologiques liées au refoulement. Devenir une femme transsexuelle est une nécessité et non un choix. Le choix se fait dans l'acceptation ou non de ce destin, celui de se transformer. On a toujours la possibilité de refuser cette nécessité. Une femme transsexuelle a connu l'expérience de la mort sociale et seule l'amour de la vie lui a permis de survivre. Cette envie de vivre lui donnera aussi la force de surmonter les épreuves qui l'attendent pour vivre dans un corps de femme. Peut-on nous comparer à des femmes stériles ? Bien sûr que non car si leurs organes sexuelles ne remplissent pas non plus leurs fonctions biologiques, leur légitimité de femme est seulement remise en question sur un seul niveau : celle du rôle social de mère. Un rôle très important pour une femme mais qui gènera nullement l'identification sociale de leur appartenance sexuelle. Si nous sommes aussi des femmes stériles, il restera surtout dans notre mémoire corporelle que nous avons vécu une partie de notre vie comme exilées dans un corps mal identifié.  

Je suis une femme transsexuelle qui va essayer d'adopter un nouveau corps qui sera conforme dans son apparence à mon identité pour ne plus vivre clandestinement et pour mourir un jour dignement en conformité avec mon identité. Je n'ai pas eu la chance de naître femme, j'aurais peut-être la chance de quitter la vie ainsi. Les derniers souvenirs qui resteront de moi seront ceux d'une femme. 

Cette identité elle est mienne, elle est aussi composée de tout mon passé, d'une personnalité, d'une culture, d'une éducation, d'un héritage génétique. Je dois tout intégrer même cette longue période de refus de ma transsexualité. Je devrais aussi intégrer les traces de certaines survivances masculines de ce corps que les hormones ne pourront pas effacer. Tout cela devra s'harmoniser dans cette femme unique que je suis. Si je dois être identifié comme telle, je ne ressemblerais à aucune autre, ce qui est bien évidemment le cas de toutes les femmes.

Nous sommes des femmes clandestines, nous sommes condannés à vivre dans la plus terrible des prisons : un corps humain qui n'est pas le nôtre. Une prison classique c'est un corps étranger à vous même qui vous entoure et vous contraint à rester son prisonnier. On peut l'identifier facilement, il est à l'extérieur de nous-même et si on se révolte on ne menace nullement sa propre intégrité physique. Quand c'est son propre corps qui vous enferme, il faut déjà pouvoir l'identifier comme une prison, comme la cause d'une menace. Une fois cette prise de conscience faite il faut dominer cette peur qui est celle de disparaître avec lui une fois qu'il est transformé. 

Une prison, même la pire, on a toujours l'espoir de s'évader ou d'en sortir plus tôt. Pour une transsexuelle qui, comme moi, a totalement refoulé sa transsexualité, il n'y avait aucun espoir. On souffre tout les jours de cet enfermement et pourtant on ne sait même pas que l'on est enfermé et encore moins pourquoi car on ignore tout de sa transsexualité. Dans ces conditions il est difficile de mettre une fin aux multiples tourments qui vous torturent. Toutes les stratégies que l'on met en place pour souffrir le moins possible sont, elles aussi, génératrices de souffrances psychiques.




Lundi 13 juillet 2009
 

Hier, G, une amie qui a terminée son parcours de transition, est venue manger à la maison. Ma fille était là, le courant est passé et nous avons passé une journée sympa. Le plus étonnant dans cette journée, au delà des sentiments qui me lie à G, c'est  le transfert qui s'est opéré durant sa visite. Par son intermédiaire ma transsexualité est rentrée concrêtement au coeur de ma cellule familiale. Jusqu'à présent mes différentes activités en rapport avec ma transition ont été menées en parallèle de ma vie de famille. Ma fille n'y a jamais participé directement. Ce que j'ai vécu est une étape supplémentaire pour accepter ma transsexualité.

Je réalise à présent que G va m'aider dans ma stratégie pour faire accepter à ma fille ma transsexualité. Ma relation amicale et régulière avec G va amplifier et ancrer dans la tête de ma fille qu'elle a un "père" très différent des autres. Un père qui se féminise et qui accède petit à petit au statut de femme. Les relations d'amitié que j'entretiens avec cette femme va l'aider à faire sa transition autant qu'à moi.

J'ai l'impression que ma fille est sensible à l'amélioration de mon état psychique due à l'acceptation de ma transsexualité qui s'est concrétisée petit à petit par des modifications corporelles significatives. A présent je crois qu'une grande partie de son anxiété était liée à ma souffrance qui devait généré un environnement très insécurisant pour elle. Si ma greffe de cheveux et l'épilation l'ont déstabilisé dans un premier temps, le bénéfice psychique que j'en ai retiré semble être bénéfique pour elle aussi. Il est évident que ma fille est moins en souffrance que l'année dernière. Je suis plutôt optimiste aujourd'hui en ce qui concerne l'acceptation de ma fille. Les choses devraient bien se passer si je les fais en douceur, en respectant son rythme. 

Au fur et à mesure que je rentre dans mon statut de transsexuelle et qu'il devient de plus en plus concrêt, se profile, à présent, la peur de ne pas être à la hauteur, d'être déçue par l'image que je vais donner de moi même. La transsexualité est un compromis. Je ne serais jamais une véritable femme, c'est évident. Le rêve de ces corps dont la  féminité semble absolue doit disparaître. Leur inaccessibilité ont participé à mon assignation. Tout les fantasmes qui ont peuplé mes rêves d'adolescence où je me voyais me transformer en femme parfaite grâce à des scenari de science fiction, sont bien évidemment impossibles. C'est d'un corps concrêt dont j'ai besoin pour vivre. Pour autant la réussite de ma transition dépend nécessairement que ce compromis soit le plus acceptable possible, il est important de mettre le maximum de chances de mon côté pour que ce nouveau corps qui se dessine soit le plus satisfaisant. Ce corps doit être "confortable" dans le sens qu'il doit me donner toute les garanties pour accéder à ma véritable identité sociale donc à un vrai confort psychique. Je ne dois pas hésiter à faire des interventions importantes sur mon corps si elles s'avèrent indispensables. Pour autant il ne faut pas tomber dans le piège de la transformation totale. Je dois continuer à me ressembler car d'autres composantes de mon identité sont en jeu. Il est donc nécessaire de choisir des organes stratégiques qui sont à la fois acceptable par mon psychisme et qui agisse efficacement sur la perception des autres. Pour me consoler, je me dis que je suis à peu près dans la même situation que la plupart des femmes qui subissent ces images de femmes parfaites que savent produire les publicitaires. Nous sommes toutes les victimes de la tyrannie de ces canons de "beauté" décrétée par les campagnes marketing.

Le désir de changer et de modifier mon corps se règlera à la vue de son acceptabilité au fur et à mesure des transformations. Chaque modification va en entraîner d'autres. Comme l'épilation faciale et l'effacement de ma calvitie ont généré le besoin de corriger la forme de mon nez et ceci ira jusqu'à la touche finale. Cette dernière adviendra le jour où je ressentirais que l'apparence de mon nouveau corps sera enfin "confortable" même si celui-ci sera certainement encore bien imparfait.




Dimanche 19 juillet 2009
 

Par momment je suis tenté de m'arrêter là. En effet je vais beaucoup mieux depuis que j'ai accepté ma dysphorie de genre. Je pourrais essayer de gérer au mieux cette contradiction entre une identité et un corps opposé à celle-ci. Certes c'est vrai ! mais le fait que je vais bien en ce moment n'est-il pas lié directement à l'action que je mène pour me transformer (greffes capillaires, épilation et bientôt rhinoplastie plus traitement anti androgène). Je me donne beaucoup de gages qui me remplissent d'espoir !!!!... Et d'autre part si je m'arrête là je resterais perpétuellement en porte à faux entre l'identité de mon corps et la véritable, celle de mon genre. C'est comme pour ceux qui ne se décident pas à choisir entre deux camps de peur de décevoir. Non seulement ils déçoivent tout le monde mais en plus ils sont considérés comme des traitres par les deux camps et ils finissent tout seuls. A long terme il est difficilement envisageable qu'une troisième voie soit possible.

Chaque pas en avant m'éloigne de la clandestinité pour me rapprocher de la lumière de la vie mais ce même pas me rapproche de l'inconnu. Les 2 pôles sont accompagnés par la peur. Bien entendu ces 2 peurs sont différentes, la première vous emprisonne, l'autre vous accompagne vers la libération avec le risque de vous faire chuter.

Il faut lui donner un corps à cette femme, il faut lui donner une existence sociale, il faut que cette femme se matérialise à mes yeux et aux yeux des autres sinon elle restera à tout jamais clandestine et elle restera morte avant de mourir un jour définitivement avec une identité corporelle différente.




Mardi 21 juillet 2009
 

On a conscience d'être un homme car on a conscience de ressembler à un homme et cette conscience c'est inscrite dans sa mémoire (inertie identitaire) à travers le regard des autres mais aussi du sien (reflet du miroir). C'est un mouvement de communication qui va de l'extérieur vers l'intérieur. Cette mémoire nourrit cette conscience, nul besoin de se regarder sans arrêt dans un miroir pour avoir conscience de son identité. 

Existe-t-il un mouvement qui part de l'intérieur ? Bien entendu sinon les troubles de l'identité de genre ne serait pas. Ce mouvement se situerait-il dans le processus d'identification ? on se reconnaît comme membre de tel groupe par rapport à ce que l'on ressent. Le cerveau aurait donc une autonomie par rapport au corps. Il peut se définir comme membre de l'un des deux sexes en désaccord avec les caractéristiques physiologiques du reste de l'organisme auquel il appartient. Cette conscience d'appartenance se joue aussi à d'autres étages identitaires. Certaines personnes expriment leur souffrance existencielle en quittant leur culture d'origine pour vivre dans un milieu étranger. Comment le cerveau peut-il avoir une autonomie pour se définir différemment d'un corps composé d'organes qui donne une information contradictoire ? Où se localise l'identité sexuelle dans le cerveau ? Comment quelques neurones peuvent-elles rejeter des organes dont le fonctionnement biologique est normal ? La transsexualité pourrait être la preuve de la validité d’un concept religieux qui distingue l'âme du reste du corps. Cela ne prouve en rien qu'elle est immortelle.




Jeudi 23 juillet 2009
 

Transformer mon corps permet à la femme que je suis d'exister petit bout par petit bout. Cela n'est pas toujours simple à gérer car mon identité sociale n'est pas stable. 

Deux pensées négatives m'envahissent régulièrement : tous mes efforts sont vains. Je partirais avec un handicap trop important pour transformer l'apparence de ce corps. La deuxième est la peur de sortir de cette prison que j'ai toujours connue, plutôt que d'affronter la liberté, cette inconnue.




Lundi 27 juillet 2009
 

On peut se définir et prétendre être sans le secours du corps. Ce dernier est moins indispensable pour prendre conscience que pour  prouver à soi et aux autres que l’on est un homme ou une femme. Bien des aspects de notre vie sociale sont indépendants de notre apparence et cela est d'autant plus vrai pour ceux qui vivent dans des sociétés qui donnent des droits importants à l'individu. Tout le monde peut prétendre être un chef d'entreprise, votre corps ne pourra pas être utilisé pour prouver que vous ne l'êtes pas.

Quels sont les enjeux où le changement de sexe sera suffisamment bénéfique? L'enjeu social minimal semble être celui d'être reconnu par ses "pairs" en tant que femme, existée au moins comme "femme sociale". Ce qui correspond à une vie affective de premier et de deuxième niveau (dont la dimension intime est moins forte). Cet aspect-là expliquerait pourquoi j'ai besoin de me confier avant tout aux femmes de mon entourage, et à terme de bénéficier de leur reconnaissance. Ne sont-elles pas les mieux placés pour délivrer un certificat de "femme" ? Même si la reconnaissance des hommes n'est pas négligeable, elle est moins fondamentale car elle peut être suspecte.

Je dirais qu'il y a trois niveaux de vie affective. Le premier niveau est celui où l'on ne partage pas d'éléments liés à l'intimité ou très peu, des relations plutôt superficielles. Le deuxième niveau est davantage exigeant sur le plan de la solidarité (amitié) et donc bénéficie d'échange plus intime qui nourrit le lien en secrétant de la confidentialité. Le troisième est dédié à la reproduction de l'espèce qui doit mettre en place une solidarité importante pour pouvoir créer une cellule familiale suffisamment solide et stable pour qu'elle soit épanouissante pour les enfants.




Mardi 28 juillet 2009
 

Je suis décidé, je n'attendrais pas le dernier moment pour déclarer ma transsexualité à ma mère. Au départ, l'idée était de l'épargner surtout si celle-ci meurt avant que je n'entame la partie du parcours dite irréversible. D'attendre le dernier moment pour le lui dire peut être mal vécu par elle. Lui laisser un peu de temps pour lui permettre de s'y préparer peut faciliter sa transition (donner du temps pour le travail de deuil auquel elle devra procéder). Hier en me promenant avec elle, je me suis projeté et je me suis imaginé en tant que femme auprès d'elle. La réaction fut immédiate : un malaise. Cette réaction est normale car je suis au coeur de l'identité, au coeur de la dimension affective primordiale qui permet à l'individu de consruire un sentiment de sécurité suffisant qui lui permettra d'affronter le monde étranger à la cellule familiale. Cette anxiété n'est pas un obstacle pour moi car je suis sûr qu'une fois le choc passé et les explications données, ma mère ne me rejettera pas. Ce sera certainement très douloureux pour elle de perdre un fils même si elle a gagné une fille, j’aurais souhaité lui épargner cette épreuve.

Pour autant mon existence sociale si ténue doit moins à la famille qu'à une volonté de survivre à tout prix. Pour cette raison je me sens certainement moins redevable qu'un individu ordinaire.




Dimanche 2 août 2009
 

Je viens de parler à un copain homo, mon premier amant, il m'appelle de temps en temps pour avoir des nouvelles. Je lui ai parlé de mes projets et il m'a interpellé à propos de la chirurgie de réassignation. Bien évidemment c'est ce sujet qui l'a fait réagir fortement. Pour moi c'est un élément parmi les autres qui fait partie d'un parcours. Il est vrai qu'il n'a pas un impact émotionnel aussi puissant pour moi. Ce sujet a créé un malaise suffisamment fort pour abréger notre conversation. J'ai donc réalisé après coup à quel point j'ai intégré l'idée de posséder un jour un néo vagin. Pour autant cette transformation génitale reste encore quelque chose de très abstrait pour moi. En tout cas l'évolution est importante depuis le jour où j'ai pris conscience de ma transsexualité (seulement 10 mois) car je n'étais pas sûr, à l'époque, de vouloir aller jusqu'à cet acte définitif. 

Cette conversation prouve à quel point il est difficile de parler ouvertement de sujets aussi sensibles avec des personnes de sexe masculin non concernées directement par la transsexualité quelle que soit leur ouverture d'esprit.




Mardi 4 août 2009


Quelques réflexions autour de ma rhinoplastie 

Modifier le nez c’est agir efficacement sur la perception de son visage. Car la forme du nez a des conséquences importantes sur l’ensemble du visage. L’impact est, certes, inférieur à l’alopécie et la pilosité qui sont des caractères sexuels secondaires mais le nez participe à l’identification du visage (il est au centre).

Il est conseillé habituellement de commencer le traitement des hormones féminisantes et d'attendre que celui-ci agit sur la forme du visage avant de procéder à tout acte chirurgical esthétique. Le risque est de ne pas avoir toutes les cartes en main pour choisir la forme de nez adéquate pour qu’il soit en harmonie avec le nouveau visage.

Il est connu que l’ovale du visage évolue dans le temps et qu’il change au gré des variations liées à l’impact des conditions de vie (hygiène et environnement). Le nez est certainement moins soumis à tous ses aléas car son volume est créé essentiellement par des os et des cartilages. Le nez s'adapte à tous ces changements. 

La volonté de le modifier est la plupart du temps indépendant de l’évolution éventuelle du visage dans le temps. Il est perçu de manière autonome avec ces propres défauts indépendamment du reste du visage. Son propriétaire souhaite le modifier sans obligatoirement tenir compte des autres organes. C’est souvent le plasticien qui fait la démarche de replacer le nez dans son contexte facial.

Dans le cadre des transsexuelles, prenons le problème à l’envers. Imaginons une transsexuelle qui a un nez relativement neutre et qui n’éprouve pas le besoin de se le faire corriger à posteriori. Une fois que la transition est terminée et que la forme de son visage s’est féminisée, elles n’éprouvent pas  pour autant le besoin de se faire opérer donc un nez "neutre" peut s’adapter à l’évolution de l’ovale du visage. 

La forme d’un nez très connotée a-t-il une influence pour identifier le genre de la personne ? 

Il faut relativiser ce processus car beaucoup de femmes bios ont des nez dits masculins et n’éprouvent pas le besoin de le modifier car il n'est qu'un élément parmi d'autres. 

Mon visage masculin possède plusieurs caractéristiques physiologiques de son genre. Il ne me semble pas abusif d'en corriger au moins un avant le THS pour tout les avantages que cela va apporter, d'autant que le traitement hormonal aura que très peu d'influence sur mon appareil nasal mis à part l'épaisseur de la peau. Je dois plutôt envisager ce projet comme une atténuation des caractéristiques les plus masculines de mon nez pour qu’il ne soit pas un obstacle dans l'expérience de vie réelle.

Pour moi l'intérêt de faire la rhinoplastie avant le traitement des hormones féminisantes c'est de pouvoir justement bénéficier de son impact positif pour pouvoir faciliter ma transition. La greffe de cheveux et l'épilation m'ont permis d'accéder à un confort psychique car ces actes concrets ont modifié mon aspect corporel. Elles m'ont permis aussi d'accepter ma transsexualité en la rendant plausible car elle a réduit l'écart entre l'identité de genre et l'apparence physique. La modification de la forme de mon nez sera un pas supplémentaire non négligeable.

Je ne cherche nullement à ressembler à une image idéalisée de femme mais plutôt à me donner le maximum d'atouts pour réussir ma transition. Mon but est de devenir une femme qui me ressemble donc qui garde l'essentiel des caractères physiologiques de mon visage tout en se féminisant. Je veux juste changer de "prénom" pas de "nom". Je veux continuer à ressembler aux autres membres de ma famille.




Mercredi 5 août 2009
 

Préparer son corps et le faire évoluer doucement pour que le jour où j'annoncerais que dorénavant je suis une femme, la surprise sera bien réelle pour les autres mais pour autant cela ne paraîtra pas absurde. L'absurde est dans l'écart entre l'affirmation et la réalité du corps. C'est cette absurdité qui m'a enfermé dans la prison du refoulement.

Plus je vais avancer concrètement dans ma transition, plus je pressens que certaines questions vont être obsédante : l'apparence de mon corps sera-t-il à la hauteur de l'enjeu ? Ma fille, pourra-t-elle se promener dans la rue avec moi sans avoir honte ? 

Il est vrai que pour certaines trans cela se passe très bien, l'idée d'en rencontrer beaucoup peut être rassurant. Pour autant les autres ce n'est pas moi. Il y aura toujours une incertitude tant que son propre parcours n'est pas terminé. Bien sûr il y a des indices qui me rassurent, mais les indices ne sont pas des preuves. La rhinoplastie peut répondre partiellement à cette inquiétude. Il ne faut pas croire pour autant qu'une opération me transformera et règlera tout les problèmes mais il sera un obstacle en moins pour m'approprier mon visage de femme.




Jeudi 6 août 2009
 

Avec le recul je me rends compte que la problématique anxieuse qui m'a si fortement inhibé dans ma vie sociale est essentiellement liée à ma dysphorie de genre. Pour preuve depuis l'acceptation de ma transsexualité cette anxiété s'est fortement réduite et laisse la place à ma vraie nature. Je suis quelqu'un qui, naturellement, n'a pas peur de la vie et a confiance en l'avenir. D'ailleurs les personnes que je connaissais ou que je croisais étaient très frappés par le calme que je dégageais et quand je leur affirmais que je souffrais d'anxiété ces mêmes personnes avaient du mal à me croire.




Vendredi 14 août 2009
 

La métaphore du coffre-fort est appropriée pour parler de la transsexualité. Cet objet est dédié à enfermer les choses les plus secrètes au cœur d'une boîte aux parois blindées au vu et au su de tous. La puissance de l'inertie de ce blindage me renvoie avec la force de son évidence à cette identité sociale masculine omniprésente. Il faut par moment l'énergie et la violence du laser (épilation) pour ébranler ce blindage. Même si ce coffre est régulièrement bousculé, il garde malgré tout son apparence et son  identité s'impose. Mon principal travail est de lutter contre cette inertie qui me fait douter, cette "évidence" qui m'a très longtemps exclu. Il ne faut pas que je me laisse enfermer à nouveau dans un douloureux exil. Je suis tenté parfois d'abandonner. À quoi bon toute cette énergie, tout cet argent dépensé. Vais-je un jour être identifiée en tant que femme ? C'est le combat de la lenteur, il se fait sur une très longue durée. Le combat entre une énergie et une inertie, entre le mouvement et l'immobilité. Les repères de mon identité sexuelle sont très prégnants, je dois les déplacer un à un pour les détruire. C'est une lutte au quotidien de longue haleine contre la puissance des hormones qui a profondément imprégné mon corps et qui dicte sa loi. Il faut une très grande motivation pour ne pas se laisser à nouveau absorber dans ce sable mouvant. Seuls des actes concrets me permettent de me dégager de ce piège redoutable. Si l'épilation mécanique de tout le corps est fastidieux (j'y passe au moins 2 à 3 heures par semaine), elle m'est indispensable pour lutter contre cette inertie qui essaye de reprendre petit à petit du terrain.

Si la peur est peu présente, le doute pour moi est presque permanent. Il est l'arme de l'évidence celui de l'ordre établi imposé par mon corps. L'évidence est d'autant plus forte que cet ordre à toujours existé. Pour perdurer ce dernier menace que sans lui ce serait le chaos. Contre celui-ci il y a la conviction de la vérité, la soif de justice et la foi en une liberté possible. Toute personne qui combat un système politique considéré comme injuste doit connaître ce doute malgré le bien fondé de son combat. La tentation est grande de vouloir  préserver sa sécurité à tout prix, de ne pas lâcher la proie pour l'ombre.




Jeudi 20 août 2009
 

La mémoire est un constituant de l'identité. Depuis que j'ai accepté ma transsexualité je ressens comme un grand vide quand je me "retourne" sur mon passé. Je suis en partie comme amnésique. Ma seule mémoire est celle d'une vie de garçon. J'ai bien quelques éléments qui constituent des indices dont cette souffrance sur lequel repose en grande partie la légitimité de ma transition. Une des grandes difficultés provient de cette amnésie, je ne peux pas m'appuyer sur une mémoire qui correspondrait à celle d'une femme de 46 ans. 

Ma transition est un acte de liberté dans le sens le plus fort du terme. Non moins pour le caractère transgressif de l'acte que par l'authenticité qui le caractérise. La transgression ne donne qu'une valeur supplémentaire à la démarche.

Le déménagement est terminé, j'habite dans ma maison. Dés le départ ce projet d'acheter une maison s'est inscrit dans mon parcours de transition avec l'idée de la faciliter. Depuis que j'ai aménagé quelque chose a basculé, j’ai été déstabilisé pendant 1 semaine. 

Ne pouvant m'identifier à ma mère (tabou) je l'ai totalement refoulé comme j'ai refoulé ma transsexualité, j'ai très peu de souvenir d'elle pendant la période de mon enfance. 

J'ai certainement été profondément tiraillé entre le désir et la terreur  d'être reconnue en tant que fille par mon. C'est la peur qui l'a emporté, emportant avec elle le bonheur d'une enfance insouciante. La priorité pour un enfant c'est sa propre survie, ne pas pendre le risque d’être abandonné. 




Lundi 24 août 2009
 

Je ressens de plus en plus régulièrement le besoin de me débarrasser de cet appendice qui pend entre mes jambes, il commence à devenir une gène. Je prends conscience qu'il est devenu un corps étranger.

Je me projette aussi plus facilement par l'imagination dans mon futur corps de femme (je n'ai pas d'autres possibilités), mais cette fois, contrairement à l'époque de l'adolescence, je ne le vis plus comme un fantasme que je pensais inaccessible mais bien une réalité prochaine que je construis au jour le jour. C'est une promesse d'exister, le droit simple de vivre normalement comme tout un chacun : d'avoir un corps qui coïncide avec son genre. En fait j'ai une aspiration à une vie ordinaire. Ce qui est paradoxale c'est que je suis confronté à une situation extraordinaire (transgresser un interdit) pour pouvoir accéder à une vie normale. Passer par la transgression dans le but d'exister socialement et avoir le droit de vivre comme tout le monde. D'où l'importance que cet acte soit parfaitement encadré sur un plan scientifique qui donne une légitimité à mon parcours et qui me facilite la tâche pour accepter ma transition. À travers les médecins mon anomalie prend un sens social. Même si il n'y a pas d'explication scientifique sur les origines de ce trouble d'identité, il y a tout de même une reconnaissance des conséquences une fois le diagnostique établi. 

Quand je dis que je dois me préparer à accepter mon nouveau corps, ce ne sont pas vraiment les termes appropriés pour parler de ma situation psychologique actuelle. Je n'aurais pas besoin de beaucoup de temps pour accepter ce corps de femme qui est le mien, il est le seul même s'il reste encore très abstrait. En réalité c'est la perte de mes repères actuels qui va nécessité du temps. Ce n'est pas simple de voir s'évanouir avec lui une grande partie de mon existence sociale même si celle-ci était très insatisfaisante. 

J'ai un corps dont les caractéristiques ont le grave inconvénient de générer de la souffrance mais il a pour lui un avantage : il a une existante sociale minimale qui a assuré ma survie jusqu'à présent. Lâcher du sûr pour du mieux sans être sûr du mieux, voilà ce qui nourrit bien des tourments.




Jeudi 27 août 2009
 

Ni homme, ni femme, je suis sur la corde raide. Heureusement que j'ai à présent une longue expérience d'équilibriste car j'ai longtemps vécu sur le fil du rasoir entre la vie et la mort.

Avant je ne savais pas, j'avais l'espoir qu'un jour je trouverais et que les choses iraient mieux. Maintenant je sais mais je sais aussi ce qui m'attend et les difficultés que cela va entraîner. 




Vendredi 28 août 2009
 

Vu l'amélioration générale de mon état psychique, le piège serait de se dire : "Cela va beaucoup mieux, restons-en là !". Mais je crains que si je pose mes valises entre deux, ma situation psychique, à moyen terme, se détériorera à nouveau. Je pense que je profite des effets bénéfiques de tout ce que j'ai entrepris jusqu'à aujourd'hui. Une indication : il m'est impossible d'envisager de revenir en arrière et comme de toute manière il ne serait pas du tout raisonnable de rester entre 2 portes, je ne vois pas d'autre alternative que celle d'avancer.

Mon psychisme doit éprouver la nécessité de faire des pauses pour pouvoir intégrer les changements intervenus.




Mercredi 2 septembre 2009
 

Si la conscience de soi est liée fortement à l'apparence (conscience extérieure ou sociale), cette conscience possède une autonomie par rapport au dictat qu'impose le corps sinon la problématique de la transsexualité n'existerait pas. Cette conscience possède une forme de liberté au même titre qu'un individu peut se rebeller pour suivre un parcours personnel en rupture avec ses origines sociales.




Jeudi 3 septembre 2009
 

Dans ma discipline artistique j'étais incapable d'exprimer ma souffrance. Beaucoup d'artistes ont pu bâti leur oeuvre (certaines très importantes) sur le terreau de leurs souffrances, cela n'a jamais vraiment été possible pour moi. Ma souffrance psychologique inhibait ma créativité. Grâce à cette stratégie d'évitement je continuais à être créatif pour vivre dans un monde à part. Bien entendu cette stratégie n'était pas suffisante car ma créativité restait très instable.

Bientôt un an que j'ai pris conscience de ma transsexualité (fin septembre). Elle fait partie intégrante de ma vie, elle est de mieux en mieux assumée et elle est l'axe centrale autour duquel tout s'organise. Les conséquences dans ma vie sociale sont diverses. Je suis beaucoup moins en attente dans mes rapports avec les autres en terme de reconnaissance. J'étais très tourmenté dans mes relations avec autrui, j'avais besoin sans cesse qu'on me démontre de l'affection et je me sentais abandonner si ces démonstrations s'arrêtaient, cela me plongeait souvent dans un profond désarroi. Toute parole, tout geste qui pouvait être interprété comme une exclusion me renvoyait à la peur d'être découverte. 

Au delà de cet apaisement général je sens que ma vie sociale et affective est entre parenthèse. Je suis en chantier. Si la peur a en grande partie disparu, je ne suis pas encore capable de mener une vie sociale normale, je ne peux pas encore m'intégrer dans un groupe. J'ai besoin de me tenir à l'écart car cette solitude me protège. Auparavant la même solitude me tourmentait car elle entraînait nécessairement un sentiment d'exclusion qui était lié à mon secret.




Dimanche 6 septembre 2009
 

Avant je vivais caché des autres et de moi-même. Puis j'ai découvert la vérité, dorénavant je sais. À présent je n'ai plus l'excuse de l'ignorance, je dois choisir, vivre ou mourir, je ne peux plus être entre les deux, ni tout à fait vivante, ni tout à fait morte.

Il est tout a fait probable que ma fille considérera que son père est définitivement mort, ce qui est dans un sens vrai, et qu'elle tire un trait sur moi pour toujours. Il se peut qu'elle me considère toujours comme son père malgré les apparences ce qui rendra la chose absurde et me mettra en porte à faux. Bien entendu cette situation peut évoluer. L'idéal serait qu'elle fasse le deuil de son père pour créer avec moi un nouveau statut qui sera plus adéquat à la réalité. Elle pourrait m'appeler par mon prénom féminin ou par un diminutif comme par exemple tatie.

Je sens de manière intuitive que l'essentiel de la souffrance psychique de ma fille est liée à la mienne. Je pense qu'elle cherchera très longtemps chez les hommes l'image du père qui lui a tant manqué, un être stable, solide et rassurant. Elle m'a avoué qu'elle perdait tout ses moyens quand elle était avec des garçons, qu’elle était complètement inhibée. Visiblement il y a un malaise. Elle ne se doute certainement pas qu'elle n'a jamais eu de père. Que j'ai joué ce rôle au même titre que celui de mari, de fils et de copain.

Samedi j'ai eu une crise de stress. Je me suis sentie si fragile si vulnérable, mon identité est encore très instable. J'ai éprouvé la sensation que tout pouvait basculer. En ce moment je dois gérer la pression qui pèse sur ma greffe de cheveux, rien n'est complètement acquis, il est vrai qu'il reste encore plus de 5 mois pour avoir les résultats définitifs. En plus j'ai subi une chute de cheveux assez importante qui m'a déstabilisé. C'est terrible qu'un enjeu aussi fondamentale peut se jouer, entre autres, sur quelques cheveux. C'est si fragile. Mais je ne me laisserais pas démonter, tant pis si la greffe ne marche pas, au moins j'aurais tout tenter et je n'aurais rien à regretter. Je rejoindrais donc le rang des filles qui utilisent les substituts capillaires.




Mardi 8 septembre 2009
 

J'ai repris le chemin de travestissement dimanche soir et hier soir, j'en avais envie. Cela m'a permis de renouer avec une apparence féminine. Cela s'est très bien passé (je ne suis pas senti en porte à faux, l'épilation du visage et la greffe capillaire a un véritable impact) et j'ai pu vivre ces soirées avec une réelle intensité (je suis moins angoissée). Bien entendu ce jeu reste très frustrant car je suis encore obligée de me cacher alors que le but ultime de ma transition c'est justement la possibilité d'exister socialement en tant que femme (j'avais très envie de sortir et d'aller voir des amis). Le travestissement c'est le choix de l'isolement. Vivement que tout cela soit terminé.

La danse est certainement le type d'activité qui permet de sentir si l'on est bien dans son corps. Hier soir j'ai pu m'exprimer pleinement j'ai éprouvé beaucoup de plaisir en dansant sur une chanson qui me touche particulièrement. J'étais une femme qui faisait corps avec cette musique. Dorénavant je sais ce qu'est vraiment le plaisir de danser.




Jeudi 9 septembre 2009
 

Je continue à m'habiller tant que je me sens bien. Par contre une chose se confirme : c'est bien une transformation corporelle qui est indispensable car se sont les prothèses mammaires qui me permettent réellement d'être en harmonie avec mon corps et non pas le seul fait de m'habiller. Être conscient d'avoir des seins et que mon corps soit modifié m'apporte sérénité et énergie. Le port de vêtement me permet seulement d'affirmer mon identité de femme. Ce phénomène est nouveau car j'ai été souvent mal à l'aise quand je portais des prothèses mammaires ou même capillaires (je me sentais déguisé). Cette énergie est comparable à celle que j'avais éprouvé quand j'avais admis il y a un an ma transsexualité. Quand j'aurais terminé ma transition et que mon identité sera stabilisée, je pense que je serais une femme entreprenante et dynamique. Je serais à même de commencer une nouvelle vie professionnelle. Je pourrais enfin entreprendre des projets qui n'ont pu aboutir car jusqu'à présent j'étais trop instable sur le plan émotionnel. Un exemple concret, j'ai pu enfin trouver les ressources pour pouvoir acheter seul ma nouvelle maison. Projet qui avait échoué il y a 2 ans, faute de stabilité et de constance face aux difficultés rencontrées. Il est vrai que je me suis toujours posé la question : comment certaines personnes pouvaient se lancer dans des projets compliqués et trouver la force de passer tout les obstacles avec beaucoup de constance. Certains consacrent même leur vie entière dans un seul projet ce qui est, dans certains cas, nécessaire tant les difficultés sont importantes. J'aurais aimé pouvoir me consacrer à une telle tâche si mes capacités psychiques me l'avaient autorisé car je suis quelqu'un de passionné et d'ambitieux.




Lundi 14 septembre 2009
 

Je suis resté habillée conformément à mon genre une bonne partie du WE. Chaque fois que je devais changer d'apparence pour reprendre celle qui est conforme à des activités sociales, c'était douloureux. 

Il faut un certain temps pour passer de l'un à l'autre. En fin de journée, il suffit que je m'habille et que je me maquille un peu, que je me regarde de temps en temps dans un miroir et les choses vont assez vite. Par contre le matin au lever c'est plus long. Il doit exister une sorte d’inertie nocturne, le sommeil appartiendrait donc encore à cette identité sociale masculine. J'ai donc décidé de partir à la conquête de mes nuits, dorénavant je dormirais avec des prothèses. Je me coucherai et je me lèverais avec mes seins de femme. Je ne pense pas que cela sera suffisant mais en tout cas cela agit sur mon dynamisme au réveil.

Par Nane
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Mardi 13 octobre 2009 2 13 /10 /Oct /2009 08:35

Jeudi 17 septembre 2009


Tempête sur mon crâne, mes cheveux continuent à tomber très régulièrement et en nombre important. Sur le moment c'est une situation très stressante à vivre. Je cherche à comprendre. Malgré tout je me résonne et je prends suffisamment de recul pour ne pas être obsédé par ce phénomène et surtout pour ne pas être totalement angoissée. Je ne veux pas non plus pleurnicher sur mon sort. 

Quelque soit le résultat de cette chute, cela ne fera pas obstacle à ma transition, je trouverais d'autres solutions. Il ne faut pas que je fasse de mes cheveux naturels une fin en soi.

Hier, j'avais rendez-vous avec le chirurgien pour faire une simulation photographique et voire ce qui est possible de faire pour améliorer la forme de mon nez. Nous avons pris rendez-vous pour l'opération. Voilà un acte qui va m'aider à concrétiser ma transition et réduire de manière conséquente l'écart entre mon genre et mon aspect physique. L'expérience dans la vie réelle en tant que femme sera d'autant plus facilitée. Le projet de cette opération a des retombées très positive sur mon ressenti, il me stimule et il compense, pour l'instant, la déroute de ma chevelure que j'espère temporaire.



Lundi 21 septembre 2009


Tout mon malheur vient du du fait que je ne pouvais pas dire que je suis une femme, ni à moi, ni à personne. Personne ne pouvait le croire. 

Je pourrais dire que je suis vivant, que je voudrais être une femme. Je pourrais dire que je ne suis plus tout à fait un homme, que je ne veux plus être un homme. Je pourrais dire que je suis transsexuelle. Nulle besoin de mon corps pour avoir à le prouver.

Qu'est-ce qui me faisait souffrir le plus ? Quand je ressentais que j'appartenais au monde des femmes ou quand je constatais que je faisais partie des hommes. Où se trouver le mensonge ? Toute l'instabilité de ma situation provenait de ce grand écart, ce sable mouvant qui a maintes fois failli m'engloutir.

Depuis que je m'habille  quotidiennement selon mon genre, je constate que je suis moins anxieuse le soir. Cette situation n'est pas satisfaisante d'un point de vue social mais elle est apaisante.



Mardi 22 septembre 2009


Hier il y a eu comme un déclic. Les choses se sont déplacées un peu plus, j'ai ressenti un sentiment nouveau comme une certitude d'être une femme. J'ai ressenti aussi une grande détermination pour aller jusqu'au bout. Même la paternité me pèse à présent, j'en peux plus de jouer un rôle. Je suis las au point que je suis prête à accepter que ma fille me rejette pour enfin pouvoir exister. Par moment je redoute les jours où j'ai ma fille. Une force très égoïste me pousse...



Mardi 29 septembre 2009


C'est au nom de la raison que je fais ce parcours de transition. Le contraire de la raison c'est la déraison et il serait vraiment déraisonnable de continuer à gâcher ma vie en me détruisant à petits feux au nom du raisonnable selon le point de vue de la norme sociale.

La notion de fierté me paraît importante, je pense que beaucoup d'individus sont fiers d'appartenir à leur genre et que si on leur donnait la possibilité de changer de sexe, malgré tout les inconvénients liés à leur statut (surtout pour les femmes) ils ne changeraient pour rien au monde.

C'est la première fois hier que je perçois avec autant d'acuité que mon corps est aussi étranger, la vision de cette poitrine plate m'a désespéré... Quelle sensation étrange de prendre conscience avec autant de force que ce corps qui est bien réel est en fait faux. Le port de prothèses n'est pas évident non plus, tôt ou tard la réalité finit par me rappeler à l'ordre une fois que l'illusion a fait long feux : ce ne sont pas mes seins !!!!

Une chose est bien acquise je n'ai pas honte de ce que je suis, d'être transsexuelle. Je peux en parler facilement. Je suis prête, vraiment prête à faire mon coming-out. Et si je pouvais le faire demain, je le ferais sans sourciller et sans plus d'appréhension.

Un collègue m'a avoué ce matin qu'il me méprise. Cet aveu m'aurait, à une autre époque, complètement démoli. Cela m'a touché, certes, mais je suis resté de marbre, je n'ai même pas relevé, je suis resté calme à l'extérieur comme à l'intérieur. Je pense que c'est la bonne attitude face à la haine. Pourtant il ne sait rien sur ma transition, il faut admettre que ma transformation physique est importante et que mon apparence de plus en plus androgyne doit générer un malaise (les gens qui ne m'ont pas vu depuis plusieurs mois ne me reconnaissent pas dans la rue).



Vendredi 2 octobre 2009


J'ai pris conscience de la nécessité d'être fier de son identité de genre car il est un facteur essentiel pour permettre un épanouissement individuel. Être fier d'être un homme ou d’être une femme, c'est important, cela permet d'acquérir de la confiance en soi et d'être bien dans sa peau.



Samedi 3 octobre 2009


Jusqu'à une époque encore très récente j'étais très vulnérable, j'avais peur qu'on découvre la vérité. J'étais extrèmement sensible à l'attitude des autres vis à vis de moi. Pourtant je me rends compte que durant toutes ces années de souffrance je me suis vraiment endurci. Je sens quelque chose de très dure en moi, non seulement dans la volonté de dépasser les épreuves mais aussi dans la capacité d'endurer et de me protéger vis à vis de la soufrance d'autrui. Je me suis forgé une véritable carapace. Je me fais un peu peur par moment. Je me trouve insensible et inhumain, moi qui me trouvait trop sensible. 



Dimanche 4 octobre 2009


Cela fait 6 jours que j'ai commencé mon traitement hormonal anti androgène. Des effets sur mon organismes sont dèjà effectifs. Tout d'abord j'ai moins de sebbum sur mon cuir chevelu, ensuite j'ai ressenti très vite une nette diminution du peu de l'activité sexuelle qui me restaient. Par contre ce qui était prévisible est arrivé, hier soir j'ai subi une forte crise d'anxiété et je me suis endormi fort tard. Depuis jeudi dernier j'ai ressenti en moi une réaction psychique assez forte face à la castration chimique qu'entraîne le traitement. Chaque pas en avant, même s'il est fortement souhaité, qui a un impact important sur mon organisme a entraîné une réaction contraire de mon psychisme. Il y a eu la première épilation faciale, la greffe de cheveux et maintenant le traitement hormonal.

Je pense que mon psychisme est conscient de l'impact qu'aura ce traitement sur ma transition et les changements qu'il va entraîner dans mon existence sociale au sens large du terme. Les pulsions sexuelles masculines étaient un élément d'assignation très fort qui me tourmentaient sans cesse au plus fort de son activité. Cette "castration" chimique met fin à cette "arme" puissante qui me retenait prisonnière. Un nouveau barreau est entrain de tomber.



Vendredi 9 octobre 2009


Cela fait 10 jours que j'ai commencé le traitement hormonal anti androgène. Pour l'instant j'ai la sensation d'un impact positif sur moi d'un point de vue général. J'ai l'intuition que le recul de la testostérone dans mon corps a non seulement un impact sur ma libido, même si celle-ci était dèjà faible, mais aussi sur mon psychisme. Il est vrai que j'ai constaté un lien très important entre mon anxiété et mes organes génitaux. Il y a toujours eu une relation entre mon sexe et mon ventre (l'un et l'autre se perturbait). À voir si cela perdure dans le temps. Une autre question se pose : au delà de la zone du bas ventre, la testostérone inonde aussi tout le corps. N'est-il pas un vecteur biologique de l'identité masculine qui marque une présence invisible mais puissante dans tout le fonctionnement du corps et qui influe sur les attitudes psychologiques. Cet omniprésence n'était-il pas l'explication de cette sensation d'oppression constante que je ressentais ? Si c'est le cas ce recul pourrait expliquer cet apaisement ressenti.



Lundi 12 octobre 2009


Traitement hormonal anti androgène

Ce WE je me suis épilée et j'ai perçu des changements : j'ai mis 3/4 d'heure au lieu des 1 h 30 habituelles. Des poils plus fins et moins nombreux.


Depuis plusieurs jours j'ai ressenti une véritable amélioration du côté de la libido : calme plat. Samedi, j'ai isolé le comble de ma maison et je me suis beaucoup remué et bien entendu mon sexe a beaucoup bougé dans mon caleçon. Il y a eu des contacts répétés sur la peau de mes jambes et j'ai très vite ressenti un malaise (anxiété). Si mon organe sexuel s'est fait très discret depuis quelque temps (je m'y suis très vite habitué), il s'est rappelé à moi par sa présence entre mes jambes.


Tout ce que je  vis actuellement confirme un peu plus ma transsexualité. Si les séances d'habillage peuvent faire illusion un certain temps, cela ne dure jamais très longtemps, seul les modifications corporelles sont réellement curatives. Quel bonheur d'avoir pu accéder à ce traitement hormonal anti androgène, quel soulagement pour mes cheveux et surtout pour mon bien être intérieur, c'est magique je sens l'ombre de mon corps masculin reculée, laissant le soleil de la vie réchauffé mon esprit. Je sens la main invisible et puissante des hormones mâle se desserrer et perdre de sa vigueur.


Dimanche matin j'ai fait mon footing comme d'habitude. J'étais heureux de courir car je ressentais un sentiment de liberté. Au bout de quelques kilomètres j'ai croisé le chemin d'un renard, ce fut un instant furtif mais pas du tout anodin. Cet animal m'a accueilli, je suis rentré dans une sorte d'intimité avec la nature qui m'entourait. 

J'aime ma nouvelle maison et depuis quelques temps je me rends compte que j'aime aussi la nouvelle région où j'habite. J'ai enfin accepté de poser mes valises. De faire mes racines quelque part. C'est très nouveau pour moi, je me sens enfin chez moi ! fini l'exil intérieur, fini l'exil tout court. Je suis chez moi de plus en plus en accord avec mon corps. Je savais intuitivement que l'achat de cette maison serait important, mais je ne pensais pas à quel point ce projet concrétiserait les premiers résultats d'un voyage intérieur.


J'ignore encore ce qu'est être une femme réellement, et surtout quelle femme je suis. Je vais vers l'inconnu mais cet inconnu est réellement porteur d'espoir. Je ne suis pas "conscient" d'être une femme. Maintenant je sais, j'ai toujours su au plus profond de moi que j'étais une femme même si je l'ai toujours refoulé. Quel est la différence entre savoir et conscience ? On peut savoir et ne pas exister. Être conscient c'est être éveillé. Savoir sans conscience c'est vivre dans une sorte de comas prolongé. C'est vivre sans vivre, c'est mourir sans mourir.


Mardi 13 octobre 2009

Je constate que je désirais les femmes auxquelles je souhaitais m'identifier. En fait ce sont des figures idéales auxquelles je souhaitais ressembler. Est-ce que ce désir d'identification qui se transforme en désir sexuel pourrait être le ressort d'une relation homosexuelle ? N'ai-je pas eu en fait, toute ma vie, des relations homosexuelles forcées avec mon ex femme ?

Un corps de femme avec une tête d'homme a quelque chose de monstrueux, un corps d'homme avec une tête de femme est un androgyne.

 

Vendredi 16 octobre 2009

Je suis toujours prisonnière de mon corps mais mon "geôlier" a aménagé ma peine grâce à l'épilation, la greffe capillaire et le traitement hormonal anti androgène. La perception de mon corps dans ma mémoire a évolué.
 
 

Lundi 19 octobre 2009

Au final, avec le recul, ma relation avec mon ex-femme était davantage basée sur l'amitié que sur une relation amoureuse. De ma vie, c’est certainement la plus belle et la plus longue histoire d'amitié.

Mon ex se reconstruira certainement une nouvelle vie sentimentale, tout comme moi (espérons-le !). Quelque soit l'intensité de ces sentiments, aucun conjoint n'aura le privilège de connaître avec l'un ou l'autre ce que l'on a partagé ensemble. C'est un patrimoine commun dont le poids est conséquent sur nos vies respectives.

Si l'amour, le mariage et la paternité étaient pour moi des mensonges, il reste l'amitié qui n'a jamais été feint de ma part car il était nourri par un sentiment de profond respect pour la personnalité et le parcours de vie de mon ex. Cette amitié a été le ciment de ma relation pendant de nombreuses années. Cette amitié a survécu au divorce malgré la déchirure et la douleur car elle était la seule chose réellement authentique de ma relation. Elle a survécu car elle n'a jamais été entaché par une trahison. Cette amitié me lie encore et j'espère, trouvera son plein épanouissement quand, enfin, je vivrai en accord avec mon identité de genre et que mon ex ne pourra plus m'identifier comme son ex mari.

 

Vendredi 23 octobre 2009

D'un point de vue général c'est plutôt calme en ce moment. Je ne me tourmente plus, j'ai totalement accepté ma transsexualité. Je n'ai plus de doute. L'amélioration actuelle est la conséquence exclusive de tout ce que j'ai entamé pour transformer mon corps. Je suis sur la bonne voie. J'ai accumulé suffisamment de preuves. Certes je n'ai pas encore atteint une stabilité émotionnelle optimale. Les soirées sont souvent difficiles.

De tout manière, le jour où je ferais mon coming out, une fois l'effet de surprise terminé, les choses vont très vite rentrer dans l'ordre. C'est un mauvais moment que je devrais dépasser sans trop de difficultés. Je me sens prêt car dans ma tête j'ai bien accepté ma véritable identité et je ne me sens plus monstrueux. 

Pour autant je ne dois pas me faire d'illusion, je ne serais pas immédiatement intégré en tant que femme par mes collègues. Ceci est normal, un temps est nécessaire pour que ces personnes s'adaptent et oublient que j'étais un homme.

Quelques semaines plus tôt je m'étais décidé de recommencer à m'habiller conformément à mon genre. Il est vrai qu'au début l'effet sur mon dynamisme et ma joie de vivre, fut immédiat. Bien évidemment, il est possible de s'illusionner un certain temps, mais on ne peut pas se mentir très longtemps. Très rapidement l'inertie du corps reprend le dessus et le clivage m'a à nouveau déstabilisé. 

Je redoute  encore ces périodes où je suis complètement englué et où je lis dans mon regard, au détour d'un miroir, toute la détresse d'être prisonnière de ce corps. À force de vivre cette souffrance au quotidien, je me rends compte qu'elle est une sorte de normalité. Par moment je finis même par douter qu'il peut y avoir autre chose, un autre état.

 

Lundi 26 octobre 2009

Hier j'ai organisé le repas d'anniversaire de ma fille pour ses 14 ans. Avec le recul, je me rends compte que je l'ai fait comme si c'était le dernier. J'ai tout fait pour que ce moment soit une très belle journée pour elle. Je pense avoir réussi. En effet, l'année prochaine je commencerais certainement le traitement hormonal œstrogène et par conséquence ma fille apprendra ma nouvelle identité et bien entendu, nul ne sait comment elle va réagir.

Depuis que ma mère est arrivé chez moi pour fêter l'anniversaire, j'ai très envie de lui parler de ma transsexualité. Mais ce n'est pas le moment car ma fille est là aussi.

 

Mercredi 4 novembre 2009

Deux petites réflexions faites par ma fille me donne de l'espoir. Lors d'un repas avec ma mère, ma fille, en parlant de nous trois, a dit : "les filles...". Jeudi dernier, j'ai amené ma fille et ma mère visiter Paris, ma fille m'a fait une confidence : "l'idéal serait que tu sois une femme, on pourrait faire les boutiques ensembles..." Est-elle entrain d'anticiper au vue de ma transformation physique et de se préparer elle aussi.

 

Jeudi 5 novembre 2009

Je réduis de manière importante ma contribution à ce journal. Moins besoin de comprendre, de réfléchir.

Demain cela fera 40 jours que j'ai commencé mon traitement hormonal anti androgène. L'heure d'un premier bilan a sonné. On peut noter 3 conséquences réellement visibles. La première sur la pilosité, la deuxième sur la libido et la troisième sur mon dynamisme. Les deux premières sont positives. Une fois épilés, les poils repoussent moins vite. La pression de ma libido a disparu, je suis beaucoup plus sereine. L'anxiété liée à mes pulsions sexuelles a disparu. Par contre le traitement a tendance a majoré ma tendance dépressive, j'ai encore plus de mal à entreprendre, j'ai moins le goût de l'effort, j'ai moins d'allant. Je deviens plus paresseux. Dans un premier temps, depuis une trentaine de jours, je n'ai plus le même entrain pour courir, ça me pèse de faire des efforts physiques. J'ai cru un moment que c'était les effets médicamenteux sur la résistance à l'effort et peut-être sur la puissance musculaire. Je me suis rendu compte assez vite que cette hypothèse est erronée car ma force musculaire au niveau des bras n'a pas véritablement changé. Par contre il faut que je me secoue davantage pour faire les travaux de restauration que j'ai prévu dans ma maison. Donc je pense que je rentre doucement dans un syndrome dépressif. Pour l'instant, j'arrive à le maîtriser car il n'est pas très fort. J'ai encore assez de volonté pour me secouer. De toute manière mon parcours personnel m'a forgé un tempérament très volontaire (j'irais même jusqu'à dire que je peux être tyrannique), je n'ai pas l'habitude de me laisser aller facilement. Je n'ai pris qu'une seule fois des antidépresseurs car j'ai senti que, cette fois, la dépression était plus forte que moi. De toute manière quelque soient les effets secondaires, je ne veux surtout pas arrêté l'androcure. Au delà de ma problématique capillaire, ce traitement est fondamental pour moi sur le plan moral, car il me permet d'avancer dans ma transition.

  

Jeudi 12 novembre 2009

L’épisode dépressif est terminé.

Mardi j'étais en communication avec le psy de Bordeaux pour prendre rendez-vous au mois de décembre. À la fin de notre conversation, il m'annonce tout de go qu'il n'est plus en mesure de retenir le bras du chirurgien et de l'endocrinologue. Il est d'accord !!!! J'ai tellement été surprise par cette annonce si soudaine que je n'ai pas pu, sur l'instant, profiter du bonheur de cette formidable nouvelle. Bien sûr c'est une joie que d'obtenir l'aval du psy. C'est aussi une information qui m'a déstabilisée, j'ai peur, je suis angoissée depuis hier. Je crois que j'ai vraiment réalisé que depuis 24 h. Bien entendu mon angoisse s'est focalisée autour de mes cheveux. Est-ce que  ma chevelure va être à la hauteur ?... Actuellement cela manque encore de densité à certains endroits mais j'ai encore quelques mois pour que cela pousse.

Bien entendu, il est nécessaire de relativiser. Il est normal d'avoir peur quand on avance vers l'inconnu et cette annonce est une marche supplémentaire et importante qui est franchie.

 

Mercredi 25 novembre 2009

Les éléments concrets qui me permettent d'avancer sont toutes les souffrances passées liés au refoulement de ma dysphorie de genre mais aussi toutes les améliorations importantes qui sont liées à l'acceptation de ma transsexualité et surtout aux transformations physiques réalisés. Sinon, à part ses indices très importants, rien ne me prouvent durablement que je suis une femme. Bien entendu, grâce à des événements particuliers, organisés ou pas, j'ai pu ressentir de manière intense que j'étais une femme mais ces moments d'euphorie restent volatiles.

Une fille de Bordeaux que j'ai rencontré une fois, vient de se faire opérer d'une vaginoplastie. J'ai pris connaissance de son message de retour d'opération sur un site internet, c'était émouvant. Vivre ce moment si important pour une transsexuelle à travers une personne que l'on connaît aide à mesurer concrètement l'impact d'un tel acte.

Je suis parti en stage la semaine dernière et ce dépaysement m'a permis de prendre conscience de certaines choses.  J'ai construit mon identité masculine sur des préjugés sexistes et phallocrates autour de la création artistique et intellectuelle. Je l'ai lié à des notions de puissance et de profondeur pour me définir en tant qu'homme et me distinguer de l'univers féminin que je qualifiais plutôt de superficiel et léger. Petit à petit j'apprends à me délivrer de ses préjugés qui m'assignent dans un rôle qui n'est pas le mien.

C'était un stage où l'ambiance était très féminine, il n'y avait que des femmes dans cette promotion.

Je n'ai pas eu trop de mal à me positionner en tant que transsexuelle (dans ma tête bien entendu). J'essaye de créer une identité qui reflète mon statut actuel ce qui est possible car mon apparence a changé. C'est plus facile qu'avec mes collègues car, en effet, les filles du stage ne m'ont pas connu dans mon aspect antérieur.

  

Lundi 7 décembre 2009

Je vais clore ce journal. Bien entendu ma transition est loin d'être terminée, je ne suis qu'au début. En fait les questions qui m'ont motivé pour le rédiger semblent avoir trouvé des réponses. Ce récit était en fait une analyse introspective pour mieux comprendre ce qui se passait en moi. À présent j'ai compris le processus de ma transition. J'ai pu trouver des repères qui me permettent de la gérer au mieux. Dans la suite de mon parcours, il y aura certainement des choses qui seront intéressantes à relater mais cela ne m'intéresse pas de le faire. L'écriture pour moi est essentiellement un outil d'analyse qui me donne le recul par rapport à ce que je vis. Elle m'a toujours donné la possibilité de garder les rênes de ma destinée.

 


 

Par Nane
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Mardi 9 février 2010 2 09 /02 /Fév /2010 12:26

Samedi 26 décembre


Le 24 et 25 décembre j'ai passé les fêtes de Noël avec ma fille et mon ex. Le 24 nous avons été au cinéma. Comme très souvent, le film a été pour moi le support pour un voyage intérieur riche en émotions. J'ai pleuré plusieurs fois. Avant j'étais le père de ma fille par devoir et surtout par assignation. Pendant la séance de cinéma j'ai ressenti pour la première fois avec une intensité très forte la puissance du lien qui me rattache à ma fille. Jamais je n'avais pu ressenti avec autant d'intensité l'amour qui me relie à elle. A présent je peux et je me donne le droit de l'exprimer. Je découvre réellement la joie d'être parent, de transmettre, de donner. Cela restera le plus beaux des Noël de ma vie.


En plus de ma transformation physique qui est essentiel, je prends conscience que mon travail de préparation durant ma transition est aussi de reconquérir la femme que je suis à travers son univers émotionnel, ne plus le refouler. Ma souffrance psychique provenait essentiellement de là. Le fait de pouvoir laisser exprimer tout cet univers, même partiellement, même temporairement, est une grande libération. J'y accède en m'identifiant à d'autres femmes, souvent à travers des films (je suis une grande amatrice de films sentimentaux). Je suis une femme très sensible et trés émotive, j'ai la caractéristique de pouvoir exprimer facilement toutes ces émotions. Le refoulement de cet identité était un vrai poison. Si j'arrive à l'exprimer un peu au quotidien, cela reste très partiel. Je reste prisonnière même si les barreaux cèdent petit à petit. Le jour où je pourrais m'exprimer socialement dans toute l'intégrité de mon identité ce sera un grand jour. Il y a encore du chemin à parcourir car ma conscience sociale reste celle d'un homme même si me définis comme transsexuelle. La femme que je suis, reste clandestine. Elle peut s'exprimer à l'intérieur de moi, je n'ai plus peur de la découvir ou que les autres la découvre mais elle ne peut pas encore exister dans son intégrité. Pour l'instant j'ai obtenu un permis de séjour de plusieurs mois ce qui me permet de vivre à peu près normalement. La pression est beaucoup moins forte.


Ce matin j'ai revu quelques photos réussis où je suis en fille, quel plaisir de les revoir, je suis réellement impatiente que ces photos deviennent la réalité. La grande victoire serait que je devienne l'amie de mon ex femme et que toutes les trois avec ma fille on forme enfin une sorte de "famille". Je pense que ce processus est en cours de gestation. Ce que j'ai vécu ce Noël m'a rassuré, je crois que c'est possible et je pense que c'est partagé. Je sens que mon ex s'y prépare. Le divorce, paradoxalement, dans notre cas, va sauver notre famille. Pour l'instant c'est pas simple car Chantal me renvoie, plus que les autres et même à son insu, par sa simple présence, à mon identité sociale masculine, ce qui ne simplifie pas mes relations avec elle. Celles-ci seront plus spontanée quand j'existerais à part entière.


Quel est cette conscience qui peut affirmer que les attributs sexuels de son corps ne correspondent pas à sa véritable identité ? Où se trouve son siège dans mon cerveau ? Pourquoi cette conscience ne s'est elle pas révoltée contre ce corps durant toutes ces années ?

Je serais pleinement conscience d'être une femme quand je ressemblerais à une femme, quand les personnes qui me croisent m'identifieront comme telle. 

Actuellement je me construit sur une conscience négative : je ne suis pas une femme socialement reconnue, je ne suis pas en accord avec l'homme que les personnes perçoivent, je ne suis pas en accord avec mon corps. Sur le plan de l'identité de genre, je ne peux pas m'affirmer positivement. 

Il est sûr que la conscience sociale de son existence domine la conscience individuelle car l'individu a besoin du regard de l'autre pour mener à bien son existence sociale qui est l'essence même de l'épanouissement individuel. Si le siège de l'identité de genre est apparemment dans le cerveau (hypothalamus), cette identité ne peut se réaliser qu'à travers le corps.


 La dynamique qui m'entraîne repose sur trois phénomènes : 

• une identification très forte à l'univers féminin,

• la mémoire de mes souffrances qui sont les conséquences de la dysphorie de genre et de son déni,

• l'évolution de mon bien être en parallèle avec les modifications corporelles. 


Extrait d'un texte sur les recherches qui concernent la transsexualité.

L’étude des grossesses a tout de même permis d’apprendre qu’à la naissance, la région du cerveau que l’on nomme hypothalamus serait déjà «câblée en dure» ou formée définitivement. On croyait autrefois que vraisemblablement, cette région, siège de l’identité, était masculinisée ou féminisée durant la phase d’imprégnation par les hormones au stade fœtal. Selon cette théorie, l’identité sexuelle serait donc innée et non acquise. Le fait que les femmes SICA (syndrome d’insensibilité complète aux androgènes) semblent toujours avoir une identité féminine malgré qu’elles aient des chromosomes XY semble, à première vue, confirmer la thèse hormonale du développement de l’identité. D’après leur code génétique, ces femmes devraient être des hommes, mais leur résistance aux androgènes résultant d’une mutation génétique en a fait des femmes à tous les égards (sauf l’absence des organes reproducteurs internes tels que l’utérus et les ovaires). Il semblait alors permis d’envisager que la transsexualité soit peut-être le résultat d’un processus analogue.

Allant plus loin cependant des scientifiques de l’UCLA (University of California at Los Angeles) sous la supervision de Phoebe Dewing (2003), ont identifié, à l’aide de souris de laboratoire, 54 gènes qui pourraient expliquer les différences entre le cerveau des femelles et celui des mâles chez les mammifères. La nouvelle fût d’abord publiée dans le journal Moleculor Brain Research, puis reprise en octobre de la même année dans de nombreux journaux. À la grande surprise des scientifiques, 18 de ces gènes se trouvaient en plus grande quantité dons le cerveau des mâles, alors que les 36 autres gènes étaient plus nombreux dons le cerveau des femelles, et ce, longtemps avant la phase d’imprégnation par les hormones. À la lumière de ces découvertes, il semble de plus en plus probable que, dans un avenir proche, le mystère de l’identité sexuelle soit enfin compris et expliqué par la science plutôt que par des théories approximatives et des suppositions erronées.



Lundi 11 janvier


Une fois que la période de transition est terminée comment nous définissons nous ? Sommes-nous des femmes ? Sommes-nous des femmes d'origine transsexuelle ? Sommes nous des transsexuelles ?... 

J'ai volontairement omis le fameux "3e sexe" dont certains en revendiquent l'appartenance car cette idée étrange est la négation même d'une existence sociale. Ceci est gérable dans une période de transition (ni homme, ni femme) mais intenable sur le long terme car cela générera forcément de la souffrance. On existe car on appartient à un groupe social réel, c'est le fondement même de l'identité. C'est justement cette non appartenance au sexe assigné par nos corps qui est à l'origine de la souffrance lié au trouble de l'identité de genre. Il est donc difficile de concevoir qu'une transsexuelle se contente d'un statut de non appartenance sur le long terme. Si certains veulent échapper à la classification créée par l'ordre naturel, c'est concevable mais seulement dans un monde virtuel.

En ce qui nous concernent deux choses sont certaines et incontestables, la première nous ne serons jamais des femmes biologiques et la deuxième nous avons un passé plus ou moins long dans un corps dont l'identité sexuelle n'est pas la nôtre. 

Pour les autres personnes qui nous croisent et qui nous fréquentent, surtout ceux qui ne savent pas, nous sommes tout simplement des femmes.

Reste la manière dont chacune se définit ou se définira. Cette identité est importante car c'est le résultat d'une histoire, elle nous permet à la fois de nous distinguer et d'appartenir. Elle nous permettra de gérer au mieux les relations avec le monde de ceux qui sont dans la norme (au moins à ce niveau là), de trouver sa place dans la société qui soit la plus confortable possible, mais aussi de trouver un modus vivendi avec notre passé. Je pense que cette identité s'est construite à travers nos parcours de vie respectifs dans tous leurs aspects si particuliers. 

Quel type de stratégie de vie a été adoptée pour souffrir le moins possible durant toute la période qui précède la décision d'accepter, en d'autre termes quel sorte de compromis a été choisi ? 

Quelle relation nous avons entretenu avec ce corps masculin (rejet jusqu'à l'automutilation ou soumission à ce corps)

Quel type de transsexualité a-t-on subit ? Était-elle totalement refoulée (seule émergeait la souffrance psychique), semi refoulé (une longue période d'expériences et d'hésitations) ou totalement assumé depuis le début.

Quelle représentation se fait-on de sa transsexualité ?

Comment se déroule la transition ? en douceur ou violemment. 

Comment l'entourage réagit-il à notre transformation ?

À quel niveau de mémoire sommes nous ? Combien d'années nous séparent du début de notre expérience dans la vie réelle? Bien évidemment j'imagine que se sera plus confortable pour une personne qui est installée depuis dix ans dans sa nouvelle identité sociale que pour celle qui vient de commencer son expérience de vie sociale. La mémoire est importante dans l'identité (moi par exemple je me sens comme une femme amnésique)

Quel niveau d'intégration sociale avons-nous atteint en tant que femme ? (vie associative, vie professionnelle, vie affective, etc).  

Bien entendu cette identité est appelée à évoluer dans le temps en accord avec notre propre progression.  



Dimanche 17 janvier


Le bonheur n'est ni un droit, ni un devoir c'est un combat. Personne ne vous attend quelque part pour vous dire : "Vous êtes quelq'un de bien, vous avez le droit au bonheur". Il faut aller le chercher, le construire et l'imposer à l'indifférence générale. Si vous baissez la garde et vous décidez d'en finir. Votre absence sera très vite absorbé par le temps et le monde continuera à tourner invariablement. Le suicide est honorable mais si sa cause est le malheur alors c'est une défaite. Une défaite honorable mais une défaite tout de même.


Le parcours que je fais actuellement avec ma fille a un but : qu'elle prenne conscience que l'essentiel est dans la qualité et la stabilité de notre relation affective et que mes transformations physiques n'y changeront rien sinon le regard des autres. l'idéal serait qu'elle soit consciente qu'elles ont même amélioré notre relation. Et pour cela il lui faut lui donner du temps tout en maintenant un certain rythme dans les transformations.


Pour nous les transsexuelles, changer de sexe n'est pas la voie la plus simple mais la plus sûr pour continuer à vivre.


Pour moi la principale difficulté est de gérer l'absence de mémoire en tant que femme. Elle est totalement inexistante. Je dois m'appuyer donc sur la très brève mais très dense mémoire de transsexuelle et un peu sur la mémoire de ma souffrance qui est très longue. Mais ces mémoires ne sont pas encore celles d'une identité stable. Ce sont des repères qui me permettent d'avancer vers l'inconnu, comme des phares dans la nuit. Je fais confiance à leurs gardiens car ils m'ont éviter bien des naufrages.


Quoique  je fasse, quoique je pense, quoique je ressens, quoique je doute, je suis porté par une énergie plus forte que moi. Si je lutte contre elle, elle me détruit. Si je lui fais confiance, elle me propulse dans la vie.



Mardi 19 janvier


Par moment je me sens comme un voyageur qui traverse une nuit obscure sans lumière. Contre toute évidence j'ai une conviction profonde, j'aurais un jour une existence réelle, pleine et entière quand j'aurais le corps qui correspond à mon identité, celle d'une femme. Mon problème c'est que je ne sais pas ce qu'est d'exister réellement, je ne sais pas quelle femme je suis, je n'ai pas sa mémoire. Seulement un passé de douleurs, de solitudes et de peurs. Je vais vers l'inconnu, vers la mort de cette identité masculine qui me promet une vie plus heureuse. Puis un jour je mourrais, mais ce sera une mort honorable et digne, entourés de l'affection de mes proches. Je ne veux pas mourir comme une personne terrée par la peur.  



Dimanche 24 janvier


Samedi soir j'ai eu la visite d'un copain, il est le deuxième à me dire que dorénavant il perçoit clairement la femme que je suis. Sans maquillage, sans s'habiller, sans hormones féminisantes. Quelle belle victoire. Au delà des transformations physiques, je sens que mon énergie de femme se libère et qu'elle peut enfin s'exprimer. Samedi matin je l'ai ressenti clairement, ce fut très fort, comme un flash qui dura quelques minutes. 

Bien entendu ces personnes savent, ils sont plus attentives. Pour les gens qui ignorent tout, ils me perçoivent encore comme un homme. Mais pour combien de temps dorénavant ?


Curieusement je n'arrive pas à me séparer de cette impression diffuse qu'être un homme ou une femme cela n'a pas d'importance alors que c'est faux. Cette perception est certainement héritée d'une protection que j'ai mis en place pour minorer ma problématique identitaire. Être en accord avec le sexe de son corps est fondamentale. Toute ma vie le prouve. Mon but n'est pas de rejeter l'univers masculin pour appartenir au monde des femmes. Cette nouvelle appartenance sera seulement la conséquence de ma transformation. J'éprouve avant tout une nécessité individuelle de pouvoir vivre en harmonie avec mon corps, principal support de communication pour une vie sociale harmonieuse et émancipatrice.



Mardi 9 février


Je m'investis beaucoup dans la restauration de ma maison. Non seulement c'est une occupation qui remplit bien mes week-ends solitaires. En plus c'est un excellent dérivatif qui me permet de penser à autre chose qu'à ma transition. Je me rends compte aussi  que cette déconstruction est une métaphore concrète de ce que je vis dans ma transition. En effet je suis entrain de démolir tout les doublages des murs (placoplâtre) pour mettre en valeur les matériaux d'origine. Je détruis pour découvrir l'âme de ma maison, c'est un voyage vers son identité, c'est une démarche d'authenticité comme pour celle de ma transition. Je sens que ce projet m'aide beaucoup et me stabilise. Au sortir des week-ends je suis moins stressé. 


Cette maison m'apaise au point que, par moment, j'ai du mal à la quitter.

 


 

Jeudi 18 février


Pour gérer la période délicate de la transition au moment de la THS quand mon corps se transformera pour prendre sa forme définitive, mon idée était de choisir une période tel que l'hiver pour faire ma THS. Ainsi j'aurais pu cacher mes formes le plus longtemps possibles sous les épaisseurs des vêtements et quand j'aurais jugé que les choses étaient suffisamment avancées au point qu'il y ai le moins d'ambiguïté possible sur mon apparence, j'aurais pu faire mon coming-out.

Depuis quelques jours je me dis que c'est peut-être pas la meilleure manière de s'y prendre. De toute façon les personnes qui me côtoient perçoivent les changements. Même si je cache les formes du corps, les gens vont percevoir les modifications du visage. Vaut-il pas mieux communiquer en amont, par exemple au début de la THS, pour expliquer les véritables raisons des changements qui se sont passés depuis un an et les changements très importants qui vont avoir lieu dorénavant. En expliquant qu'au fur et à mesure de ma transformation physique, mon mode vestimentaire va lui aussi évoluer.


Je ne suis plus du tout tenter de m'habiller, j'attends qu'une chose avec détermination : la transformation de mon corps.


On m’a volé ma vie.

Cette semaine j'ai regardé un film dont l'un des héros était le père d'une petite fille. Leurs rapports étaient très tendres. J'étais très ému, les acteurs étaient excellents dans ces scènes. J’aurais tellement voulu être cette petite fille qui se blottit spontanément dans les bras de son père... ces moments privilégiés m'ont été définitivement volé pour toujours. La "figure" de mon père fut centrale dans mon trouble d'identité de genre. Il a été à la fois un puissant élément qui m'a permis de refouler ma transsexualité jusqu'à environ 44 ans (l'année où j'ai enfin pu faire le deuil du décès de mon père qui était mort 15 ans plus tôt). Il a été aussi l'alibi qui a justifié pendant longtemps mes souffrances psychiques. Je croyais qu'elles avaient pour origine l'exclusion de l'affection de mon père. Je ressentais un profond désarroi de n'avoir jamais été aimé par mon père. Et ce désamour m'a tourmenté jusqu'à mes 44 ans. Et ces tourments se sont définitivement terminés un an plus tard quand j'ai découvert la véritable raison de mes souffrances et qui était à l'origine de l'exclusion de l'affection de mon père de peur qu'il découvre la vérité. Je me suis certainement isolé volontairement. C'était une des conséquences et non pas l'origine de ma tragique existence.

 

Hier j’ai vu un spécialiste des maladies du cuir chevelu, je lui ai annoncé que j’étais transsexuelle pour justifier mon traitement androcure. À la fin de la consultation il m’a avoué que quand il m’avait découvert dans la salle d’attente, il ne savait pas si j’étais un homme ou une femme. Il ne pouvait pas me faire davantage plaisir !!!…



Lundi 22 février


Samedi je suis parti seul chez ma mère pour passer le WE, pour l'informer sur ma transsexualité et du projet de changer de sexe dans un temps assez court. L'annonce fut plutôt violente pour ma mère mais sa réaction a été très positive. Elle n'a jamais été tentée par le rejet au contraire elle a même eu peur que je ne veuille plus la voir. Je suis impressionné par sa capacité à rebondir, le coup fut rude, elle a pleuré mais elle n'a jamais montré de signe de tristesse ou de déprime. Bien entendu elle n'a pas tout compris, il faudra du temps pour intégrer tout cela. J'ai essayé d'être concret et de lui expliquer toutes les conséquences de mon choix. Je pense qu'elle en a mesuré une partie et je la sens décidée à faire l'effort d'accepter. Elle a pris conscience des souffrances que j'ai enduré et a reconnu mon courage d'avoir tenu toutes ces années.

Pour ma part ce fut une journée très contrastée. Quand je suis arrivée chez ma mère et que je savais qu'après le repas je lui dirais tout (je ne voulais pas lui couper l'appétit), j'ai eu la très forte sensation qu'un jour, enfin, je pourrais exister réellement. Malheureusement cette joie intense n'a pas duré et j'ai eu un retour de bâton assez fort : la peur. J'ai mesuré ce WE que les mois à venir vont être très délicats et qu'il va être certainement nécessaire de reprendre ma psychothérapie. Il va être indispensable de prendre du recul, d'être bien structuré, de faire la part des choses et de garder son sang froid. Bien entendu la peur de l'inconnu est omniprésente mais je commence à redouter que mon apparence ne soit pas à la hauteur, que ma voix ne suive pas, que l'aspect de mon visage ne change pas suffisamment suite à la THS. Puis reste la question qui concerne ma fille, comment va-t-elle réagir ?



Mardi 23 février


Il y a des journées où je me sens très bien et je me demande si finalement il est bien nécessaire d'aller jusqu'au bout. Et si j'arrêtais là ? J'oublie à ce moment qu'il a fallu faire un parcours qui est loin d'être anodin pour en arriver là, pour ressentir ce sentiment de confort intérieur. Il a fallu que je me transforme physiquement de manière conséquente. À moyen et à long terme il est fort probable que je ne me satisfasse d'une posture intermédiaire.

Hier soir j'ai eu une épilation électrique d'une demi-heure. Je pense qu'il y a un rapport entre cette séance et cette sérénité. Je suis revenu de mon WE chez ma mère assez stressé et hier soir après l'épilation, malgré la douleur, je suis revenue détendue, désangoissée. J'ai dormi comme un bébé, ce qui n'avait pas été le cas les nuits précédentes. Tout ses traitements qui transforment mon corps sont réellement curatifs !!


Je me demande quel timing je vais opter pour commencer les œstrogènes ? L'endocrino a fait une allusion lors du dernier RV que j'ai interprété comme une proposition pour que je commence au mois de mars. Pour l'instant vu l'état de ma barbe (je n'ai pas encore fini de l'épiler, il reste les poils blancs qui sont encore nombreux) j'ai du mal à m'imaginer de continuer à me raser pendant la transformation corporelle dû au traitement des œstrogènes. 



Vendredi 26 février


Je me sens de plus en plus comme un être hybride : ni homme, ni femme. Bien entendu je suis toujours tenté par le dénie. Je suis entre la peur de l'inconnu, le dégoût fugace d'être une sorte de dégénéré, la tentation de se contenter d'une solution intermédiaire car ma vie va beaucoup mieux. Mais cela va-t-il durer si je refuse de continuer ma transition ?


J'essaye à l'heure actuelle de modifier ma voix, plutôt de la faire évoluer. J'ai plus en plus de mal à parler comme avant, c'est de plus en plus difficile et douloureux. Pour autant je ne peux pas encore m'approprier ma voix de femme. J'ai l'intuition depuis longtemps qu'elle existe déjà en moi. Il me faut donc une voix intermédiaire. La solution est de ne plus me servir de ma poitrine comme caisse de résonance mais de ma tête. Je sens que je bloque quelque chose au niveau du larynx pour que la voix ne descende pas vers la poitrine. Ainsi ma voix est moins grave. Ce n'est pas toujours facile de l'appliquer au quotidien, les habitudes et la peur me font déraper. Je m'entraîne aussi quand je me parle tout seul à voix basse. J'essaye de m'approprier ma nouvelle identité vocale. Une fois que cette voix de tête sera acquise, il ne restera plus qu'à féminiser les intonations. Ceci sera réellement possible quand, à travers mon corps, je me percevrais comme une femme et non comme encore un être hybride.


Ce qui me surprend toujours c'est mon évolution dans mes rapports avec les autres. Avant, tout était prétexte pour me tourmenter, les moindres remarques, les moindres gestes, étaient interprétés comme une exclusion. Dorénavant j'ai la sensation que plus rien ne m'atteint. Je n'attends plus grand choses des autres, je suis totalement apaisé.



Lundi 1er mars


Pour le coming out vis à vis de ma fille, je reste optimiste. Je ne pense pas qu'elle sera totalement surprise quand elle apprendra la nouvelle même si elle ne peut absolument pas mettre de mot sur ce qu'elle a perçu et ce qu'elle perçoit actuellement. En effet je reste persuadé que ma fille a depuis très longtemps perçu l'importance de mon malaise. Un jour, alors qu'elle était à l'école maternelle, elle m'a offert une grande peinture qui devait me représenter. Les couleurs, le dessin, tout indiqué que j'étais en souffrance. Bien entendu chaque fois que je me transforme cela crée un malaise mais elle n'a jamais exprimé un rejet durable.Depuis que j'ai commencé ma transition, nos relations se sont améliorées, je pense qu'elle perçoit ces changements positifs. Pour ce qui est de la méthode que j'ai adopté : des changements progressifs mais réguliers, je pense que cela la prépare bien à l'inéluctable, à la "mort" de son père. Elle aura bien entendu besoin d'un père. Face à cette échéance il est indispensable de lui proposer un projet et bien entendu qu'elle l'accepte. Je ne vois qu'une façon de lui présenter nos futurs rapports. Je serais toujours un "père" pour elle dans ma façon de me comporter, mais j'aurais un corps de femme. Elle aura 2 mères, mais l'une gardera le rôle qu'est attaché à celui du père. Cela se voit souvent dans les couples homos où selon le tempérament de chacune, l'une ou l'autre adoptera le rôle traditionnellement réservé à l'homme ou à la femme. Cette situation sera traumatisante pour ma fille mais c'est un compromis nécessaire si elle veut garder ses 2 parents en vie. Pour le mot père, il serait nécessaire du supprimer l'obstacle en changeant les habitudes. On lui proposera d'appeller ses parents par leurs prénoms.



Mardi 2 mars 


Si j'ai besoin de parler de ma transsexualité à d'autres personnes c'est j'éprouve la nécessité qu'elle est uns existence sociale. Pour autant je ne ressens pas le besoin de recevoir l'assentiment des autres. Quelque soit la réaction de la personne qui reçoit le message, elle est sans importance pour moi.


Je vais voir l'endocrino le 11 mars. Lors de notre dernier RV, il y a 6 mois, il m'avait dit que je devais réfléchir à ce que je voulais faire. J'ai compris à l'époque qu'il allait certainement me proposer le traitement aux œstrogènes au prochain entretien. Si c'est le cas je vais certainement refuser et le reporter à plus tard. J'ai pris cette décision, non sous l'emprise de la peur, mais après une prise conscience. Bien entendu j'ai aussi la trouille et le vertige mais j'ai pris garde qu'elle n'influence en rien ma décision d'aujourd'hui. J'ai donc décidé de reporter mon traitement car je m'imagine mal continuer à me raser tout en prenant des hormones qui vont suffisamment transformer mon corps pour me trouver dans une situation qui ne sera pas confortable à vivre. En effet le laser n'a pas supprimé les poils blancs du visage et il faut les épiler un à un à l'électricité, ce qui va prendre plusieurs mois. Je viens aussi de commencer l'épilation du torse et d'une partie du dos. Je souhaite que ma transition se déroule dans des conditions les plus favorables, en tout cas pour ce qui concerne les éléments que je peux maîtriser. Je ne suis pas à quelques mois près

Quand est-ce je me sentirais prêt ? Quel est l'élément déclencheur qui me fera prendre la décision de rentrer dans un processus irréversible ? Est-ce que ce sera quand un maximum de caractères sexuels secondaires auront disparu ? En dehors d'une partie de la pilosité, il reste la pomme d'Adam dont je vais essayer de programmer la correction au plus tard cet été. Restera la voix qui ne devra pas me poser de problème quand je m'identifierais socialement comme une femme. Le moment sera peut-être venu de faire le traitement œstrogènes quand je pourrais m'habiller en femme sans me sentir déguisé, ce n'est pas encore le cas à l'heure actuelle.

Je vais vraiment vers l'inconnu, guidée par mes seules intuitions et réflexions. 



Jeudi 4 mars


Je vis à l'heure actuelle une période de doute important. En effet, j'ai la sensation que je ne vais pas y arriver. C'est certainement lié à l'échéance du 11 mars prochain. Je me rends compte que je ne suis pas prête pour commencer le traitement œstrogène et bien entendu cela me fait douter. 

Par contre si j'émets le projet de tout arrêter cela se traduira obligatoirement par un retour en arrière et pour moi, c'est totalement inenvisageable. Donc si je ne peux pas m'arrêter, je dois avancer et continuer à me préparer jusqu'au jour où je serais enfin prête pour qu'enfin le papillon puisse sortir de sa chrysalide. Il est vrai que la mutation de cette insecte ne se déroule pas n'importe comment, elle obéit surement à des règles biologiques précises.


Je me rends compte quand je laisse exprimer ma vraie nature (celle qui vient des tripes) à quel point elle est imprégnée de gravité et de tristesse. Mon humour est noir et cruel comme la vie l'a été pour moi. Je suis conscient de plus en plus du décalage qui m'a séparé des autres. Je suis tout le contraire de la légèreté. Je suis sombre et profond... mon expérience de vie laminée par la souffrance m'a plongé dans des profondeurs que je n'aurais jamais dû connaître, j'ai découvert des aspects de mon âme très inquiétants. J'ai trop longtemps marché sur le fils du rasoir pour ne pas croire que le monde autour de moi n'est pas hostile.

Quel est la part de ma personnalité qui est liée à mes gènes et celle qui est liée à mon expérience existentielle ? Si je n'avais pas eu ce trouble d'identité de genre, j'aurais certainement été une femme optimiste, peut-être même légère. Dans les jours fastes, je suis quelqu'un qui est plutôt gaie, qui aime le contact. Je n'ai pas une nature a ressassé car j'oublie assez rapidement les moments douloureux. Bien entendu cela ne dure jamais très longtemps et mes démons me rattrapent rapidement. Mes angoisses sont comme un marécage dans lequel je m'embourbe, je peux perdre pied mais je ne me suis jamais encore noyé. Par contre c'est certainement grâce à ma deuxième nature, l'optimiste, que j'ai pu dépasser les forces négatives qui me tirent en arrière et qui me détruisent.


Apercevoir une femme à laquelle je pourrais m'identifier me renvoie à mon image corporelle et me renvoie à mes angoisses, je n'existe pas. Mon existence est nié par l'évidence de mon corps. Je suis auto exclue

Passer le cap d'une soirée peut être une épreuve pour moi, chaque fin de journée nous rappelle à notre statut de mortel, la nuit nous renvoie à nos angoisses. À mes angoisses de femme clandestines, exclue de la vie sociale car je ne peux vivre à visage découvert. Ma vitalité ne peut s'exprimer totalement tant que je ne serais pas une femme à part entière. Cette force se retourne contre moi chaque fois que je fais l'expérience d'une "petite mort".



Mardi 9 mars


Je cherche une fantôme, elle se manifeste très régulièrement et peut-être très violente. Comme tout les fantômes, à part leurs impacts sur l'environnement personne ne la vu et personne ne sait qui elle est vraiment. Ce fantôme disparaîtra ou plutôt se transformera quand je pourrais lui donner un corps.


Comment cette femme peut-elle exister quand, pendant 45 ans, j'ai nié son existence et que je me suis persuadée que j'étais un homme au point d'avoir totalement refoulé une partie de mon identité. Cette femme a-t-elle des chances d'exister réellement un jour ? Pourra-t-elle sortir un jour de cette totale clandestinité dans laquelle je l'ai maintenu durant si longtemps ? Comment construire une existence sociale à cette femme en dehors de lui donner un corps ? Mes références, mes repères, ma vie sociale restent celle d'un homme. Je prends le risque de tout détruire pour une inconnue, de lâcher la proie pour l'ombre. Cette ombre qui vous échappe. En effet faire une transition c'est un peu comme courir après son ombre. Cette ombre est omniprésente, elle est menaçante et douloureuse, elle ne vous quitte jamais. Vous vous retournez, elle a disparu. Je lui ai envoyé des signes, je lui ouvert des portes pour qu'elle puisse s'exprimer à travers les transformations corporelles.


Ma soumission à mon image corporelle de naissance indique-t-elle un fonctionnement psychologique qui ne facilitera pas ma transition ? La transformation de mon corps devra-t-elle être suffisamment avancée pour parler de moi au féminin ? La plupart des trans se révoltent contre la tyrannie de leur corps (cela peut aller jusqu'à l'automutilation). Je n'ai pour ma part jamais rejeté mon corps en partie ou en totalité. J'ai seulement ressenti un profond malaise par rapport à l'identité qui est lié à ce corps de naissance. Si j'ai fini par admettre ma transsexualité c'est entre autres par épuisement mais aussi par volonté de comprendre toutes les nombreuses souffrances psychiques qui ont pollué ma vie. Je ne trouverais certainement jamais la force de me "révolter" contre ce corps pour me projeter et franchir le pas décisif et basculer. D'où viendra l'énergie qui permettra de dépasser ma peur si ce n'est pas la révolte et le rejet ? Pour l'instant tout ce que je fais me rapproche petit à petit d'une apparence féminine mais je reste identifié comme masculin par les autres et moi même.


La rénovation de ma maison progresse et m'occupe beaucoup le WE, c'est très bien car je ne m'ennuie pas du tout. Cette activité m'occupe à la fois le corps et l'esprit. C'est un excellent dérivatif au point que j'oublie tout, même ma problématique. 



Jeudi 11 mars


RV à Bordeaux avec le professeur R, endocrinologue. Au delà de l'aspect purement médical, ces voyages sont toujours des moments privilégiés pour faire le point. Je mesure ce jour à quel point je suis toujours déterminée à poursuivre ma transition surtout après avoir traversé une période de doute importante. Comme je l'avais pressenti lors de notre dernier RV, le Pr R m'a proposé de commencer le traitement oestrogène. Comme je l'avais prévu, je lui ai proposé de reporter le traitement à plus tard. Sans me demander de me justifier il m'a expliqué qu'il comprenait que j'avais besoin d'un délai de réflexion même si la plupart des trans c'est souvent l'urgence qui prévalait. Je lui répondis que ma détermination n'était pas entamée mais que je ne me sentais pas prête physiquement à prendre un traitement définitif et que je souhaitais que mon traitement hormonal non réversible se déroule dans les meilleures conditions possibles. Il m'a répondu que les oestrogènes est un anti androgène et qu'il faciliterait cet étape. Je lui ai alors demandé si c'était possible d'augmenter le traitement androcure pour augmenter son impact sur mon organisme, ce qu'il a accepté en doublant les doses. J'en espère des résultats surtout sur l'affinement de la peau et bien entendu sur la pilosité. 

La proposition du professeur R de commencer le traitement oestrogène aussi rapidement valide la légitimité de ma transition, je l'ai vécu comme reconnaissance. Est-ce qu'une validation d'une autorité médicale m'aide à passer le pas ? 


Bordeaux et Paris resteront les villes de ma transition. J'ai malgré tout une préférence pour Bordeaux, la proximité de l'océan, la région et son identité culturelle liée au sud ouest, l'identité de la ville dont le caratère métissé et latin sont beaucoup plus fort que je ne l'imaginais. Sa dimension qui reste à taille humaine. Cette région est une option pour beaucoup plus tard si je souhaite partir pour recommencer ma vie ailleurs quelque part entre Arcachon et Bordeaux. 


Je constate à quel point le contexte joue sur mon humeur. Me retrouver à Bordeaux pendant 24 h, dans un contexte qui favorise l'action dans ma transition, me libère et ceci s'est renouvellé à chaque fois. Une fois le séjour terminé et que je suis dans le train et qu'au final je vais retrouver le contexte social quotidien, je ressens une dégradation de mon humeur.


Dans le train je me suis attelée à lire un livre sur les rapports père fille. Sur la couverture il y a une très belle photo noir et blanc où l'on voit un père qui est en "adoration" devant sa fille qui, elle même, irradie de ce désir paternel. En un éclair je me suis projetée dans cette petite fille, la réaction fut immédiate : une douleur intense a fait jaillir un flot de larmes. Je mesure à quel point la douleur reste puissante. J'ai toujours souffert de cette exclusion affective qui était majorée par le fait que je n'en connaissais pas la raison précise.



Vendredi 12 mars


J'ai compris pourquoi j'ai reporté la prise des œstrogènes. Perdre les attributs liés à la masculinité est totalement souhaité et assumé. Cela provoque un bien être qui a été nouveau pour moi et qui perdure. Je me rends compte à présent que la prise des hormones féminisantes est une nouvelle étape. Dorénavant je vais acquérir les attributs féminins. Cette nouvelle étape n'est pas la continuité du processus que j'ai entamé depuis un peu plus d'1 an. Si mon corps n'est pas prêt (je n'ai pas encore terminé la première étape), ma tête ne l'est pas non plus. 

Des hypothèses sont possibles :

- les deux sont liées, dans ce cas il faudrait attendre que la première étape soit terminée pour que la nouvelle puisse.

- les deux sont indépendantes, dans ce cas il faudra trouver le processus qui déclenchera la nouvelle étape.

- les deux sont à la fois liées et indépendantes, il est nécessaire que la première étape soit terminé pour qu'un processus indépendant démarre une nouvelle étape. Je ne peux pas seulement me contenter de finir la première étape et attendre. Car se démasculiniser n'est pas devenir une femme.

Je pencherais plutôt pour cette dernière hypothèse. 



Mercredi 17 mars


Le processus qui permettra de commencer la nouvelle étape c'est de commencer une vraie expérience dans la vie réelle même à temps partiel. En effet il m'est difficile de la commencer sans avoir aboli le maximum d'attribut masculin visible socialement (situation clivante). Pour autant ce ne sera pas suffisant et je ressens fortement qu'une expérience réelle me sera nécessaire pour que cette femme quitte une sorte de virtualité. Il faut la faire vivre pour qu'elle soit possible. Si en septembre, pour le prochain RV avec le Pr R, j'y vais habiller c'est que je serais prête physiquement et psychiquement. Une nouvelle femme sera née d'un point de vue sociale.



Dimanche 21 mars


Restaurer ma maison me permet à la fois de ne pas m'ennuyer durant les WE et les vacances mais aussi d'avoir un dérivatif et de penser à autre chose qu'à ma transition. Je me rends compte que cette restauration me passionne tellement qu'elle a tendance à m'absorber complètement. Je suis tellement concentré sur ce chantier que j'ai tendance à négliger ma transition. A l'excés je me rends compte qu'elle flatte ma tendance naturelle à vivre dans ma bulle et de m'isoler du monde au moins le temps des WE et ainsi de ne plus être en souffrance. Je me rends compte que j'obéis à nouveau à une tendance forte de mon fonctionnement psychologique. Je suis entrain de reproduire un comportement  identique à celui d'avant la prise de conscience. Je suis toujours tenté par la fuite et l'isolement. Si je n'y prends garde c'est un piège qui peut mettre à mal ma transition. 

Autant le WE, isolée dans ma bulle chez moi, le spectre de la souffrance s'éloigne. Je vis seule dans une maison située dans un un petit village très peu peuplé. Autant la semaine, quand je reviens à la "civilisation", je retrouve le stress même si celui-ci est atténué par rapport à avant.

Ma tentation est toujours l'isolement. Ai-je réellement le choix si je ne veux pas souffrir en attendant que ma transition soit terminée. Cette tentation est, bien entendu, renforcée par la peur. Il faut que je trouve un équilibre entre action pour mener à bienma transition et ma protection pour pouvoir tenir moralement. D'où la nécesité de prendre du temps pour réfléchir et écrire comme je le fais ce matin. 


J'ai compris pourquoi les rapaces nocturnes m'ont toujours fasciné. Leur apparence physique, tout en rondeur et en douceur, peut être apparenté aux valeurs féminines. Cet aspect conjugué à leur capacité de survivre dans un milieu qui nous paraît si hostile, celui de la nuit qui est une métaphore de la mort, doit me toucher particulièrement. Ces rapaces noturnes incarnent la vie qui continue malgré la mort.


Cela fait 10 jours que j'ai doublé mon traitement anti androgène et tout ce passe bien, pas d'effet secondaires notoires néfastes.



Mardi 23 mars


Pourquoi je ressens ce mal-être quand le soir arrive et ceci tout les jours sauf les WE? Il est lié à ma problématique mais je n'ai pas encore compris tout le mécanisme de cette souffrance qui, il faut le dire, m'a toujours poursuivi, ce n'est pas nouveau. Ce mal-être est certainement lié à l'arrivée de la nuit, au passage, à ce cycle quotidien de cette petite mort qui revient sans cesse. Je suis angoissée. Je suis hantée par cette mort qui rôde, qui me tourmente car je suis encore en partie morte. Je fais encore partie des mondes des morts, des clandestins de ceux qui n'ont pas le droit d'exister, qui sont exclus . Si je ne rejette pas mon corps c'est mon corps qui me rejette, qui nie mon existence. Il est si difficile de lutter contre cette évidence qu'est ce corps, qui s'impose encore très fortement à mon esprit malgré les transformations. Toute cette pression à travers le regard des autres que je vis dans ma vie sociale durant la journée, me plonge dans un mal-être nocturne le soir venu. Je ne veux pas prendre d'anxiolitique car il ne faut pas oublier. Le but est de soigner la souffrance en supprimant les causes.



Vendredi 26 mars


La mort est une frontière qui abolie tout : nos valeurs, la raison, la conscience, la vie. On peut raisonner ce qui nous entoure mais on ne peut pas raisonner la mort. Elle nous renvoie à notre impuissance, à notre petitesse, elle nous rend humble. Elle est une frontière absolue qui nous maintient dans notre humanité en tant qu'espèce mais aussi en tant que valeurs. C'est l'apprentissage de la mort au quotidien à travers la mort des proches, mais aussi à travers la souffrance qui nous rend plus humain, plus indulgent, plus tolérant.  La mort aura toujours le dernier mot, elle est universelle, elle est le grand architecte qui ordonne l'univers, qui donne un sens à nos pauvres vie, qui permet la vie car sans la mort point de vie sur terre. En permettant la fin, elle permet le commencement. De la destruction né la création. La mort n'est ni notre ennemie, ni notre alliée, elle est tout. Elle est la force qui embrasse l'univers.

Si je parle de la mort c'est que nous parlions souvent d'elle avec cette amie très proche qui est morte hier à 57 ans après une opération du cœur. Nous partagions les mêmes préoccupations. Elle m'aimait comme un sœur. Nous étions très proches. Elle était précieuse car elle m'a aidé à grandir. Elle était le parfait exemple d'une humanité authentique car elle a été forgée dans l'apprentissage de la souffrance et de la mort.



Mardi 30 mars


Du rejet de mon corps. 

De ce corps qui me persécute, je dois cesser de subir, je dois me révolter. Je dois me reconstruire psychologiquement pour ne plus accepter l'assignation forcée, le dictat de mon corps. Seule la souffrance m'a amené à accepter ma transsexualité, à modifier mon corps en conséquence. Toutes ces transformations ont apaisé ma douleur et à donner un sens à ma vie. La souffrance seule sera-t-elle suffisante pour accepter d'être une femme ? Il va falloir trouver la force de détruire pour reconstruire. Je dois prendre le dessus et renverser le rejet.



Jeudi 1er avril


Hier soir j'ai tenté une expérience, comme d'habitude je n'étais pas très bien. J'ai donc essayé de m'approprier mon corps de femme par mon imagination. J'ai visualisé mon corps en fermant les yeux, les conséquences se firent sentir très rapidement : les souffrances latentes se sont largement atténuées. Une preuve supplémentaire de ma dysphorie de genre. C'est aussi la preuve que ces souffrances de fin de journée sont liées directement à cette dernière et non pas à une dépression ou tout autres phénomènes.



Vendredi 2 avril


Je me demande si je ne suis pas moi-même le premier obstacle à ma transition et qu'une partie de moi ne souhaite qu'une chose : pouvoir échapper à ce destin. J'ai certainement eu cette certitude toute ma vie sans en être réellement conscient et cette certitude à sûrement été le ressort principal du refoulement. Pour cela j'ai usé de nombreuses stratégies, j'ai opté pour une conduite d'évitement qui m'a mené plusieurs fois au bord du gouffre. 

Au final j'ai 3 possibilités, soit j'accepte et je vais au bout de ma transition, soit je me suicide ou soit je continue à "vivre" sans aller jusqu'au bout de ma transition. Les 2 premières sont moralement les seules acceptables. Si la deuxième est une défaite elle reste honorable car elle mettra un terme au mensonge. Donc si je veux, conformément à une certaine idée de la dignité, continuer à vivre, je dois aller jusqu'au bout.

 

 

Mercredi 14 avril

Le décès de mon amie M. m'a touché de plein fouet. Non seulement ce fut douloureux d'un point de vue sentimental, mais sa disparition m'a fragilisé sur le plan psychique. Il y a des dégâts collatéraux. Je supporte de moins en moins bien mon identité masculine. J'ai repris le travail aujourd'hui après 5 jours de vacances et je suis en pleine crise. Cette souffrance est mêlée au chagrin de la disparition de M., je me sens si vulnérable. Je suis envahie par la mélancolie et je me sens si fatiguée. 

 

Jeudi 15 avril

En cette période de crise, il y a beaucoup de stress, c'est très à vif à l'intérieur de moi.

J'ai certainement inventé des stratégies qui me permettent de souffrir le moins possible et qui rendent possible une vie sociale minimale. Travailler sur ordinateur est aussi un moyen de m'isoler des autres.

Quand je suis en souffrance le lien entre la cause et ses conséquences n'est pas toujours évident. Exemple : le soir je cristallise souvent tous les stress qui ont été accumulés et qui ne m’ont par trop perturber durant ma journée de travail. Le décalage temporelle fait que le lien n’est pas direct.

Agir pour me transformer physiquement est le seul moyen pour contrebalancer cette tristesse infinie et mortifère qui me dévore de l'intérieur.

Tout ce qui me protège de la souffrance retarde mon coming out. Il est pourtant difficile de ne pas me protéger pour pouvoir tenir le coup car une transition c'est très long.

 

Lundi 19 avril

Les mécanismes psychologiques qui ont organisé mon refoulement perdurent encore. À part les crises graves, le lien entre mes souffrances quotidiennes et mon trouble d'identité n’est pas toujours direct, il est très souvent différé. Bien entendu l'addition se paie toujours à la fin de la journée. Il est nécessaire que je lutte contre tout mécanisme de refoulement qui est préjudiciable à ma transition et qui tente toujours de cacher l’origine de mes souffrances

En comparaison d’autres amis de M, je me rends compte que j'ai mis fin plus rapidement à mon chagrin suite à son décès, j'ai déjà tourné la page depuis un certain temps. En fait cette attitude me protège. Ce que j'ai vécu pendant et juste après les obsèques m'a beaucoup fragilisé sur un plan psychique. Je ne peux faire perdurer une crise qui est si destructrice.  

 

Mardi 20 avril

Une partie de mon identité n'a pas le droit d'exister donc de vivre, donc, quelque part, je suis morte. Mon combat actuel est de faire vivre cette identité qui est morte, une partie que je ne connais pas et pour cause on ne connaît pas quelqu'un qui n'a jamais vécu, qui est mort-né

La légitimité de ma propre vie n'est pas très forte. Par période je dois affirmer avec vigueur que j'ai le droit de vivre pour contre balancer une force mortifère toujours active.  

 

Lundi 26 avril

Samedi soir j'ai accompagné ma fille qui voulait voir un match de basket. C'étaient des équipes d'hommes. Face aux démonstrations de puissance des 10 joueurs, immédiatement je me suis sentie femme comme jamais je ne l'avais ressentie jusqu'à présent. Je n'éprouvais aucun malaise intérieur, pour autant je ne cherchais pas le contact avec d'autres pour éviter le clivage. Je ne m'interdis plus d'exprimer mon identité intérieurement, ma transformation corporelle me le permet car l'écart entre l'apparence de ce corps et ce que je suis s'amenuise.

Par moment je suis conscient du malaise que je peux provoquer chez les autres par mon aspect. Je ressemble de plus en plus à un être étrange. Cette phase de transition qui a amélioré mon état psychique, n'est pas pour autant une situation satisfaisante.

 

Mardi 27 avril

Samedi j'ai été me renseigné pour des compléments capillaires. La femme qui m'a accueilli a été très gentille avec moi. Elle m'a conseillé un produit qui m'a bluffé. C'est un fond de teint pour le cuir chevelu. En effet elle a coloré la peau aux endroits où mes cheveux ne sont pas assez denses et l'alopécie a visuellement disparu. Cette solution est bien adaptée à mon type de calvitie qui est diffuse, elle est aussi intéressante car elle est facile à mettre en œuvre, pas trop coûteuse et efficace car l'effet a duré jusqu'au jour où je me suis lavé les cheveux soit 72 heures plus tard. Pourtant cette solution ne me satisfait pas totalement car j'ai l'impression de tromper les autres, on est plutôt dans le domaine du maquillage, du camouflage. C'est incroyable cette exigence d'authenticité qui m'anime. Il faudra pourtant que j'accepte un minimum de tromperie pour avancer tant qu'il n'est pas possible de faire autrement.

Je m'immerge dans ma douleur. Le rapport entre la souffrance et l'aspect masculin de mon corps doit être vécu comme direct. Alors je trouverais peut-être la force de donner à ce corps son identité féminine qui me permettra d’exister.


Mercredi 28 avril

Cette histoire de fond de teint me perturbe. Je sais que c'est la solution en attendant la 2e greffe car elle est efficace sans investissement important ce qui est un gros avantage pour une solution qui se veut être temporaire. En fait ce qui me gêne c'est de me maquiller pour être une femme. Par contre, être une femme et me maquiller pour cacher quelques imperfections physiques cela ne me gêne pas et c'est tout naturel.

De temps en temps je regarde des images de vulves ou de poitrine féminine pour prendre conscience de mon futur corps. Cela ne fonctionne pas, je n'arrive à m'approprier ces morceaux de corps qui restent la possession d’une autre personne. Par contre si je fais disparaître mon sexe entre les jambes, j'ai alors un retour positif. Il n'est pas question de changer de corps, il doit seulement se transformer. Ce n'est pas d'un échange standard dont j'ai besoin mais de quelques modifications qui me permettront d'être identifié comme une femme. C'est aussi pour cette raison qu'il est très difficile de se projeter à travers une autre femme pour réaliser ce que je suis.


Mercredi 3 mai

Dorénavant j'en suis sûr, les mécanismes de refoulement sont encore en place. Ceux-ci ont empêché que je rejette mon corps en supprimant tout lien direct entre la cause des souffrances qu'est la dysphorie de genre et ces conséquences sur ma vie sociale et ma santé psychique.

L'ordinateur a été pour moi l'outil qui m'a permis d'avoir une activité professionnelle. En effet il m'a permis de ne plus utiliser ma main pour écrire ou pour créer. Ces activités manuelles ont toujours été ou sont devenues douloureuses. Écrire est une activité qui est liée intimement à l'identité, j'ai toujours de la souffrance à écrire manuellement. Je me souviens que j'ai très vite utilisé la machine à écrire de ma mère pour écrire mes poèmes d'adolescent. J'ai revu il n'y a pas longtemps mes cahiers d'école et l'on perçoit bien toute la souffrance d'exister dans cette écriture torturée. L'autre avantage de l'ordinateur et qu'il me permet de m'isoler un peu et de limiter le stress lié au contact des collègues. En effet je ne pense pas que je pourrais travailler en permanence avec d'autres. Et si je redoute le travail solitaire c'est qu'il entraîne d'autres souffrances. Grâce à l'ordinateur j'ai obtenu une vie sociale minimale : une vie professionnelle.


Lundi 10 mai

Pas facile de sortir de la clandestinité quand beaucoup de choses vous ramènent dans votre prison.

Ma souffrance quotidienne peut-il être le seul ressort qui permettra d’accepter que je devienne une femme du point de vue social ? Cette souffrance par contre me renvoie à mon trouble d'identité, à l'anomalie. Cette souffrance m'a amené à trouver des solutions pour l'apaiser (dévérilisation du corps), ce qui a été efficace.

Du point de vue du raisonnement, je suis convaincu que le seul moyen efficace de mettre fin pour toujours à cette souffrance, c’est d’aller jusqu’au bout de ma transition. Pourtant je sens vite la limite du raisonnement et de l'argumentaire. Je sens une résistance intérieure.

Aujourd'hui je ressens bien le besoin de fuir, de me cacher, de ne voir plus personne, je prends sur moi pour ne pas être agressif. Elle est là la tendance forte de mon comportement psychologique : refouler la cause de ma souffrance et fuir pour ne plus souffrir. Si j'obéis à cette tentation (ce que j'ai fait une bonne partie de ma vie) alors commence une autre souffrance, celle de la solitude. Même si celle-ci est atténuée par rapport au passé, la solitude est toujours mon lot quotidien car une souffrance isole toujours celui qui la subit surtout si elle provient d’une maladie que les autres ne connaissent pas ou ne comprennent pas.

Si j'avais une baguette magique, supporterais-je une transformation immédiate ? Après une période de vertige et d'adaptation et si le résultat est satisfaisant je pense que oui. De toute manière si par magie on peut aller dans un sens, on peut aussi revenir.

Comment définir cet entre-deux ? Je suis comme englué, sans mémoire, sans repère, cette existence est une souffrance. Si les transformations qui ont été réalisées me soulagent, elles n'ont pas été déterminantes pour remettre en question mon identité sociale. Elles me permettent seulement d’atténuer les conséquences de ma dysphorie de genre.

Est-ce la durée de cette transition qui est problématique ? Est-ce que l'on redoute plutôt le moment où l'on bascule ? Ou bien les deux ? 

Avant j'étais perdu dans un océan au coeur de la nuit. Cette mer était sans arrêt agitée et j'ai essuyé quelques tempêtes où j'aurais pu sombrer. Aujourd'hui je suis sur un radeau, la mer est moins tempétueuse et la nuit s'est éclaircie, je peux me guider grâce aux étoiles. Pour autant je ne suis pas sauvé, il est encore possible que je sombre.

J'ai lu sur un site un propos d'une femme d'origine trans qui affirmait qu'au final, il y a peu de différence entre une femme et un homme. Je repense souvent à cette phrase. Pour moi cette affirmation me semble incompréhensible. Je vis cette transition comme si j'allais changer de corps. Pourtant dans les faits réels on ne fait que transformer que quelques organes mais qui sont stratégiques. 

Lundi 17 mai

Après avoir passé ce long WE de l'ascension à bricoler dans ma maison, dimanche  j'ai consacré mon après-midi et la soirée à deux activités longtemps délaissées. Je me suis de nouveau habillée et globalement les choses se sont bien passés, pas de sensation de clivage. Je ne me suis pas sentie déguisée. Pour autant il y a eu des moments de flottements, en effet j'ai senti à plusieurs reprises que les prothèses mammaires étaient comme deux corps étrangers. Cette histoire de prothèses n'est pas simple à gérer, elle est à double tranchant. Il m'est impossible de faire sans pour pouvoir découvrir mon corps de manière concrète. J'ai beau faire tous les efforts d'imagination possible je n'ai pas trouvé plus efficace. L'effet négatif provient justement que ce ne sont que des prothèses et qu'elles me renvoient à un moment à un autre à ma triste condition. Je ne suis pas encore une femme, je joue à l'être. Je dois l'accepter pendant un certain temps sinon il me sera difficile de commencer à prendre possession d'un corps et donc d'une identité de manière concrète. Pour les cheveux et le maquillage, c'était très satisfaisant, rien à voir à  ce que je vivais au début car je passais 2 heures pour me maquiller et pour un résultat très moyen. Dorénavant il ne faudra plus grand chose pour le visage pour que cela passe bien. Réduction de la pomme d'Adam, finir l'épilation, masquer mon alopécie diffuse (j'ai déjà la solution), changer de lunettes (ce qui est prévu) et puis surtout commencer le traitement œstrogène pour affiner la peau qui c'est déjà un peu affiné sous l'effet de l'androcure.

Un peu plus tard dans la soirée j'ai eu un retour de libido et j'ai cédé à cette pulsion sensuelle qui est restée malheureusement solitaire. Cet acte sexuel est resté au niveau anal, il fut couronné par un véritable orgasme et une sensation profonde d'être une femme. Ce fut un très bon moment même s'il est toujours frustrant de ne pas sentir près de soi un corps d'homme, de sentir ses poils et la chaleur de son sexe sur sa propre peau.

Mardi 18 mai

Faire un lien direct entre mes souffrances et mon anomalie physiologique doit générer un processus de rejet plus fort vis à vis des organes incriminés (essentiellement mon sexe mais aussi ma voix). Si le rejet est de plus en plus fort, ne va-t-il pas générer de fortes perturbations qui peuvent avoir des conséquences sur ma vie sociale ? De toute manière je m'y prépare et je n'ai pas peur. Si c'est le prix à payer pour m’en sortir, je le paierais

Nous sommes des condamnés à perpétuité qui n'avons jamais connu la liberté. Nous, nous savons ce que l'on quitte mais nous ignorons en grande partie ce qui nous attend si nous nous évadons.


Jeudi 20 mai

J'ai donc vu le chirurgien hier pour une première prise de contact. Ce RV c'est déroulé en 2 temps : dans un premier temps j'ai été accueilli par deux internes qui m'ont posé des questions. Celui qui menait l'interrogatoire m'a semblé le plus mal à l'aise. Il a souvent baissé les yeux. Dans un deuxième temps le Pr C. est arrivé avec un autre interne, il a continué à me poser des questions. J'ai l'impression qu'il a pris au sérieux ma demande puisqu'il a inscrit mon dossier pour la prochaine réunion du 5 juillet prochain. Il m'a conseillé de faire des tests de personnalité pour étoffer mon dossier, mais j'ai senti que sa demande était surtout au niveau du principe car il a rajouté rapidement que le psy qui suit mon dossier était contre. En effet ce dernier ne m'a jamais demandé de les passer, il doit certainement avoir assez d'expérience pour détecter des individus qui souffrent de troubles psychiatriques. Pour ma part je suis satisfait de cet entretien car j'ai découvert un médecin sérieux, professionnel et qui semble compétent. Pour conclure, ce RV a été important car c'est un acte concret qui me fait avancer, j'ai pu à nouveau mesurer ma détermination et en plus j'ai été prise au sérieux.

En parlant ce soir au téléphone à mon ex belle-sœur, j’ai eu la sensation d’avoir fait un grand pas en avant dans l’acceptation du traitement œstrogène. J’ai ressenti une envie très forte d’être déjà fin septembre.

Par Nane
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